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Pas de mots ce soir, à cause de SOPA et PIPA, tout est dans le titre…

Silence

Le don du jardin

“Le temps du jardin est donc celui de la vie. Il ne nous pousse pas vers l’avant, comme le temps mécanique qui régit désormais nos vies, car un vrai lieu nous enracine toujours dans le temps présent. Maintenant et ici. Pas de buts à atteindre, pas d’objectifs à remplir, car la vie n’a qu’une fin : elle-même. Et la beauté aussi, qui naît constamment du processus de la vie. A l’inverse du système capitaliste, qui a besoin d’une croissance constante pour survivre et qui demande des efforts sans fin aux hommes qui le subissent, le monde naturel croit spontanément et se suffit à lui-même dans un présent éternel, lent et doux. C’est là la leçon du monde végétal. Retrouver cette vie, la vraie, et ce temps de la nature qui est aussi notre vrai temps, celui qui connaît notre corps animal – voilà ce qui nous pousse à ouvrir le portail d’un enclos de verdure et à y entrer, chaque fois, comme si on pénétrait dans un monde à part. C’est cela, le don du jardin.”

Le jardin perdu = The Lost Garden / Jorn de Précy ; essai traduit de l’anglais par Marco Martella. – Actes Sud, 2011. – (Collection un endroit où aller). – p. 66. – Seul écrit disponible de Jorn de Précy, publié en 1912

” Des secrets nous parviennent de la forêt : la force que la grâce des bois peut apporter à une communauté. Cette force et cette grâce sont impossibles à mesurer, mais on peut les connaître et les éprouver : aussi longtemps qu’on reste partie prenante d’un lieu et ouvert sur le monde, on sent bien si ce lieu – ville, maison, forêt – recèle encore cette grâce ou si celle-ci a disparu, si on y a renoncé.

Je vois dans l’art une conséquence parmi d’autres, un indicateur de la richesse d’un lieu. Ni la richesse ni la force ne se laissent quantifier, mais je me dis que l’art, parfois – tel un loup, un grizzly ou un caribou – est révélateur de la force et de la variété d’un lieu. Je sais que le grand art peut naître d’un grand tumulte qui nous incite, au plus profond de nous-même, à ordonner le chaos, à inventer des histoires ordonnées à partir d’éléments de désordre. Et je crois, aussi bien, que le grand art peut naître d’une grande paix, d’un sentiment de stabilité et de sécurité, que des émotions puissantes génèrent un art puissant.

L’art est une réaction à un lieu et à un instant – ce qu’on peut appeler un excès d’émotions et, dans les cas les plus flagrants, une diversité d’émotions. L’art n’est pas une limitation ou un engourdissement des sens – il n’est pas une homogénéisation du monde.

Un lieu est bien portant tant qu’il conserve des espaces naturels.

L’esprit et la communauté humaine de Lincoln County me semblent encore pleins de vigueur, et cette vigueur est due aux espaces sauvages, aux sanctuaires des collines et des monts qui surplombent les villes de Libby, Troy, Eureka et Yaak.

L’art dévale chaque nuit les pentes des montagnes jusqu’à nous. L’art dérive au fil des eaux, des rivières et des ruisseaux.

Comme les ours, dont on dit qu’ils savent habiter deux mondes – le nôtre et celui de l’esprit – parce qu’ils s’enfoncent chaque année sous le sol, parfois six mois de suite, je crois que l’art, s’il ne peut être mesuré, repose quelque part entre le monde de la science, des faits et des mathématiques, et le monde de l’esprit. Je crois qu’il représente une transition, comme lorsqu’un ours s’éveille en avril ou se met à hiberner en octobre ou en novembre.

On mesure le diamètre d’un arbre. On ne mesure pas la magie d’une forêt, ni l’effet produit sur l’esprit par une forêt saine et vigoureuse, qui croît de toutes ses forces naturelles.

Où l’art existe, l’esprit d’un lieu existe. “

( Le livre de Yaak : chronique du Montana / Rick Bass. – Gallmeister, 2007. – (Collection nature writing) )

Silence….

Vous conseille de lire Rick Bass. Et la merveilleuse collection nature writing de Gallmeister : des trésors à foison…

 

Dimanche 3 juillet, les membres de l’association des Amis du Château des Allymes fêtaient une peintre, Marie Morel, en les murs de l’ouvrage médiéval emblématique des hauteurs du Haut Bugey (Ain). Curieux, amis, proches, élus ont gravi le chemin qui aboutit au château, monument classé dominant la plaine de l’Ain.

 

Accrochés aux murs, les tableaux choisis pour l’exposition Marie Morel au Château des Allymes , visible du 2 juillet au 18 septembre 2011 au château.

 

Présentée dans une vitrine, la collection de courriers que l’ami écrivain Charles Juliet a, depuis plusieurs années, la joie de recevoir dans sa boîte à lettres.

 

Sous vitrine encore, un poisson/tableau questionne le visiteur.

 

Dans la salle de la tour ronde, la danse des pages de la revue Regard qu’édite Marie Morel :

Tous les amis sont importants, tous fêtent la beauté du jour où la reine est une peintre et le château un jardin. De la tour ronde à la tour carrée, dans les courtines, dans les escaliers en colimaçon, se croisent les visages ravis de celles et ceux venus jusqu’à ce petit bout du monde attraper un petit peu de Marie.

Puis, vient le moment d’interrompre la contemplation des tableaux, de rejoindre la cour haute du château et de guetter la levée de rideau de l’hommage musical et littéraire dont Marie fait l’objet.

 

Jean-Philippe Guervain, violoncelliste, ouvre le bal. Il a choisi Jean-Sébastien Bach. Des pièces assorties aux tableaux de Marie qu’il joue entre les lectures, par leurs auteurs, des lettres adressées à l’artiste.

La première lecture, qui est aussi la préface du catalogue de l’exposition, revient à Gaëlle Arpin-Gonnet, des Amis du château et hôtesse de l’évènement. Son texte, témoignant de l’apprivoisement du lieu par l’artiste, va nous permettre d’imaginer un autre pan de son travail .

 


Jean-François Dupont apportera une description de l’incroyable atelier de l’artiste. Paul Greffet mettra en voix ses pérégrinations intimes dans le labyrinthe de l’œuvre. Un modèle pour Christian Lux, d’une grande puissance créatrice pour Charles Juliet, Marie recevra tour à tour les compliments de ses amis.

Mais c’est sa maman, Odette Ducarre, avec qui je m’entretiendrai à l’issue des prestations, qui osera un mot très fort que, bien qu’il m’impressionne, je tiens à mentionner :

Voyant son enfant créer, l’accompagnant, l’encourageant, lui “ laissant tous les murs de sa maison ” et lui fournissant le matériel lui permettant ses explorations, Odette Ducarre me confie avoir compris tôt que sa fille était de la trempe des génies.

 

L’après-midi avance et dans la cour du château, l’ombre habille doucement la pierre.

 


On navigue encore, par couples ou en solitaires, dans les salles, escaliers et couloirs de l’édifice, des fenêtres duquel se dégagent des vues superbes. Marie, que je croise à plusieurs reprises, n’est pas encore disponible.

Elle dédicace des ouvrages ? Nous patienterons un peu. Un groupe de proches l’entoure ? Notre temps viendra.

 

Enfin, le moment tant attendu que j’espère arrive. Marie, qui s’est dépensée sans compter aujourd’hui et que les organisateurs et amis commencent à attendre à la crêperie du hameau pour diner car à force, il est vraiment tard, m’accorde un entretien.

L’interview débute au pied du donjon, tandis que tout le monde a déjà entrepris la  redescente au hameau de Breydevent.

Marie doit déplacer son véhicule au milieu de son propos ? C’est sans importance, le fil n’est pas perdu. Il faut à présent partir ? Soit. Me voici avec sa maman, dans le véhicule de Marie qui est au volant.

Le chemin présente des irrégularités et il y a un tout petit peu des ravins à droite… Mais le travail de Marie consiste aussi en la conduite de petits camions où pouvoir placer des tableaux parfois très grands, et elle s’en sort vraiment bien, car nous arrivons à bon port.

Mère et fille, complices, ont durant le trajet devisé gaiement, Marie, toute à la pensée du musicien qui a offert le relief musical à cette belle journée et avec qui, depuis quelques mois, elle étudie le violoncelle au conservatoire d’Oyonnax.

Avant de nous séparer, non sans nous être données rendez-vous au Petit Abergement, le village de Marie, mon petit dictaphone reprend du service, terminant de recueillir la parole attentive de l’artiste qui me fait face.

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Marie Morel : 

une peintre qui aime les écrivains

et que la musique rend heureuse

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Une fête chaleureuse vient d’avoir lieu au cours de laquelle de nombreuses personnes ont exprimé leur intérêt, sympathie, attachement à Marie.

Odette Ducarre, sa maman, vient de me le confirmer : Marie a commencé à peindre jeune. Alors, Marie va-t-elle pouvoir nous dire si l’attachement des gens pour son travail fut aussi précoce que sa propension à créer ?

François Solesmes était un ami des parents de Marie. Écrivain, il a  envoyé, tout au long de son enfance, des lettres superbes à la petite fille qui créait. Marie ne l’a pas oublié et pour cause : la personne qu’elle rappelle à son souvenir fut l’adulte le plus important s’intéressant, dans sa vie d’enfant, à son travail.

Adolescente, elle a beaucoup échangé avec le peintre Jean Dubuffet. Son secret ? Marie, c’est comme ça, va vers les gens qu’elle aime. Proche des mots, et, selon moi, écrivain à sa manière, la peintre, dont le père, Robert Morel fut un célèbre éditeur, compte des amis écrivains précieux, comme Claude-Louis Combet, qu’elle aime énormément.

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Le vernissage d’une exposition : un avant et un après

Mais revenons à la fête, au vernissage de l’exposition Marie Morel au Château des Allymes de ce 3 juillet 2011, et faisons un zoom sur la prestation qui vient de se dérouler dans la cour haute du château : des pièces de Jean-Sébastien Bach, jouées par le musicien Jean-Phillipe Guervain, les lectures des lettres adressées à Marie et, les précédant, le témoignage/préface de Gaëlle Arpin-Gonnet.

Une rencontre humaine

Ce texte, qui nous donne à entendre l’histoire de l’exposition, l’arrivée de Marie au château, les soins portés à l’installation, la magie de la rencontre, me plaît beaucoup. Il me suggère l’idée de demander à Marie de nous toucher deux mots sur cet aspect de son travail.

Le volet technique, avec ses contraintes propres, est prépondérant, mais Marie le souligne : l’installation d’une exposition est aussi une rencontre humaine avec les gens qui organisent, ce qu’elle trouve très riche, d’autant que les gens l’accueillent toujours très très bien.

Retrouver l’atelier

Trouver les pitons qu’il faut pour accrocher, voir quelles sont les lumières : le travail qui précède le vernissage d’une exposition est terminé au moment de la réception, aussi, tandis que ses amis la fêtent et que ses œuvres se préparent à engager durant tout l’été des dialogues avec les visiteurs qui monteront au château, Marie le sait : demain, l’autre vie, celle de l’atelier et du travail solitaire va reprendre.

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Les très grands formats 

Marie travaille en effet beaucoup, et l’atelier, de toute évidence, est vraiment son lieu central de vie. “Si on veut arriver à quelque chose, il faut être un peu ferme sur le temps passé à travailler.

Un travail dont l’exposition Peintures récentes (Espace des femmes janvier-mars 2011) , qui présentait de nombreux tableaux (certains, comme Dans l’utérus, peints en 2011), rendait largement compte.

” Oui, mais ce n’était pas des très grands formats  me précise Marie, évoquant ici ces fameux tableaux aux dimensions gigantesques qu’elle adore peindre et qui ne peuvent être exposés que dans certains lieux ( comme à la Halle Saint-Pierre à Paris qui a consacré à l’artiste entre 2009 et 2010 une importante exposition monographique comprenant une quarantaine d’œuvres dont trente grands formats). 

Au château des Allymes, le visiteur ne verra pas de grands formats (de telles œuvres ne passent pas par la porte), mais c’est sans regret pour Marie, l’espace des salles se prêtant idéalement aux formats qui se sont invités au château.

Mais que ceux qui comme moi, traquent ces œuvres exceptionnelles de Marie ne désespèrent pas ! Le musée Paul-Dini, de Villefranche-sur Saône, (Rhône)  dans le cadre de l’exposition “Amours. Un été contemporain” (jusqu’au 18 septembre 2011) présente quelques très grands formats de Marie.

Les visiteurs pourront aussi, l’automne venu, se rendre au musée de Sens (Yonne), où, à partir du 15 novembre 2011, les grands formats seront visibles. Ces tableaux, dont la taille, pour la plupart, avoisine 2 m x 3 m, peuvent atteindre 6 m de long (Louise Michel, 2005).

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Jean-Sébastien Bach

 Marie adresse un petit signe à un ami : ” Au revoir, merci “, ” Ce groupe est avec nous ? “, ” Tu vas bien ma petite maman ? “.

La peintre est heureuse, c’est visible, perceptible. Et, bien que les arbres de cette nature touffue soient maintenant tous dans l’ombre, elle ne précipite pas l’entretien. Alors, on continue un peu. Le temps pour moi de réaliser à quel point la musique compte pour Marie, à quel point elle en a besoin pour être heureuse, à quel point l’interprète de Jean-Sébastien Bach a joué un grand rôle dans le déroulement de la journée. Et c’est bien vrai qu’il est superbe à contempler, le musicien qui nous convainc en do et en ré mineur qu’un tableau de Marie égale une pièce de Bach…  

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Réjane.

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En savoir plus :

Marie Morel au château des Allymes : télécharger le catalogue.

Retrouvez sur ce blog Marie Morel : 

Marie Morel, des tableaux qui parlent – 21 avril 2008

« Faire des choses avec ses mains… C’est aussi un peu une lutte contre la surconsommation sans coeur et sans don de soi » : rencontre avec Marie Morel, peintre - 9 février 2009


              Bruno Doucey, éditeur, écrivain, poète, m’a accueillie à la Fontaine O Livres, rue de la Fontaine- au-Roi,

dans le onzième arrondissement de Paris.

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Je voulais comprendre ce qui faisait courir cet acharné des mots avec qui Christian Poslaniec réalise des anthologies de poésie qui sont franchement superbes.

Je voulais savoir ce qui pouvait motiver un homme à se consacrer aux textes comme ça : en écrire, en lire, en éditer, en rassembler.

Éditeur indépendant depuis plus d’un an et déjà riche de onze trésors, celui qu’une fée semble avoir condamné à servir les livres coûte que coûte est le fier capitaine d’un bateau qui affronte les lames de front.

Entretien avec Bruno Doucey, en la présence de Christian Poslaniec, dans l’entourage de très beaux livres.

Réjane : Dans le blog Rick Bass, nous avons à cœur de présenter le travail de créateurs dont nous trouvons l’activité remarquable. Les toutes jeunes éditions Bruno Doucey, que vous avez créées en mars 2010, après avoir dirigé six ans les éditions Seghers, nous plaisent beaucoup, ce pour trois raisons : elles nous permettent de découvrir des textes impressionnants, elles s’attachent à la réalisations de livres beaux à l’œil, elles sont indépendantes.

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A ces trois raisons, il faut en ajouter une quatrième : les éditions Bruno Doucey ont permis à un auteur, Christian Poslaniec, dont nous suivons et apprécions le travail, d’être co-auteur avec vous d’un très beau livre, publié récemment : Outremer, trois océans en poésieAussi, pour clore mon introduction et avant de vous laisser la parole, un mot me vient-il. Merci. De même qu’une question s’impose à moi :

Votre travail aux éditions Pierre Seghers, qui a été remarquable (vous avez en effet réussi à publier ou rééditer plus de cent ouvrages de 2003 à 2009), de toute évidence se poursuit avec cette maison d’édition : Outremer est le dixième ouvrage des éditions Bruno Doucey, tandis qu’un onzième livre : Par la fontaine de ma bouche, de Maram al-Ashri, vient de paraître.

Comment avez-vous fait pour passer d’une grande maison d’édition (Robert Laffont), rattachée à un groupe (Editis), à une maison indépendante, qui, à un an, tient debout sur ses deux jambes ?

Bruno Doucey : On a fait pour moi puisqu’on m’a gentiment fait prendre la porte. C’est la première chose que je dois dire. Lorsque j’ai pris la direction des éditions Seghers en 2002/2003, on me disait :

On ne vous demande pas de nous faire gagner de l’ argent, on sait que c’est impossible, mais vous n’avez pas le droit d’en faire perdre. Et si vous avez une gestion équilibrée d’année en année, vous pourrez reconduire votre activité éditoriale avec une relative indépendance.

Pendant toute cette période où j’ai dirigé les éditions Seghers, le groupe Éditis est passé de mains en mains. Il a été vendu par Jean-Marie Messier à Lagardère. Lagardère l’a vendu au baron Seillière (accessoirement marchand de canons). Et puis le baron Seillière, du groupe Wendel, a revendu tout le groupe Éditis, qui a été mis en vente sur le marché européen. On a failli être racheté par le groupe de Berlusconi et finalement, on a été racheté par le groupe catalan Planèta.

La donne a donc considérablement changé au fil des années. On a fini par me dire :

Il n’est plus question d’être à zéro en fin d’année. Il faut dégager dix points, douze points quinze points, dix-huit points comme vos camarades. Si vous n’y arrivez pas, vous disparaitrez. Vous avez le choix entre vous démettre de vos fonctions (vous renoncez à votre salaire et éventuellement continuez bénévolement à diriger Seghers), ou vous soumettre à un licenciement économique (et nous fermerons cette marque).

Pendant trois ans, j’ai été en résistance, proposant toutes sortes de solutions, jusqu’à  celle de racheter et de reconstituer avec la famille Seghers une petite société qui reprendrait le flambeau de cette maison magnifique.

On a balayé une à une toutes mes propositions et au bout du compte, ça s’est terminé par un licenciement économique et une mise en sommeil des éditions Seghers.

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Voilà comment les choses se sont déroulées.

Devant cette situation, au cours de l’automne 2009 (mon licenciement date de novembre 2009), j’ai décidé de créer une maison d’édition totalement indépendante, c’est à dire libre de ses choix et de sa politique éditoriale, qui me permettrait de poursuivre mes engagements en direction de la poésie contemporaine. C’est une petite société, avec une salariée, autour de laquelle est née spontanément une association des amis des Éditions, la Presque île, qui rassemble maintenant cent cinquante membres.

La filiation avec Pierre Seghers est forte.

Elle s’exprime parce que les valeurs littéraires de Pierre Seghers : défendre une poésie  lyrique et militante, me vont comme un gant. Les éditions Pierre Seghers sont nées pendant la seconde guerre mondiale d’un combat contre l’occupant, contre le nazisme et la collaboration. Je considère que toutes les grandes poésies du monde sont  marquées par le double sceau d’une forme d’engagement et de lyrisme, et je me sens de ce point de vue là l’héritier d’Éluard, d’Aragon, de Neruda, de Lorca.

Le deuxième axe de cette filiation est que cette petite maison que nous avons créée se veut une maison d’accueil des poésies du monde. D’emblée, nous l’avons tournée vers l’accueil des poètes étrangers, issus en particulier de pays non-francophones et qui font le choix, pour des raisons politiques ou personnelles, de la langue française. Ils viennent d’Irak, des États-Unis, du Canada, de Haïti, de tous les territoires d’Outremer, de Syrie, (de Suisse et du Danemark pour les parutions prochaines).

La poésie est un art de l’hospitalité qui, à sa manière, doit faire oublier la violence du monde et la brutalité des états.

La manière, par exemple, dont les poètes des territoires d’Outremer, qui sont des territoires issus pour la plupart de la violence, des rapports de domination, des rapports de l’esclavage, de la traite des Noirs, illustrent et défendent la langue française est une magnifique preuve de réconciliation, une façon de faire quelque chose de cette tectonique des peuples et de ces lignes de faille qui scindent l’humanité.

Les poètes ont des choses à dire sur le monde d’aujourd’hui. Prenons un seul exemple très simple : voilà plus d’une génération que les poètes en appellent au réveil des peuples arabes. Ce réveil, cet embrasement, ce printemps des peuples arabes est une surprise pour tout le monde sauf pour les poètes et ceux qui lisent la poésie arabe.

Réjane : Les poètes sont des visionnaires ?

Bruno Doucey : Je crois que la poésie est une force ou une énergie qui nous traverse, que nous sommes, ou ne sommes pas, en état de poésie, en état de recevoir le poème ou de le donner. L’émotion peut être autant dans la réception que dans l’émission, la production du texte poétique. On ne possède rien. De la poésie, nous ne sommes que l’usufruitier temporaire.

Réjane : Offrir la parole est essentiel à vos yeux ?

Bruno Doucey : La pire chose qui puisse arriver à un être humain est d’être privé de paroles. Tant que nous sommes sur cette terre doués de paroles, nous avons la possibilité de nous faire entendre, et surtout d’écouter, d’être en relation avec les autres.

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Les poètes sont souvent les premières victimes des dictatures.

Pour les poètes, la seconde guerre mondiale n’a pas commencé en 1939. Ils étaient déjà en guerre trois ans plus tôt en ayant perdu l’un des leurs, Federico Garcia Lorca, sauvagement assassiné par les franquistes.

C’est le moment où va naître dans le monde entier une espèce de solidarité des poètes. D’Antonio Machado à René Char, de Paul Eluard à Ilia Ehrenbourg en Russie, d’Aragon à Pablo Neruda… je pourrais continuer la liste de ceux qui se sont à ce moment-là unis pour dire non au fascisme.

Pour moi, c’est un moment fondateur du XXème siècle, un moment clé, un moment de bascule qui est très important, que je considère comme la naissance du monde contemporain.

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Réjane : Votre maison a publié deux anthologies de poésie qui accueillent des poèmes rares que seuls, de véritables  explorateurs de textes peuvent réunir et rassembler. Avec Christian Poslaniec, qui a réalisé avec vous Outremer, vous n’en êtes pas à un coup d’essai….

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Bruno Doucey : Nous avons réalisé avec Christian plusieurs anthologies aux éditions Pierre Seghers : Duos D’amour, Je est un autre, En rires.

J’étais tantôt co-auteur, tantôt seulement éditeur. Nous sommes avec Christian depuis des années dans ce dialogue autour de la poésie, avec ce même désir d’une part de faire découvrir ou redécouvrir des grands textes littéraires, et d’autre part de faire en sorte que la poésie soit offerte au plus grand nombre.

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Réjane : Les ouvrages qui en résultent présentent les textes poétiques sous une forme ludique donnant vraiment envie d’entrer dans le jeu du langage.

Je tiens à citer en particulier l’ouvrage Duos d’amour, qui avec beaucoup d’audace, de l’humour, mais aussi un véritable ressenti des textes, parvient à mettre en duo poétique  non seulement des textes dont les auteurs étaient amoureux dans la vie, comme Hélène et René Guy Cadou, mais aussi des textes d’hommes et de femmes poètes qui ne se sont jamais rencontrés comme, par exemple, Paul Verlaine et Jocelyne Curtil.

En rires est également une anthologie qui présente les poèmes sous une forme inventive puisque les textes sont associés à des couleurs.

Bruno Doucey : À chaque fois, on a cherché à trouver une forme singulière, originale, qui permette ce pas de côté. La poésie permet un changement permanent  du point de vue. C’est ce que nous avons fait  avec Outremer qui accueille le lecteur par une carte avec la France non pas au cœur du monde mais un peu sur le côté.

Réjane : Dans l’anthologie Outremer comme dans certains de vos ouvrages, apparaît un lien entre la poésie et les sciences. L’histoire, la géographie vont côte à côte avec la poésie.

Bruno Doucey : Je pense que ça relève de cette même idée que la poésie ne doit pas rester cantonnée. On n’écrit pas de la poésie simplement pour le lectorat de poésie. Je ne veux pas dire qu’il ne m’intéresse pas. Mais ce n’est pas pour mes amis poètes que j’écris. C’est pour tous les autres. Quand je fais circuler un manuscrit par exemple et qu’un ami plombier, une amie expert comptable, un copain chef décorateur me disent : Ah, ça c’est formidable ! ça a deux fois plus de valeur que si c’est un ami écrivain ou éditeur qui me le dit. Je l’écoute deux fois plus parce que je me dis ce livre va pouvoir rejoindre un large public.

Je refuse que la poésie soit réservée à une élite. Les enseignants, même malgré eux, jouent souvent un rôle dans tout cela en devenant peu à peu, sous l’impulsion du législateur, des techniciens de l’écriture poétique. Il m’est même arrivé de dire des médecins légistes de l’écriture poétique. Très habiles pour décomposer le texte, en faire l’analyse, le décortiquer, bref, en faire l’anatomie, et puis en même temps parfois incapables d’en faire sentir la vibration. Je me suis rendu compte de ça lorsque j’étais moi-même enseignant, quand j’ai réalisé que je cessais de faire étudier les poètes que j’aimais. Je ne voulais plus toucher à ce que j’aimais parce que j’avais l’impression de l’endommager.

S’agissant de la poésie je crois qu’il faut la déscolariser. Il faut la remettre dans la vie.


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Réjane : Vous devez apprécier les actions de Jean-Pierre Siméon et de tous les acteurs du Printemps des poètes ?

Bruno Doucey : Bien sûr. J’apprécie. Je soutiens. Je salue ce retour de la poésie dans la vie quotidienne des gens. Cette année, Le Printemps des poètes a été beaucoup plus fort. Le vent de la poésie souffle sur la voile de l’indignation, du désir de rencontre, parfois  de la colère, et cette année, c’était vraiment perceptible.

Réjane : Pas seulement dans les grandes villes ?

Bruno Doucey : Non. À Foncine-Le-Haut, village de  huit cents habitants, j’ai participé à une soirée lecture avec quatre-vingts personnes. Voilà. C’est formidable !

Réjane : Je vous propose en seconde partie que nous nous intéressions, à travers deux de vos réalisations, un récit, et un poème, à Bruno Doucey l’écrivain, qui, du reste, n’est jamais bien loin derrière l’éditeur, tout lecteur ouvrant un livre Seghers ou un ouvrage  Doucey pouvant apprécier l’écrivain. Les livres que vous publiez, que vous défendez, que vous portez, dont les textes ne sont pas de vous donc, s’ouvrent en effet sur des textes de votre plume, des préfaces, qui sont à elles seules de petits chefs d’œuvre, et qui, à elles seules, pourraient faire l’objet d’un ouvrage.

Votre activité d’écrivain se révèle aussi, bien entendu, dans vos livres. Ceux-ci sont nombreux, variés. Ils s’adressent tantôt à un lectorat d’adultes, tantôt à un lectorat d’adolescents. Ils sont des récits, des essais, des poèmes, et on les trouve édités dans plusieurs maisons. Si vos propres productions ne sont pas, ou peu, éditées par vous-même, il est frappant de voir combien vos productions personnelles sont en résonance avec les publications de vos maisons.

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Tandis que la maison Doucey publie dans son premier livre le poème Conviction, du poète irakien Salah Al Hamdani (voir aussi son blog), que la dictature de Saddam Husein a contraint à l’exil ( Le balayeur du désert, éditions Bruno Doucey, 2010)…

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… l’écrivain Bruno Doucey publie en 2008 aux éditions Actes Sud Junior un récit (Victor Jara-non à la dictature) honorant la mémoire du chanteur et guitariste chilien, Victor Jara, qui a été une des premières victimes de la dictature chilienne.

Vous aviez douze ans à la mort du chanteur, treize ans quand une chanson a relaté les circonstances de cette mort. Voyez-vous à quelle chanson je fais allusion ? A-t-elle joué un rôle dans votre choix d’écrire ce livre ?

Bruno Doucey : La chanson Lettre à Kissinger de Julos Beaucarne. Je la connais par coeur :

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 Je veux te raconter, Kissinger,

L’histoire d’un de mes amis

Son nom ne te dira rien

Il était chanteur au Chili….

 

J’ai même été en relation avec Julos Beaucarne il y a quelques années parce que je l’ai reconduite dans plusieurs anthologies.

 

Réjane : La chanson apparaît en 1974 sur l’album Chandeleur septante cinq. Votre livre en revanche est récent ?

Bruno Doucey : Il est récent oui,  il a deux ans et demi. C’est un des premiers livres de la collection Ceux qui ont dit non. Je suis très attaché à ce livre et j’ai beaucoup de chance parce qu’il a été traduit dans plusieurs langues : en portugais, en catalan, en coréen. Ce livre qui circule beaucoup m’a procuré et me procure encore énormément d’émotion.

La question que je me suis posée (ce que j’ai raconté c’est la mort de Victor Jara  dans le stade de Santiago) : Mais comment peut-on raconter l’horreur (c’est l’horreur absolue), l’enfermement dans le stade, la mise à mort des prisonniers politiques, en rendant le texte possible, supportable et beau, même pour un adolescent ?

Et la seule réponse que j’ai à cette question c’est la poésie. Sa poésie, ses chansons, son théâtre, mais aussi la poésie de Pablo Neruda sont présents dans le livre et apportent, j’espère, une respiration qui rend cet enfermement supportable.

 

Réjane : Victor Jara venait du peuple ?

Bruno Doucey : Tout à fait. Il était fils de campesinos, de petits paysans qui n’avaient rien, qui ne possédaient même pas la terre qu’ils exploitaient, et son père ne savait ni lire ni écrire.

Sa mère était d’origine mapuche, indienne du sud, et elle a transmis à son fils le patrimoine musical des indiens, l’art de jouer de la guitare, de chanter. Ses parents sont morts alors qu’il était encore fort jeune et très vite, il est devenu la grande voix de la chanson chilienne. On le sait moins mais il était aussi directeur de théâtre, metteur en scène, acteur.

À un moment donné, il fait un choix radical pour la chanson, de manière à pouvoir mettre sa voix et son talent directement au service du pays.

Son engagement aux côtés de Salvadore Allende fait de lui la cible des putschistes du coup d’état du 11 septembre 1973 et une des premières victimes de la dictature d’Augusto Pinochet au Chili.

C’est un destin qui rappelle étrangement celui de Lorca, si ce n’est que Victor Jara était beaucoup plus engagé sur le plan politique que Lorca…

 

Réjane : …le poète Federico Garcia Lorca, à qui vous rendez hommage en 2010 et 2011  à travers plusieurs ouvrages. Vous relatez sa vie dans le récit : Federico Garcia Lorca-non au franquisme, de la collection Ceux qui ont dit non, chez Actes Sud Junior (2010) et vous lui composez un poème : Oratorio pour Federico Garcia Lorca, qui fait l’objet de deux publications :

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Oratorio pour Federico Garcia Lorca,  le cinquième ouvrage des éditions Bruno Doucey, est glissé dans le coffret des quatre premières publications de l’éditeur…

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et il est signé à deux dans un livre d’art (Éditions La Margeride) comprenant une œuvre originale de l’artiste Robert Lobet.

Votre texte me semble se référer à des moments historiques très précis de la vie de Federico Garcia Lorca…

Bruno Doucey : Précis et imprécis à la fois. Lorsqu’il est dans sa cellule, je n’ai fait qu’imaginer la manière dont il convoque les personnages de son théâtre : Irma, cette petite silhouette qui arrive comme ça, qui se glisse par la chatière d’une autre solitude, Marianna, qui est  son premier personnage au théâtre.

Il y a un personnage dont je n’ai pas parlé c’est Bernarda.

Les autres personnages féminins : Zita, Yerma, je les trouve formidables. Mais cette femme veuve (personnage de la pièce La maison de Bernarda  Alba que Lorca a écrite juste avant sa mort) qui punit ses propres filles, qui les prive de liberté, d’amour, qui  les condamne à la détention, à la claustration, m’inspire de l’horreur.

C’est la seule pièce de Lorca que j’ai occultée parce qu’elle me gênait. Et il m’arrive quelque chose de très drôle : le chorégraphe suédois Mats Ek monte un ballet à l’opéra Garnier (La maison de Bernarda, avril 2011) d’après cette œuvre, et on vient de me demander de faire un texte de présentation pour le catalogue de l’opéra. Le spectacle est somptueux. J’ai vu un DVD des répétitions, c’est magnifique. Mais je n’ai pas encore commencé à écrire ce texte, que je dois rendre lundi…

Réjane : Il va nous être bien difficile de vous quitter Bruno Doucey. Nous pourrions en effet vous demander de nous parler du désert  ̶  Le livre des Déserts, que vous avez publié en 2006  (Éditions Robert Laffont) et qui présente des itinéraires scientifiques, nous intrigue en effet beaucoup, et L’aventurier du désert, l’itinéraire de Jules Jacques, de publication récente (Élytis 2010), tout autant. Vous pourriez nous relater votre intérêt pour Théodore Monod, qui fait l’objet d’un livre que vous avez écrit en 2010 : Théodore Monod, un savant sous les étoiles ( Éditions Á Dos D’Âne). Vous pourriez, j’en suis certaine, nous captiver, en évoquant avec nous les nouvelles de La cité de sables (Éditions Rhubarbe 2007). Et puis, vous pourriez nous parler de vos poèmes : Poèmes au secret (Le nouvel Athanor, 2006), La neuvaine d’amour (L’Amandier, 2010)… Mais il serait indécent d’abuser plus de votre temps, et vous nous avez, du reste, beaucoup gâtés.

Pour clore, donc, cette interview d’une grande richesse, ouvrant sur des perspectives de lectures multiples plus captivantes les unes que les autres, vous proposé-je que nous nous quittions chaleureusement, à l’aune d’un texte que j’ai choisi pour les lecteurs et  dont vous pourriez nous offrir la lecture,  un poème : Haïti, 2010, que vous avez écrit en hommage à Georges Anglade et à son épouse, morts à Port-au-Prince le 12 Janvier 2010…

Bruno Doucey : Le tremblement de terre a eu lieu le 12 janvier et j’ai écrit le poème le 13 janvier.. Je partais en Haïti, où se préparait la seconde édition à Port-au-Prince du festival Étonnants voyageurs. J’ai beaucoup d’amis en Haïti. Mon gendre est haïtien. Ma petite fille est haïtienne. Et j’étais bouleversé. Donc j’ai écrit ce texte. Je n’imaginais pas du tout qu’il allait circuler ainsi.

Réjane : C’est un texte que vous laissez libre de droit ?

Bruno Doucey : Oui, je le laisse complétement libre. Il a été repris dans plusieurs publications.

Réjane : Sous la forme numérique ?

Bruno Doucey : Oui. Et il a été publié dans plusieurs anthologies aux Antilles.

Parfois je me dis, vous savez,  la poésie, ça devrait toujours être comme ça.

Je ressens profondément le fait que les textes ne nous appartiennent pas. Je ressens ça aussi de plus en plus pour le monde dans lequel on vit. Le sentiment de possession ne m’est pas étranger mais de plus en plus, je trouve que ceux qui ont raison ce sont les indiens, les indiens d’Amérique, qui considèrent que la terre ne nous appartient pas. Qu’elle est juste prêtée comme ça de générations en générations aux hommes. Nous ne sommes que de passage.

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C’est pourquoi j’aime beaucoup le poème de Max Jeanne que nous avons choisi dans l’anthologie Outremer qui montre l’absurdité de ce désir de possession tricentenaire.

Et puis nous construisons. Nous avons construit, nous construisons, des maisons des châteaux qui sont faits pour défier le temps.

Alors que notre vie est si brève.

C’est étrange.

Bruno Doucey lit à voix haute ce poème que nous sommes nombreux à aimer :
Vous pouvez l’écouter en cliquant sur ce lien 


HAÏTI, 2010

Je pars pour un voyage que nous ne ferons pas

Dans l’entrée ma valise humait le vent du large
En elle bien rangés linge, cadeaux et livres
Écoutaient sagement les pulsations du cœur
Qui partait vous rejoindre
Et vous nous attendiez
Comme la nappe sans un pli attend la fête
Où tinteront les verres de nos aînés rieurs

Mais la terre a tremblé
La terre s’est ouverte, des cisailles d’acier
Ont libéré le tigre qui dormait sous la roche
Son grognement de fauve a réveillé vos peurs
En soixante secondes le temps s’est effondré

Dans le fracas de l’ombre
Sa ruée de malheurs
Vos maisons dévastées

En soixante secondes
Sa huée de douleurs
Vos proches démembrés

La terre qui vous mange comme on mange la terre

Sous nos yeux sidérés des femmes et des enfants
Implorent le secours
Anéanti
On meurt à Port-au-Prince et l’on pleure à Paris

Port-au-Prince, treize janvier de l’an de casse
Deux mille dix
Pétionville, Cité-Soleil, Champ-de-Mars où les tap-taps sont détruits
Delmas, nuit d’effroi, dans l’entre chien et loup
Des morts et de la vie
Quand les ondes s’emparent de la transe vaudou

Votre île sous le vent promise à la déroute

Dans la baie de Jacmel où lézarde la route
D’une amitié conquise sur les terres arables
La maison du poète dévale à grand fracas
La pente du désastre

Et je suis là, valise en main
De l’autre côté de la mer, dans l’incendie des dépêches
Parti pour un voyage que je ne ferai pas

Sous la toile, d’autres que moi fouillent déjà
Les décombres de l’info
Émmelie, où êtes-vous, Gary et Marinio ?

Longues heures d’angoisse
Tellurique
Des gravats du silence nous retirons des noms
- Lolo, James et Dany, Kettly, Lyonel et Frank -
Comme des nourrissons soudain sauvés des eaux
Quand tant d’autres se noient aux portes de la terre

Mais nous sommes si loin

Dans le Bas-Peu de Choses de l’entraide
Par les rues dévastées de la compassion
Désarmés, incertains
Inaptes à soulager vos peines
Nous supplions les dieux de vous garder en vie

Nous implorons le vautour du malheur
D’interrompre son vol de colline en colline

Notre mère, bogue terrestre, viens reprendre l’enfant
Jeté sans retenue sur le parvis du monde
Concède-lui le temps de la douceur humaine
Le temps de l’eau, du pain et des fruits pour chacun

Mère terrestre, toi qui connais la lente érosion des jours par la nuit
Ne nous bouscule pas

Laisse nous rêver des séismes de la tendresse
Et fais monter le chant de mansuétude
Au plus haut de l’échelle trémière

Pour que naisse l’espoir de ton ventre meurtri.

Bruno Doucey

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Le poète est grave et appliqué, impliqué aussi. Il lit. La ville tute tute au dehors. C’est le mois de mars.

Le printemps est aux poètes.

Inutile de vous conseiller de voler sur le stand des éditions Bruno Doucey place Saint-Sulpice, dans le sixième arrondissement de Paris  fin mai où se tiendra le 29ème Marché de la poésie (dédicaces stand 514, avec Christian Poslaniec et Bruno Doucey le 29 mai de 14h30 à 15h30).

Inutile de vous conseiller de vous précipiter dans une librairie le 27 mai pour découvrir les deux nouveaux recueils de  la maison : Dans l’écorchure des nuits de Jack Küpfer et : Ma mor est morte de Paul de Brancion.

Et puis si par hasard vous avez l’occasion de feuilleter, ou d’acquérir, le livre d’art Sur un chemin kanak, Éditions La Margeride, où sept poèmes de l’écrivain vont main dans la main  avec des gravures de Robert Lobet , inutile de vous le dire : vous avez beaucoup de chance !

Réjane

 

Jean-Jacques Rousseau : un impétueux désir de liberté de Claude Mazauric est un des derniers ouvrages de la collection ” à 20 ans ” : l’aventure de leur jeunesse, paru en avril 2011 aux éditions Au Diable Vauvert. Le principe de la collection ? ” Pour qu’ils deviennent des classiques, il fallait d’abord qu’ils soient des originaux “.

Le parti pris de cette collection annoncée, c’est donc à une bibliographie partielle de Jean-Jacques – entre 18 et 20 ans – que nous convie l’auteur avant que Jean-Jacques ne se chausse de son patronyme célèbre, celui de Rousseau.

Le pari est réussi : à la fin de ce court opuscule de 140 pages, vous le refermez avec une envie de lire ou relire l’oeuvre du citoyen de Genève. Je dois vous dire que j’étais curieux de cette collection dont j’avais déjà repéré plusieurs titres et ce Rousseau ne m’a pas déçu. J’avais en mémoire le Rousseau mélancolique, hypocondriaque, légèrement ou carrément dépressif. Claude Mazauric a le talent de nous montrer les errances héroïques de ce jeune homme perdu dans le monde (mère morte quand il était très jeune et père parti ailleurs, loin de lui) mais déjà très conscient de ses potentialités, et qui finalement, par séduction mais aussi beaucoup de travail personnel se fraie un chemin vers son nom dans une société rude pour qui n’est pas noble. Que retient-on habituellement de Rousseau ? Inspirateur de la Révolution mais aussi musicien et compositeur, opposé en son temps à Rameau. Plus que ces aspects très connus, on découvre les apprentissages progressifs du jeune homme, déterminé à défendre sa liberté et qui écrira plus tard :

Voilà pourquoi j’ai toujours tant redouté les bienfaits,
car tout bienfait exige reconnaissance ; et je me sens
le coeur ingrat par cela seul que la reconnaissance est
un devoir. En un mot, l’espèce de bonheur
qu’il me faut n’est pas tant de faire ce que je veux
que de ne pas faire ce que je ne veux pas.
Lettres à Monsieur de Malesherbes, 1762

Voilà, qui dénote d’un certain caractère libertaire. Cet ouvrage se lit facilement. Ici, il n’est pas question d’analyser les oeuvres futures – littéraires ou philosophiques même si l’auteur distille habilement quelques informations autour des moments forts de l’apprentissage de la vie de Jean-Jacques.

Ce livre est commenté dans le cadre de l’opération Masse critique du site Babelio, réseau social littéraire. Je remercie Babelio et les éditions Au Diable Vauvert pour l’envoi gracieux de ce livre. D’autres lectures sont disponibles sur Babelio.

Silence

Nous avons en nous bien plus de tendresse qu’on ne le dit. En dépit de tout l’égoïsme qui, tels les vents de l’Est, transit le monde, la famille humaine est tout entière baignée d’un élément d’amour semblable à un éther délicat. Nombreux sont ceux à qui nous disons à peine un mot quand nous les croisons en société, que pourtant nous honorons et qui nous honorent ! Nombreux, ceux que nous voyons dans la rue ou qui sont assis à côté de nous à l’église, et dont la présence nous réjouit ardemment quoique nous gardions le silence ! Lisez le langage de ces regards vagabonds ; le coeur, lui, le connaît.

L’amitié est une des douceurs de la vie, une cure de rajeunissement, un battement de coeur… proche de la relation amoureuse sans en avoir les inconvénients, peut-être… ;) L’ami apporte la nouveauté parmi les ressassements de l’être solitaire. Il s’agit d’être sensible, ouvert à l’autre pour que cette relation particulière naisse.

La systole et la diastole du coeur ne sont toutefois pas sans analogie avec le flux et le reflux de l’amour.

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Ralph Waldo Emerson est un ami transi. Peur d’être éconduit comme l’amant laissant s’engourdir sa relation avec sa partenaire. Tout comme l’amour, l’amitié doit s’entretenir au risque de se flétrir. Les amis sont comme les feuilles des arbres et identiques à celles de l’automne, se retrouvent au sol. Du sol naît la solitude.

Pour Emerson, les hommes sont des arbres, seuls, élancés, élégants et seule l’amitié, pourra percer leurs écorces carapaces, le temps d’une félicité de courte durée. Sa vision de l’amitié est exigeante et austère, source de joies sincères mais aussi de terribles angoisses. Ralph Waldo Emerson était un poète et philosophe américain du 19ème siècle, un des animateurs du mouvement transcendantaliste.

Le mouvement transcendantaliste naquit en réaction contre le rationalisme du XVIIIe siècle et révéla la tendance humanitaire de la pensée du XIXe siècle. Il se fondait sur une croyance fondamentale en l’unité du monde et de Dieu. L’âme de chacun est identique à celle du monde. La doctrine de l’indépendance et de l’individualisme se développa sur la foi en l’unité de l’âme humaine avec Dieu.” selon un article de l’encyclopédie Agora consacré à Thoreau, un autre transcendantaliste américain, un des amis d’Emerson.

Vérité et tendresse sont les deux éléments constitutifs de l’amitié. Bref, sans eux, pas de santé de l’être, celle du corps mais aussi celle de l’esprit et pas de “ noble liberté “.

Un ami est un homme sain, qui ne sollicite pas mon intelligence, mais moi-même.” écrit-il. On songe à l’amitié entre Montaigne et La Boétie. Il cite d’ailleurs l’écrivain bordelais.

Emerson est un ami transi, disais-je. Pour ne pas déborder, pour ne pas gâcher une amitié naissante, il faut de la patience, il faut également acquérir une maîtrise de soi irréprochable. L’amitié semble être pour Emerson un horizon par définition indépassable, c’est-à-dire cette ligne imaginaire qui s’éloigne tout autant que l’on tente de s’approcher d’elle.

A tel point qu’il écrivait :

Tout comme l’immortalité de l’âme, l’amitié est trop belle pour y croire.

Les affres et la conception de l’amitié décrites dans ce court opuscule sont vraiment à découvrir comme un témoignage des esprits de ce siècle numéro 19 qui semble déjà si loin !

 

Silence

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Ceci est une lecture de :

L’ amitié / Ralph Waldo Emerson ; traduction de l’américain et postface par Thomas Constantinesco. – Paris : Aux forges de Vulcain, 2010. – . – 9782953025972

Je remercie les éditions Aux forges de Vulcain pour l’envoi gracieux de ce livre.  Il a été commenté dans le cadre des partenariats avec les éditeurs proposés par le blog : Blog-o-book. « Chaque dimanche à 15h Bob publie des appels à lecteurs, en partenariat avec des éditeurs. Des partenariat spéciaux ont parfois lieu en semaine. Toute personne ayant un blog consacré à la lecture et régulièrement tenu à jour peut participer.  La seule condition est de publier un billet sur votre blog dans le mois qui suit la réception du livre. Vous êtes totalement libre d’exprimer votre ressenti par rapport à votre lecture, votre billet pourra être positif ou négatif, vous restez indépendant. »

Au fin fond de la Camargue, la vie paisible entre terre et mer de Vincent, fils d’ouvrier agricole, et de ses camarades Pierre, le futur raseteur, Victor, le fils du boulanger, Albert, le fada, et Sarah dont tous se disputent les faveurs. Vincent, au terme de tractations secrètes, est recueilli par un couple de riches manadiers, gérants d’un élevage de taureaux, dont il va peu à peu devenir le légitime héritier. Il s’y éprend d’un taurillon cendré, futur cocardier hors pair. Un taureau totémique, matérialisant la face sombre de ce héros, en apparence irréprochable et paisible.
Fougueux et passionné, Vincent découvre les peines de cœur, l’exploration des mystères de l’existence, les amours passagers et les moments de joie partagée avec les siens. Il se heurte aux non-dits, aux silences lourds comme des simbéus, à la pudeur d’un peuple singulier.” Ah, les quatrièmes de couverture !  Si je lis cela en librairie, je n’achète pas… ;)

Dans ce livre, ce qui fait tout de suite plaisir, c’est l’absence du goût morbide de notre époque pour les serials killers qui se terrent à chaque coin de rue guettant leur proie, jeune et innocente ; pas de scène à la morgue ni vélo (comme dans E.T.) ou même à pied (suspense, adrénaline…) ; pas non plus de complots et de secrets à l’échelle internationale avec un héros “américain – forcément” qui doit sauver la planète.  Je vous avoue, j’ai essayé de regarder une ou deux séries télévisuelles de ce type, lire un ou deux ouvrages du même tonneau (même Millénium !) mais à chaque fois, l’ennui, le mortel ennui honni par Baudelaire, me fait fermer la télévision ou tomber le livre au sol…  Je ne suis pas de mon époque… ;)

J’aime quoi ? J’aime les promenades au bord des rivières, regarder un ciel et ses nuages, contempler sans rien attendre et vouloir coûte que coûte sauver l’humanité… bref, rien, de ce qui doit faire battre le coeur d’un être occidental vivant au XXIème siècle. Disons-le également, je ne suis guère un adepte des corridas et de la tauromachie. Et il y a aussi du sang et un mort dans cette histoire. Pourtant, cette histoire, ce court roman se lit d’une traite. Sans la prétention de vouloir révolutionner la littérature, Le cours du destin de Jacky Siméon (Au diable Vauvert, 2010) dénoue ses fils et ses personnages simplement. On se lie aux personnages. On se prend même à comprendre cette tradition taurine et le besoin de ces hommes, ancrés dans leur culture, à prouver leur courage en affrontant le toro. Sans tomber dans le genre roman de terroir, l’auteur rattache sa Carmargue aux grands mouvements du monde qui servent de fils temporels à l’histoire.

Vous conseille…

Silence

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Ceci est une lecture de :

Le cours du destin / Jacky Simeon. – Vauvert (30)  : Au diable Vauvert, 2010. – . – 978-2-84626-225-5

Je remercie les éditions Au diable Vauvert pour l’envoi gracieux de ce livre.  Il a été commenté dans le cadre des partenariats avec les éditeurs proposés par le blog : Blog-o-book. “Chaque dimanche à 15h Bob publie des appels à lecteurs, en partenariat avec des éditeurs. Des partenariat spéciaux ont parfois lieu en semaine. Toute personne ayant un blog consacré à la lecture et régulièrement tenu à jour peut participer.  La seule condition est de publier un billet sur votre blog dans le mois qui suit la réception du livre. Vous êtes totalement libre d’exprimer votre ressenti par rapport à votre lecture, votre billet pourra être positif ou négatif, vous restez indépendant.”

 

Fraîcheur est le mot qui vient à l’esprit dès que l’on a tourné la dernière planche de cette bande dessinée : Apprenti : mémoires d’avant-guerre de Bruno Loth (La Boite à bulles, 2010).

A partir des mémoires de son père, Bruno Loth raconte deux années de la vie de Jacques Loth entre 1935 et 1937. 1935, ce n’est pas encore le Front populaire. La condition d’ouvrier n’est guère reluisante. Le père de Jacques, c’est-à dire le grand-père de Bruno réussit à s’échapper de l’usine, plus précisément du chantier naval en achetant un véhicule pour devenir taxi, être son propre patron. Et rêve que son fils ne suive pas le même chemin. Mais, Jacques abandonne des études prometteuses pour devenir apprenti sur le chantier naval honni. Destin social ? Non, Jacques a choisi de devenir ouvrier. Dès lors, on suit son parcours, sa difficile acceptation au sein de ses collègues de travail. 1936 sonne. Léon Blum impose les 40 heures et les deux jours de congés hebdomadaires. On suit en filigranne la Grande Histoire sans que l’on ne tombe ni dans le pathos ni dans une vision idyllique de 36. Bruno Loth est un raconteur d’histoire intimiste. Il suit la psychologie de ses personnages et ne perd jamais la vérité qui guide leurs pas. Les collègues de Jacques ne sont pas de doux agneaux, emplis de désirs de fraternité et de révolution, mais des êtres réels pleins de lourdeurs et de bêtises. Fraîcheur est le mot qui vient à l’esprit en refermant cette bande dessinée, au discours jamais manichéen.

Quant au trait, au dessin et à la mise en scène, ils sont sobres, non racoleurs et finalement, très efficaces. La planche ci-dessus pourrait évoquer les dernières oeuvres de Tardi avec Blanqui comme fil conducteur. Mais on n’y pense qu’après. Le scénario de Bruno Loth coule sans avoir besoin de cette prestigieuse filiation. Espérons que cet histoire aura une suite. Qu’est devenu Jacques pendant et après la guerre ? Mais tout cela est une autre histoire.

Cet apprenti est le second travail de Bruno Loth qui, en 2006, a réalisé Ermo, dans sa propre maison d’édition “Libre d’images”. Ermo est l’histoire d’un jeune garçon de 12 ans, débrouillard, sans attache ni parents, qui va suivre des saltimbanques à travers leur tournée. L’histoire se déroule en 1936 autour de la guerre civile espagnole.

Saluons les éditions la boite à bulles qui ont su repérer ce nouveau talent qui enrichit cette maison qui publie déjà les travaux de Roosevelt (Derfal le magnifique notamment) et de Clement Baloup, jeune auteur marseillais.

Ce livre est commenté dans le cadre de l’opération Masse critique du site Babelio, réseau social littéraire. Je remercie Babelio et les éditions la Boite à bulles pour l’envoi gracieux de ce livre passionnant. 

Silence 

J’avais envie de le lire pourtant…

Sincèrement…

Dewey… forcément avec un titre comme cela… en tant que bibliothécaire… on a des yeux dans le dos… on le verrait même dans le noir… Dewey… pensez-donc, c’est notre gourou… je parle de Melvil, pas de celui qui donne le titre au livre… mais de l’inventeur du classement le plus universellement répandu dans les bibliothèques de la planète… classer pour un bibliothécaire, c’est maladif… on est né pour classer… notre vie est classement… bon… c’est pas vrai… on ne fait pas que cela… je connais d’ailleurs des bibliothécaires “bordéliques”… mais c’est une autre histoire… reprenons…

Dewey… l’histoire du célèbre chat recueilli par une bibliothécaire, Vicky Myron, et qui vivait dans une bibliothèque américaine et servait un peu de médiateur à quatre pattes… de boule de poil pour raccrocher ceux qui se perdaient dans la bibliothèque… pour ne pas dire dans la vie…

Les neufs vies de Dewey est le second tome des aventures de “Dewey Readmore Books”, son vrai patronyme. Le premier livre fut un succès mondial et ma collègue normande Sophiebib en parle avec humour sur son blog.

J’avais envie de le lire pourtant…

et je vous assure, j’aime les chats… dans une autre vie… j’en avais même trois dont un siamois dressé qui me sautait sur l’épaule quand je le lui demandais…

J’ai commencé la lecture… et… très vite, n’ai plus supporté… suis désolé… ma conscience professionnelle… est apparue… allez allez force toi… tu es bibliothécaire… au moins, lis le pour le conseiller ou bien pour étudier le pourquoi du comment du succès de ce livre…

et puis, lire que la bibliothécaire était la maman du chat, par exemple… ou entendre tous les bienfaits psychologiques que ce quadrupède, charmant félin avait apporté autour de lui… m’ont étouffé… achevé… l’animal anthropocentrique… trop c’est trop…

J’ai reposé le livre… Je n’aurai pas dit du mal du livre… il y a beaucoup de livres que je commence et qui me tombe des mains… je ne me force pas quand je lis pour le plaisir… je suis prêt ou pas… bref… en temps normal, je n’aurai même pas parlé de ce livre mais ce livre est un partenariat de lecture avec le blog-o-book et je l’ai reçu gracieusement de la part de l’éditeur… que je remercie vivement…

Mais, ce livre n’est pas pour moi…

Je fais don de ce livre et il rejoindra les collections de la future bibliothèque de Tourrettes qui ouvrira début avril pour enrichir ses collections, certain que ce livre trouvera son public…

 

Silence

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Ceci est une non-lecture de :

Les neufs vies de Dewey / Vicky Myron avec la collaboration de Bret Witter. – Paris : Jean-Claude Gawsewitch, 2010. – . – 978-2-35013-241-ç.

 

Je remercie les éditions Jean-Claude Gawsewitch pour l’envoi gracieux de ce livre. (Maintenant, je suis grillé je ne pourrai plus recevoir de service de presse de cet éditeur !) Il a été commenté dans le cadre des partenariats avec les éditeurs proposés par le blog : Blog-o-book. “Chaque dimanche à 15h Bob publie des appels à lecteurs, en partenariat avec des éditeurs. Des partenariat spéciaux ont parfois lieu en semaine. Toute personne ayant un blog consacré à la lecture et régulièrement tenu à jour peut participer.  La seule condition est de publier un billet sur votre blog dans le mois qui suit la réception du livre. Vous êtes totalement libre d’exprimer votre ressenti par rapport à votre lecture, votre billet pourra être positif ou négatif, vous restez indépendant.”


Sincérité…

Un enfant avait donc deux vies. Celle qui le collait à la terre, celle qui l’en arrachait. Il était désadapté. Une fêlure, en lui. Comment la réparer pour que le vase tienne ? En la bouchant avec des mots.

L’enfant veut écrire. Ou du moins, en a l’intuition.

Au départ, une curiosité vers d’autres vies, d’autres lieux, d’autres êtres et elle est châtiée par le fouet du réel.”

L’enfant est de milieu modeste. La littérature est une planète extra-terrestre pour ses parents. L’enfant rêve et découvre les mots dans les livres. Les parents ne sont pas contre le désir d’apprendre de l’enfant. Mais pour l’enfant, son envie d’écrire restera toujours un vice, une chose non avouable à ses parents qui eux, ont eu, eux, un vrai et laborieux travail.

Il m’est arrivé de comparer la littérature à la tauromachie, elle-même comparée au “Cante hondo” (au Chant profond) du flamenco. Dans ces deux derniers arts, il existe un mot, intraduisible en français : le “duende”. Et qu’est-ce que c’est, en espagnol, le “duende” ? Nul ne le sait et nul ne peut le définir. Un matador torée et tout ce qu’il réalise est parfait, merveilleusement en règle avec les canons de l’école. Il écrit le toro et la langue est pure, la grammaire infiniment respectée, le vocabulaire divers, la phrase souveraine. [...] Brusquement, un miracle s’est produit, l’homme paraît avoir envoûté le toro auquel il donne des passes de rêve. [...] voici le duende. Il l’a. Il le possède et en est possédé. Il torée intérieur. Hors du monde. Il torée pour soi. Il n’y a plus de public, plus d’arène, plus de désir de trophées. Rien qu’une ivresse que l’homme et le fauve partagent et dont nous ne sommes que les voyeurs.”

La Grâce, tel serait le terme qui effleurerait le plus le sens de duende. Tel serait pour Jean Cau, l’art de l’écrivain : d’abord, écrire pour soi, avec sincérité, loin des contraintes du milieu et de ses mirages glorieux, pour trouver sa voix et le ton approprié.

Autrefois, dans les villages, on plantait l’ancêtre, comme une momie, devant le feu, juste au bord de la plaque noire. Il se taisait. Il regardait le bois brûler et se transformer en cette cendre qu’il serait à son tour, demain, et le feu lui racontait sa vie, avec ses étincelles, ses giclées de sève hors des bûches trop vertes, ses crépitements, ses écroulements, ses fumées – et puis ses cendres.”

Dans un premier texte troublant et sensible : L’enfance de l’art, l’auteur revient ainsi sur son enfance, sa vie, sa peur de la mort et son désir d’écrire.  Le second texte qui donne le titre au volume : “Proust, le chat et moi” est une déploration très négative sur la fin du roman avec l’annonce de  la fin de la civilisation occidentale. Rien que cela !

Retiré à la campagne, désabusé par son époque et la littérature de son temps (l’ouvrage est paru la première fois en 1984), l’auteur a un chat qui ressemble tellement à Marcel Proust qu’il l’a nommé… Marcel Proust ! Et ne cesse de l’interroger dès le matin : “Proust, que dois-je écrire ? Après toi, Marcel, que peut-on écrire ?

La principale obsession de l’auteur est donnée dès le début  : “les temps sont venus où l’art ne triomphera plus de la mort“. L’auteur déplore la fin du roman dont La Recherche lui semble être le sommet, puis la fin de la civilisation occidentale. Le ton de l’ouvrage est caustique voire carrément “ronchon”, parfois très actuel en créant des correspondances, presque trente ans après son écriture :

Dès que j’entends le mot espoir, je soupçonne la sottise. Comment, de gorges qui se serrent et d’où ne devrait jaillir que le hurlement, peuvent donc sortir les roucoulements tièdes de l’espoir ?

Il n’empêche, Proust, que les romanciers, impavides, continuent de tricoter leurs histoires où un homme de cinquante ans se demande s’il peut encore copuler, où une femme sur le retour tombe amoureuse d’un adolescent qui est le meilleur ami de son fils, où une fille de seize ans brûle de coucher avec son papa, où un voyou déclare que la prison n’est pas le Ritz et que ça n’est pas juste… Ils continuent d’écrire pareilles histoires (on pourrait en aligner des centaines sur des milliers de pages), relayés par les Intellectuels qui sodomisent des mouches à coups d’essais illisibles et elle est, finalement, adorable cette inconscience, cette volonté de tricoter des mots et d’essayer de voler à la masse et à la statistique (exemple : vingt-six pour cent des pères désirent leur fille, cinquante et un pour cent ne la désirent pas, treize pour cent ne savent pas) une histoire “faite à la main”.

Mais trop de relents nauséabonds et désagréables rendent finalement la lecture insupportable comme “Dans le même temps en Asies, Afriques, Arabies, naissent des millions de petites choses jaunes, noires ou basanées...”, nous rappelant que l’auteur a écrit dans la revue Elements dite par euphémisme de La nouvelle droite !

Silence

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Ceci est une lecture de :

Proust, le chat et moi précédé de L’enfance de l’art / Jean Cau. – Paris : La table Ronde, 2009. – (Collection de poche La Petite Vermillon ; 317). – 978-2-7103-3109-4. (Première parution en 1984)

 

Je remercie La Table Ronde pour l’envoi gracieux de ce livre. Il a été commenté dans le cadre des partenariats avec les éditeurs proposés par le blog : Blog-o-book. “Chaque dimanche à 15h Bob publie des appels à lecteurs, en partenariat avec des éditeurs. Des partenariat spéciaux ont parfois lieu en semaine. Toute personne ayant un blog consacré à la lecture et régulièrement tenu à jour peut participer.  La seule condition est de publier un billet sur votre blog dans le mois qui suit la réception du livre. Vous êtes totalement libre d’exprimer votre ressenti par rapport à votre lecture, votre billet pourra être positif ou négatif, vous restez indépendant.”

Silence

 

Je me souviens. J’étais en seconde. Je m’en souviens en lisant les premières pages du livre d’Emmanuel Razavi : les exilés, une chronique iranienne (Mon petit éditeur, 2010). Je me souviens. On a vu arriver ce garçon brun qui ressemblait tant à Omar Sharif. On était ? En 79 ou en 80 ? En 1979. Je ne sais plus exactement. Ne comprenais pas bien ce qu’il se passait, comment cela fonctionnait le monde. Je me souviens de ce garçon. Un iranien, donc. Il n’est pas resté longtemps parmi nous. Il est devenu très vite le premier en mathématiques, notre matière phare, dans cette seconde qui n’était pas encore génèrale. Il était réservé. Il ne ressemblait pas à quelqu’un qui vient de prendre la fuite pour sauver sa peau. Je me souviens de lui. Pas de son prénom. C’était mon premier contact avec l’Iran et avec un événement phare de l’histoire du monde : la révolution iranienne.

Les exilés d’ Emmanuel Razavi raconte l’histoire de sa famille, celle de son grand-père Youssef, aristocrate de la lignée des Qâdjar – ceux qui marchent rapidement (en turc) – famille prise dans la tourmente d’une des révolutions les plus rétrogrades de la planète. Séduit par les sirènes occidentales du développement économique, Youssef n’aura qu’une envie : que deux de ses fils, Parviz et Houchang partent étudier en France, la patrie de l’humanisme. Afin de  s’ouvrir au  progrès, symbolisé encore à cette époque par l’Occident ; pour ensuite, en faire bénéficier leur pays. En un peu plus d’une centaine de pages, l’auteur, grand reporter, et fils de Parviz, conte allégrement l’aventure de ces deux enfants arrachés à leur famille au temps de l’enfance (dix et onze ans).  Prenant l’avion seuls et se retrouvant seuls dans une école religieuse de Montpellier et ne parlant encore que le farçi ! Exilés avec un dépaysement total garanti. On suit leur évolution jusqu’à l’âge de la maturité. Histoire entrecoupée par l’évocation de ceux restés en Iran. L’auteur alterne sans concessions la vie facile de Youssef, dignitaire d’un régime policé  avec celle d’une famille pauvre et communiste jusqu’au croisement fatal : la montée du pouvoir religieux. Les enfants devenus des adultes réaliseront le rêve du grand-père mais sans doute, en laissant un peu de leurs rêves : “L’avenir de l’élite iranienne se joue en France… Si vos enfants vont un jour étudier en France, ils en feront peut-être partie et pourront être reçus comme des rois dans le monde entier.” Dans ce livre sensible, jamais partisan, reste  à leurs descendants, une nostalgie : celle du goût citronné des concombres trempés dans du yaourt…

Je remercie Mon petit éditeur pour l’envoi gracieux de ce livre. Il a été commenté dans le cadre des partenariats avec les éditeurs proposés par le blog : Blog-o-book. “Chaque dimanche à 15h Bob publie des appels à lecteurs, en partenariat avec des éditeurs. Des partenariat spéciaux ont parfois lieu en semaine. Toute personne ayant un blog consacré à la lecture et régulièrement tenu à jour peut participer.  La seule condition est de publier un billet sur votre blog dans le mois qui suit la réception du livre. Vous êtes totalement libre d’exprimer votre ressenti par rapport à votre lecture, votre billet pourra être positif ou négatif, vous restez indépendant.”

Silence

 

Un cauchemar réveille Alex Vidal, sorte de détective privé free-lance… Mauvais rêve prémonitoire ? Alex Vidal a rêvé de son arrière grand-mère de 108 ans, torturée par des médecins ricanants… Son cauchemar a une telle impression de réalité – d’être un appel au secours de la dite aîeule qu’il se précipite très vite au chevet de la potentielle victime. Le récit -alerte – écrit en courts chapitres – à base de Tu – alterne entre fantastique et roman policier. Très vite, des recherches scientifiques autour de l’immortalité impose une autre dimension à cette longue nouvelle, à ce court roman… paru dans la collection Contes illustrés pour adultes. Ce livre “s’inspire librement des recherches de François Taddéi sur le vieillissement des bactéries et la transmission du savoir dans la nature…”
Les images de Killofer s’inscrustent parfaitement au fil de l’histoire : images ancrées dans la réalité avec des fantasmagories oniriques…

Voici un extrait, page 34 :

“Tu n’imagines pas que le pire est encore à venir.

A vrai dire, le pire est sans doute toujours devant, du moins si l’on considère que mourir fait partie des pires choses qui peuvent nous arriver. Les pessimistes diront que la naissance est bien plus redoutable, que c’est elle qui est à l’origine de tout ce qui nous arrive par la suite. Ce n’est pas faux, sans doute. Les morts pourraient nous éclairer sur le sujet, eux qui ont traversé les deux, mais ils n’ont plus le droit à la parole. C’est injuste, mais c’est ainsi, il faut bien l’accepter.

Les super pessimistes, quant à eux, diront que c’est l’apparition de la vie sur cette planète qui est la cause de tous les malheurs. Le premier unicellulaire, avec sa face de membrane et son patrimoine génétique en pagaille, aurait mieux fait de mettre fin à ses jours sans prendre le temps d’engendrer des congénères. Un bon suicide initial aurait fait disparaître à tout jamais les dépressions et les maladies orphelines, les amputations, les sévices de tous ordres, la torture, la faim dans le monde et le strabisme divergent.

Les super pessimistes ont le don de rendre les choses simples, à défaut de les rendre joyeuses.”

Trop brève réflexion sur la mort, sur les recherches scientifiques de savants fous, sur ces collusions entre argent et monde de la recherche, ce récit allêchant aurait mérité un développement plus vaste… tellement le thème semble actuel.

Silence.

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L’homme qui refusait de mourir / Nicolas Ancion ; illustré par Patrice Killofer ; avec la participation de François Taddéi, chercheur en biologie. – Paris : Dis Voir, sept. 2010. – (Collection contes illustrés pour adultes).

a bande annonce du livre sur le site de Nicolas Ancion. C’est drôle j’ai choisi la même image de Killofer pour illustrer ce billet ! ;)

 

Tiens, voilà, un nouveau colis de l’opération Masse critique de Babelio, envoyé par Gwendal des éditions de la Pastèque. Quel drôle de nom ? Pastèque ! Ce n’est pas sérieux ! ;)  Normal, c’est un éditeur de BD… Bon, je suis ironique quand je dis cela… La bande dessinée pour certains c’est encore en 2010:   des gros nez…  et c’est rigolo…  et c’est pour les enfants… Que voulez-vous y faire ? Ca prend du temps de faire oublier les images d’Epinal… Alors, on accole le terme alternative à la suite de BD et le tour est joué. Nous, les bibliothécaires chargés de développer un fonds BD en bibliothèque, on rame un peu… pour la faire découvrir cette BD dite alternative… Alors les gens de la Pastèque, des québécois, que nous disent-ils d’eux sur leur site :  ” Voilà douze ans que la Pastèque existe ! Nous n’avons pas réinventé la roue.  L’origine de la Pastèque puise ses sources chez tous ces petits éditeurs qui, au début des années 90, ont privilégié un renouvellement de la bande dessinée en adoptant des pratiques artistiques et commerciales différentes. Nous voulions rendre viable au Québec une telle structure d’édition dédiée à la bande dessinée. Nous pensions que le lectorat d’ici serait lui aussi sensible aux bouleversements qui agitaient le 9e art ailleurs dans le monde. Douze ans, et plus de 90 titres plus tard, nous considérons avoir fait la preuve que notre intuition était la bonne.”

J’ai donc reçu Macanudo : volume 2 de l’auteur argentin Liniers.

Liniers est né à Buenos Aires en 1973. Il a réalisé des illustrations et des bandes dessinées pour des publications comme Página/12, Lugares, ¡Suélteme!, Comix 2000 (France), Olho Mágico (Brésil), Artists Respond (U.S.A), Zona de Obras et ¡Qué Suerte! (Espagne).

Il est aussi l’auteur du livre ”Warhol pour débutants” aux côtés de Santiago Rial Ungaro. Il a réalisé deux expositions de peinture en 2001 et 2003. Sa série Macanudo est publiée chaque jour dans le plus grand quotidien argentin La Nacion.

Citons cet article de Loleck du très passionnant site DU9, qui dit l’essentiel :  “Macanudo révèle un style propre, absurde et rêveur, un peu effaré devant l’existence, ultra lisible et pourtant vaguement inquiétant. Il faut dépasser l’impression de « déjà-vu » qui saisit le lecteur pendant les premières pages, et se laisser prendre au rythme particulier de ces saynètes souriantes et parfois grimaçantes.

Dans ces strips se croisent des personnages improbables, petites filles, peluches, pingouins, robots, lutins, grenouilles : une faune à sa main, récurrente, qui permet à Liniers de camper en quelques cases une historieta décalée et poétique, et de créer un petit univers narratif dont on accepte très vite les codes, portés par le trait simplissime, évident, et pourtant très fouillé de Liniers

Comment parler de la poésie et de la philosphie qui se dégagent de cette bande dessinée ? Voici une sélection de  quelques strips…

Plusieurs types de personnages reviennent constamment. Mais, nous allons découvrir, une petite fille et ses amis : Enriqueta, une petite fille…  rêveuse et quelque peu philosophe :

toujours accompagnée du chat Fellini et de son ours-doudou Madariaga :

j’aime comment Liniers dessine Fellini le chat :

Enriqueta aime Fellini de près ou de loin :

ou alors, parfois Fellini va trop loin :

Enriqueta fait la sieste ou bien lit…  lit beaucoup…  et rêve :

ou réfléchit. Enriqueta réfléchit beaucoup dans cet espace intime qu’est la lecture :

Fellini est un peu jaloux et réclame de la lecture à haute voix :

et finit par s’endormir… et Enriqueta aussi…

Les autres fois, Enriqueta réfléchit… et philosophe beaucoup :

 

 et parfois, philosophe avec un peu d’inquiétude :

ou de manière plus naïve :

 Enriqueta, c’est une petite fille avec des problèmes de petite fille. Et qui parfois se demande ce qu’il vaut mieux choisir de la vie ou des…

 

Je file, vous quitte… et part, court vers mon libraire pour récupérer le tome 1…

Silence

Mamelons moelleux et creux languides, toison épaisse des forêts, duvet frissonant des prés, chair nue des sols retournés, la campagne toscane l’entoure de ses panoramas charmants.” Telle est la première phrase “ambigüe” du nouveau roman policier de Serge Quadruppani (Editions du Masque) que je viens de recevoir et lire grâce à l’opération Masse critique du site Babelio… site qui je vous le rappelle, souhaite que nous connections nos bibliothèques et que nous partageons  nos lectures.

Je dois vous dire que je suis bien embêté pour vous chroniquer ce livre : parce que si je commence à vous parler un peu de l’intrigue, cela risque de vous gâcher votre lecture. A cause de la chute… implacable… c’est un polar… mais bien ancré dans son époque… du coup, on oublie que c’est un polar alors je vous dis, juste un truc comme cela : ça cause de la crise financière (mais pas seulement, c’est plutôt touffu) et plutôt allègre, jamais ennuyeux, drôle,  très rythmé (sans ressembler à ces films blockbusters américains où les personnages passent leur temps à se poursuivre à pied, à vélo, en voiture ou tout autre outil pour se poursuivre !). Bref, c’est frais : c’est plutôt un bon bouquin (c’est pas péjoratif dans ma bouche), bien écrit. Mais qu’est-ce que cela veut dire bien écrit ? Pour tenter de le comprendre, je vous recommande de lire  : Vous avez dit “littérature” de Christian Poslaniec, paru chez Hachette éducation en l’an 2002 où l’auteur s’amuse malicieusement à nous proposer des textes ”littéraires” et à nous demander si on trouve cela bien écrit, si c’est de la littérature. Evidemment, il donne les titres et les auteurs quand on s’est bien trompé… Autre chose, vous savez, je ne fais plus aucun effort dans mes lectures, dégagé des conventions qui font que selon notre milieu, notre profession, il faut avoir lu tel ou tel livre.  S’il me tombe des mains le livre, je ne le ramasse plus. Ce n’est d’ailleurs pas parce que c’est un mauvais livre. Ce n’était peut-être pas le moment de le lire ou bien il ne convenait pas à ce moment là. Bon, il peut aussi être mauvais ;)

Le nouveau livre de Serge Quadruppani n’est pas tombé ! Cela fait penser parfois à un certain cinéma italien politique ou au film Mille Milliards de dollars avec, vous vous rappelez, Patrick Dewaere qui incarnait un journaliste sans peur et sans reproche, tout occupé à prouver des malversations déjà financières et qui réussissait à la fin, au péril de sa vie, à publier dans un journal Médiapartien, son enquête.

Par ailleurs, je vous conseille d’aller jeter un oeil sur les blogs de Serge Quadruppani comme ces Contrées magnifiques  ou encore celui qui porte son nom où l’on retrouve cette plume alerte évoquée plus haut et ce côté dénonciateur et bien informé qui fait plaisir car non consensuel !

Vous pouvez le commander ici. Ou aller le chercher en bibliothèque. Ce livre offert par Babelio et les éditions du Masque ira rejoindre les rayons de la nouvelle bibliothèque de Tourrettes dans le Var qui ouvrira ses portes début 2011…

Bonne lecture

Silence

 

 

Décor

Pour cette nouvelle rencontre, consacrée au théâtre et faisant l’objet d’une publication sur le blog Rick Bass, j’ai eu l’idée de préparer, à l’intention de David Duchemin, metteur en scène et comédien, un jeu de cartes spécial, et de lui en proposer une partie dans une pièce abritée du monde. Il s’agira pour David d’entrer dans la pièce, de s’asseoir à la table en face de moi, de prendre connaissance des règles du jeu que je me prépare à lui lire et … de les accepter. Enfin, de se lancer dans l’aventure pour la durée d’une heure.

Le dictaphone qui va recueillir ses propos est posé sur un livre : Le théâtre (Georges Jean, Le seuil, 1977).

L’instant est solennel. Le théâtre accompagne les hommes depuis tant d’années que le respect entrera avec nous par la petite porte du grenier aménagé qui nous accueille.

Les fenêtres, les portes, les lucarnes et les jacobines du tableau de Reyol (Honfleur, 1992) seront durant toute la partie comme à l’affût de nos paroles. A-t-on déjà vu un tableau qui a des oreilles ?

On commence

David installé, je lui lis le pourquoi du comment, et lui présente les règles du jeu.

Réjane : Nous sommes en 2010. Le numérique n’a plus de secret pour la plupart d’entre nous. Les débuts du cinéma, les balbutiements de la télévision : tout ça relève déjà de l’histoire ancienne. David, tu es à l’aise je crois avec les nouvelles techniques de l’information et de la communication. Tu apprécies le cinéma. Mais ton métier, l’activité qui te permet de gagner ta vie, se rattache à un art qui a vingt cinq siècles : le théâtre. Tu es en effet comédien, metteur en scène : le jeu est donc ton affaire.

D’autre part, m’intéressant au théâtre, je me suis trouvée nez à nez avec des citations sur le théâtre qui m’ont plu. Louis Jouvet, Jean Vilar, Sénèque, Shakespeare… le théâtre depuis qu’il existe, fait parler de lui. J’ai relevé ces citations qui me titillent et je te propose d’y réagir librement. Tu peux les mettre en rapport avec ta pratique et en profiter pour nous parler de ton métier, nous dire si tu les aimes ou pas, nous raconter des anecdotes etc., la règle du jeu étant :

-        que je puisse, de mon côté, te poser les questions qui me viendront,

-        que les citations, notées sur ces fiches, apparaîtront dans l’ordre du hasard, puisque tu vas les tirer comme on tire des cartes au hasard.

  On peut prévoir que la partie dure une heure. Si ce préambule te convient, je te propose de tirer la première carte.

 Le jeu démarre

David : ” L’acteur de cinéma, comme l’écrivain, continue d’exercer son métier après sa mort. Pour lui arriver à la cheville, le comédien de théâtre se doit au moins de mourir en le faisant.” Yves Reynaud

Réjane : J’aime bien cette citation car elle pose la question de la trace. Les réalisations des comédiens ou des metteurs en scène ne laissent pas de trace. Les œuvres des écrivains, les prestations des acteurs sont conservées et peuvent perdurer dans le temps. Si elles sont réussies, elles deviennent vivantes pour l’éternité. Les metteurs en scène, les comédiens, n’ont pas cette chance, car leur travail disparaît. Quand on est comédien ou metteur en scène, est-ce qu’on y pense à ça ?

David : Là, en fait, on parle de la notoriété, de la postérité, d’être reconnu au pas. Moi, je n’ai jamais voulu faire ce métier-là pour être reconnu. Je le fais parce que c’est une passion et que ça me plait. Ce qui compte pour moi c’est de monter ce que j’ai envie de monter et de jouer comme j’ai envie de le faire. Et de garder ma liberté.

David : ” Un texte de théâtre est à voir. Un texte de théâtre est à écouter. Est-ce qu’un texte de théâtre est à lire ? ” Francis Huster

De par mon métier quand on cherche une pièce on en lit beaucoup. On se projette dedans ou pas et c’est ça qui va influencer notre choix sur telle ou telle pièce.

Je dis que les deux sont vrais. Même si un texte de théâtre c’est fait avant tout pour être vu, donc être mis en scène, je pense qu’il y a certains textes, surtout dans les pièces contemporaines, qui sont plus proches de l’essai. Ils sont écrits, mis en dialogues mais je pense qu’ils n’ont pas grand intérêt à être mis en scène. A  être lus, oui. Ces textes peuvent être riches en eux-mêmes, mais à mon avis, parce qu’ils reflètent juste la pensée de l’auteur par exemple, ça n’apporterait rien de les monter sur scène.

Malheureusement, il y a maintenant une certaine vague de théâtre de recherche où justement le texte est mis en avant, et où on demande aux comédiens de s’effacer… Il faut que le texte soit plus présent qu’un comédien sur scène ? Alors effectivement quand j’entends ce genre de réflexions, je me dis alors autant lire le texte.

Ecouter c’est différent. Quand  j’étais jeune, mes grands-parents écoutaient des pièces de théâtre à la radio. Ça jouait, et même si on n’avait pas d’images, on imaginait très bien les scènes.

Réjane : Les metteurs en scène sont parfois durement critiqués. On leur reproche d’avoir trop de pouvoir. Quel est ton avis là-dessus ?

David : Dans les années soixante dix quatre vingts  on était en plein dans le théâtre de recherche. Le metteur en scène faisait un petit peu la pluie et le beau temps sur les textes, se permettait des coupes, et il ne permettait pas au comédien de s’exprimer.

Pour moi il y a deux sortes de metteur en scène. Tu as le metteur en scène strict qui a sa propre vision des choses et qui ne va pas en démordre. Si un comédien ne fait pas ce qu’il veut ce n’est pas grave il va en prendre un autre. Et tu as le metteur en scène qui va tenir compte de la personne avec qui il travaille. Même si il a une idée, il va tendre vers l’image qu’il a envie de voir réalisée, son tableau qu’il veut voir sur scène, mais en tenant compte du comédien, ce qui peut donner complètement autre chose.

David : ” On fait du théâtre parce qu’on a l’impression de n’avoir jamais été soi-même et qu’enfin, on va pouvoir l’être.” Louis Jouvet

Ce qu’essaie de dire Louis Jouvet pour moi c’est qu’on se permet sur scène de faire des choses que dans la vie courante on ne ferait pas, où qu’on ne se permettrait pas de dire. Et on se permet de le faire sur scène parce que ce ne sont pas nos mots.

Est-ce qu’on fait du théâtre parce qu’on a envie de régler ses problèmes, parce qu’on a envie de dire des choses qu’on n’oserait pas dire tous les jours… On attaque la question  de la construction du personnage. Moi j’irais plus loin en me posant cette question : quand on interprète un personnage, qu’est-ce qu’on met dedans ?

Est-ce qu’on se contente de se tenir à l’écrit en prenant le texte brut et en essayant de l’interpréter le mieux possible, ou est-ce qu’on construit vraiment une histoire ?

C’est à nous de mettre ce qu’on veut dans le texte. Les mêmes mots peuvent dire l’inverse selon le jeu et comment on va faire.

J’ai joué plusieurs pièces. Je ne me souviens pas forcément de chaque texte. Par contre, le cheminement pour créer le personnage, le montrer sur scène, le montrer aux gens, je m’en souviens.

Alors oui c’est du soi-même, c’est son vécu, c’est ses envies, c’est ses angoisses, ses problèmes du moment qu’on met sur scène.

Réjane : Tu fais cette recherche en même temps que tu apprends ton texte ou tu la débutes avant ?

David : Une fois que j’ai mon personnage, qu’on est d’accord avec le metteur en scène sur ce qu’on veut montrer et ce que ce personnage est censé dire aux gens, je crée mon personnage. Je lui invente une histoire. Une pièce de théâtre c’est juste un instant “T” d’une vie. Moi je lui crée un passif. Et pourquoi il est arrivé là. Qu’est-ce qui a fait qu’il en est arrivé là. Et éventuellement, on essaie de voir un après.

Réjane : C”est quelque chose que tu fais mentalement ou tu l’écris ?

David : C’est uniquement mental.

Réjane : C’est une façon de faire qui t’a été enseignée ?

David : Oui. C’est la méthode Constantin Stanislawski : la création du personnage, où on s’implique complètement dans un personnage. Il a écrit plusieurs bouquins qui sont très intéressants notamment celui de “la construction du personnage”. Il raconte une anecdote dans son livre (il a été prof) où il demandait à ses élèves d’être angoissés. Une de ses élèves n’y parvenant pas, il lui a demandé de fermer les yeux. Il lui a alors pris une broche qui était sur son pull et il lui a dit : “Voilà, j’ai caché la broche sur le plateau. Je te laisse cinq minutes pour la retrouver sinon tu es virée.” Elle a cherché la broche et ne la trouvant pas (et pour cause elle était dans sa poche), elle s’est mise à pleurer toutes les larmes de son corps. Il lui a rendu la broche et après cette épreuve, elle a pu retranscrire  son angoisse. Et c’est ça qu’on fait quand on travaille sur un personnage. La pièce c’est un instant “T” d’une vie mais on n’arrive pas là par hasard.  Il faut se mettre en condition, et ça c’est tout un travail qui est à faire. Je ne  l’écris pas, mais c’est un travail permanent. Tu n’es jamais au repos quand tu penses à un personnage. Tu fais des courses tu penses à ton personnage. Tu  es arrêté à un feu rouge tu penses à  un truc.

Réjane : Tu vis avec.

David : Tant que tu joues cette pièce, tu vis avec ce personnage. Et il évolue parce que c’est du spectacle vivant. Certains soirs tu vas être moins bien et il va être moins bien, d’autres fois, ce sera l’inverse.

Réjane : Tu ne fais pas de break dans ta vie au cours duquel tu oublies complètement ton personnage ?

David : Non parce que dans ce cas-là tu ne fais pas ce métier là. Tous les jours tu vas entendre un truc à la radio, tu vas voir un truc à la télé. Tu vas te dire tiens mon personnage comment il réagirait. Tu es avec lui. Et même quand tu joues la pièce. Tu trouves un truc. Tu te dis : ” Tiens ben là ça serait mieux si je pensais à ça pour faire ça.” C’est pour ça que c’est du spectacle vivant. Il y a très souvent une différence entre la première représentation et la dernière, parce que ton personnage il évolue.

David : ” Le cinéma est un puissant rameau greffé sur le tronc robuste et millénaire du théâtre ” Louis Jouvet

Réjane : Jouer au théâtre et faire du cinéma, c’est exercer le même métier ?

David :  Ce n’est pas du tout le même métier. Les acteurs le disent eux-mêmes : pour eux le théâtre est un univers complètement différent du cinéma. Et quand un comédien joue dans un film il ne fait pas le même boulot. Si la prise n’est pas bonne on la refait cinquante fois jusqu’à ce que le metteur en scène dise : “Oui, c’est ça que je voulais“.

Le cinéma c’est être à fond dans l’action tout de suite. Au théâtre on se laisse porter. Il y a le prologue sur une pièce. Il y a le début et il y a un cheminement jusque vers la fin, donc on a le temps de s’installer dans un personnage sans être interrompu. Pour les acteurs qui n’ont jamais fait de scène c’est quelque chose qui est vachement dur. Et pour nous c’est très difficile aussi quand on nous dit “Action !” de tout donner.

Réjane : Tu as déjà joué dans des films ?

David : Dans des courts métrages, oui, plusieurs fois. C’est un autre univers, c’est rigolo.

Les scènes sont très courtes, et c’est très long entre les prises (Louis Jouvet disait que pour être un bon acteur au cinéma, il faut un bon fauteuil). On a le temps de répéter entre les prises, d’apprendre son texte, de parler avec les gens. J’aime bien, c’est sympa.

Mais contrairement au théâtre, il n’y  pas la sanction immédiate : le public.

Réjane : Tu veux bien nous parler du public au théâtre ?

David : Le public fait partie intégrante du spectacle. Là par exemple j’en suis à un point du spectacle que je suis en train de monter où j’ai besoin du public pour continuer à avancer. Et ça c’est toute la subtilité du travail de comédien. Il faut tenir compte du public et pour moi le public est un comédien. C’est en ça que le spectacle vivant c’est vachement intéressant. Ce n’est pas pareil si le public est là ou s’il lâche. Quand le public est là, on peut jouer la pièce soft. Si le public lâche un peu, alors on va le chercher. Certains soirs il n’y a pas besoin d’en faire beaucoup. D’autres soirs on a beau jouer, le public ne réagit pas. C’est la partie très excitante du spectacle vivant.

Réjane : Tu viens d’évoquer un spectacle que tu prépares en ce moment que tu vas présenter bientôt au public, peux-tu nous en dire plus ?

David : C’est une pièce : Le temps bourrin, écrite par Christian Poslaniec et mise en scène par Jacques Grange. Je suis tout seul sur scène. A travers un personnage et des anecdotes, je raconte une histoire inspirée de la mienne.

Réjane : C’est la première fois que tu joues seul ?

David : Oui.

Réjane : Et qu’est-ce que ça fait ?

David : Ça fait flipper. Lorsqu’on est avec des partenaires on s’entraide. On entraîne avec son jeu le comédien qui est moins en forme un soir. D’autre part, il y a beaucoup d’effets comiques qui reposent sur le rebondissement. Quand tu joues tout seul, tous les effets reposent sur toi, ce qui est vachement plus dur et demande beaucoup plus d’énergie.

Réjane : Mais est-ce que ça ne rapporte pas plus de plaisir de jouer seul ?

David : Non, je ne crois pas. Moi je suis content quand j’ai bien joué, que les gens ont ri.  Le plaisir c’est les applaudissements à la fin. Quand on joue à plusieurs, même si on partage le succès, les applaudissements, on les prend pour soi. Même si on est quinze sur scène. Je te dirai ça après la première mais j’imagine que le plaisir est le même, qu’on joue seul ou à plusieurs.

 David : ” Le théâtre c’est la poésie qui sort du livre pour descendre dans la rue.” Federico Garcia Lorca

Pour moi la poésie c’est un art à part. C’est un art d’écriture. Une écriture différente que  j’ai du mal à associer au théâtre. Je pense que le théâtre c’est beaucoup plus simple que ça. Il y a une citation de Marcel Achard dans Jean de la lune où Clotaire, qui était joué par Michel Simon (il joue le rôle d’un comédien un peu ringard), dit : “Le théâtre c’est la vie ”.

Pour moi ça résume tout : Le théâtre c’est la vie. Avant, il n’y avait pas de cinéma. Les gens allaient au théâtre et le théâtre leur racontait des tranches de vie. Dans les premières pièces, les personnages étaient  des dieux, mais c’était des dieux qui étaient réduits à des problèmes d’humains, de la vie de tous les jours. Le théâtre c’est ça avant tout pour moi. J’aime bien cette expression. Lorsque je suis avec des élèves, que ce soit des adultes ou des enfants je leur dis : mais le théâtre c’est la vie. Jouez la vie.

Quand je travaille avec un groupe sur scène et que je le fais manger sur scène, mes élèves ne savent plus se servir ni d’un couteau ni d’une fourchette, ils ne savent plus boire. Alors que c’est un truc que tu fais tous les jours trois fois par jour. Pour s’asseoir à une table, si la chaise est trop près de la table, ils vont essayer de se glisser entre la table et la chaise alors que dans la vie de tous les jours, si la chaise est trop près tu la tires.

Je leur dis soyez simples. Et c’est vrai, le théâtre c’est la vie. Plus le jeu est proche de la réalité, plus il est bon. Parce qu’il n’est pas fabriqué. Voilà pourquoi j’aime cette phrase.

Réjane : Considères-tu le théâtre comme un art accessible ?

David :  Ça dépend de ce que tu joues. Ça dépend de ce que tu veux mettre, de ce que tu veux montrer. Il y a certaines pièces de théâtre de recherche, dont je lis les synopsis, qui me donnent l’impression d’avoir un Q.I négatif. Elles peuvent avoir du succès, le public crier au génie, je ne les comprends pas. Mais en général le théâtre ça nous parle, ça fait vibrer des choses en nous et comparé à la peinture, le théâtre me semble plus accessible.

David : ” Le spectacle était dans la salle, nous étions réunis et regardions le public déchainé.” Tristan Tzara

Réjane : Cette citation me fait pense à ce que tu as dit tout à l’heure : que le public était acteur dans une pièce, qu’il faisait partie intégrante du spectacle. Tristan Tzara va même jusqu’à l’inversion totale des rôles puisque les comédiens deviennent des spectateurs…

David : Oui, il y a eu plusieurs essais qui ont été écrits dans lesquels les rôles sont inversés, où les comédiens sont sur scène et où ils imaginent qu’ils sont  le public.

Effectivement, on revient à ce que je disais tout à l’heure : le public est un comédien, à part entière. Et dans n’importe quel genre de théâtre. Là on parle de comique mais dans la tragédie c’est pareil. Tu le sens quand tu montes une phrase, quand tu as une grande tirade, si le public vibre avec toi. S’il ne vibre pas avec toi c’est raté.

Réjane : Au fond, ça veut dire que cette activité elle est très collective.

David : Oui, c’est collectif, et dans tous les sens du terme. Quand tu joues à plusieurs c’est un sport collectif. Et c’est collectif avec le public. Voir réagir les gens, aux conneries, ou aux blagues, ou à tes pleurs. Les sentir vivre ce que tu es en train de vivre c’est vraiment bien. J’adore quand le public rit sur les conneries que je suis en train de faire, mais j’adore aussi quand je sens la salle qui est suspendue à mes lèvres. Tu amènes une intrigue et tu as les gens qui sont là ils attendent ils attendent ils attendent… et là tu peux faire durer. Ce petit moment où tu fais durer, où il n’y a plus un bruit dans la salle, plus personne ne tousse. Il n’y a plus un bruit. Les gens attendent. Et là… C’est magique. C’est ce qu’on appelle la protase : tu montes tu montes tu montes. Et tu peux monter encore longtemps comme ça. Après tu as l’acmé : hop, on s’arrête. Et après tu as l’ apodose. Dans l’ apodose ça peut être du rire, ça peut être du pleur, ça peut être un fou rire, ça peut être de la réprobation parce que tu es le méchant… Mais ce moment où ça monte, ah, c’est génial ! Ça c’est beau.

Réjane :  De ce point de vue, on peut penser que les arts de l’écran, la télévision, le cinéma, ne pourront jamais égaler le théâtre ?

David : Tu peux être ému par un film, mais tu n’as aucun rapport avec l’acteur. C’est du cinéma, c’est un écran. Tu vas faire rire les gens, tu vas les faire pleurer, tu vas les mettre en colère, mais tu ne l’entendras pas. C’est terrible. Ça pour moi c’est une partie du métier qui doit être super frustrante.

David : ” Le théâtre est une nourriture aussi indispensable que la pain et le vin… Le théâtre est donc, au premier chef, un service public. Tout comme le gaz, l’eau, l’électricité.” Jean Vilar

Le théâtre c’est à la base de tout. Si il n’y avait pas eu de théâtre, il n’y aurait pas de cinéma. Il n’y aurait pas de théâtre de rue, il n’y aurait pas de cirque. Tout ça, c’est la base.

Réjane : Tu considères cette  base nécessaire à la vie des hommes en société et comme Jean Vilar, devant nécessairement être portée par la volonté politique ?

David : Complètement.

Réjane : Quel constat fais-tu  par rapport à ça, pour notre société actuelle ?

David : Le constat est alarmant. On ne veut plus de petites troupes. On ne veut que des grosses troupes subventionnées qui ne font pas spécialement du théâtre de recherche comme nous on peut le faire. C’est un choix. Mais je trouve ça dommage. On va se retrouver avec un théâtre élitiste, un théâtre pour les riches.

Tous les gens qui vont voir des spectacles l’été, c’est des gens comme nous qu’ils vont voir. Si demain on n’existe plus qu’est-ce qu’il restera aux gens ?

Les gens ne réalisent pas que le théâtre, ils vivent avec. Ils l’ont au quotidien sans s’en rendre compte. Ça va de l’animation dans une galerie commerciale (le mec qui va être dans un costume débile à vanter les mérites d’une saucisse), en passant par le petit spectacle sur un lieu de vacances, le mec qui va cracher du feu dans la rue, le mec qui va faire le guignol à raconter des histoires… Les gens vivent avec le théâtre, et ils ne s’en rendent pas forcément compte. Si demain tout ça disparaît, qu’est-ce qu’il leur reste aux gens ? Et ça les gens ne le voient pas, ne le quantifient pas.

En 2003 lorsqu’on a fait les grèves d’intermittents, on a été taxés de “méchants intermittents” par les gens. Parce que justement on avait arrêté les festivals, parce que justement les gens n’avaient plus toutes ces animations qu’ils avaient sur leur lieu de vacances. Le seul moyen de pression qu’on avait c’était de nous sabrer nous-mêmes, de ne plus jouer.

Les concerts qu’on a dans les cafés l’été ou dans des petites salles en hiver : c’est des intermittents ces gens-là. Si demain, tous ces gens disparaissent, la vie elle va être vachement triste.

Réjane : Notre entretien en est maintenant à plus d’une heure. Je mélange les cartes pour la dernière citation.

David : Et c’est toi qui la tires.

Réjane : C’est moi qui la tire d’accord. Et je te la lis.

“Le théâtre c’est la vie ; ses moments d’ennui en moins.” Alfred Hitchcock

 

On s’en va

 

A  ma lecture de la citation du maître du cinéma, voilà que la tableau de Reyol rit de toutes ses fenêtres. Et nous avec.

Comment faire autrement face à la sortie théâtrale que nous a concoctée le hasard ?

Merci David Duchemin

de nous avoir emmenés sur la scène, dans la salle, derrière le rideau.

Merde

pour la première de :

 Le temps bourrin

   samedi 18 septembre 2010,

 20h30

  Centre Socio-Culturel du Val’Rhonne,

 Allée de l’Europe, 72 230 Moncé-en-Belin.

Tél. 02 43 42 29 48

 

Texte : Christian Poslaniec

Mise en scène : Jacques Grange

 

 

Au revoir

        Á bientôt

               et

                     BRAVO ! ! !

                             Réjane…

 

 

Disons le nettement : cette Zuleika Dobson, héroîne de l’unique roman de Max Beerbohm,  est une véritable peste. Je pourrai faire de la psychologie bon marché et comprendre… comprendre… – une enfance malheureuse – et patati et patata - que nenni, j’assume mon jugement, cette Zuleika est une peste : séduisant les hommes juste en passant dans la rue (bon, elle n’y peut pas grand chose non plus) – elle, qui d’après son auteur n’est pas particulièrement belle – cela n’est rien mais se jouant d’eux comme on jouerait avec des poupées ou des petits soldats de plomb. Je t’arrache un bras (la poupée) , je te fais sauter d’un pont (le soldat)…

On s’amuse dans ce roman “facétieux”, “cocasse”, magnifiquement écrit et… on s’ennuie aussi un peu. Paru en 1911, la thématique principale de ce roman est un peu surannée. Mourir par amour n’est plus de mise aujourd’hui. Il fut un temps, jadis, où cela avait sans doute un sens noble, épique, théâtral, que sais-je, terriblement romantique ou très snob. Cela reviendra peut-être. L’auteur décrit très bien cette ambiance que l’on a imaginée ou lue ou vue ailleurs dès que l’on parle d’une grande école anglaise : celle d’Oxford ici. L’auteur n’y peut rien. Le sujet a été source d’inspiration ultérieure. Donc, résumons l’intrigue, outrageusement : un étudiant très brillant, Duc de son état, dandy et desespéré, un peu coincé aussi – faut le dire – s’éprend de cette Zuleika dès qu’il l’aperçoit. Zuleika, parfaite peste, complétement frigide en fait (c’est jamais dit mais…), n’en a cure et le rejette. Le Duc veut mourir. La suite… je ne vous la dis pas…

Max Beerbohm, dans cet unique roman s’en donne à coeur joie, moquant le Duc, la haute et snob société et fait plutôt un portrait au vitriol de son héroïne. Fable sur le snobisme, Zuleika Dobson est un roman qui permet de passer un moment : décalé… un retour vers le passé… ce n’est pas le plus désagréable…

Oui, on s’amuse dans ce roman “facétieux”, “cocasse” mais on s’ennuie aussi un peu… Ma lecture est arrivée trop tard, je le regrette.  Il m’est difficile de lire aujourd’hui un Zuleika Dobson, après avoir lu, le roman paru en 1968 qui a réglé définitivement son compte à l’amour passion et à son théâtre, qui dans la cocasserie des situations est monté au Panthéon de la drôlerie et qui a aussi démonté les rouages de la bêtise et du snobisme : j’ai nommé Belle du seigneur de ce cher Albert Cohen. Ce livre est constamment présent dans ma tête pour plusieurs raisons (s’il en faut !) :  les délires de Mangeclous et des oncles de Solal, autre dandy desespéré, sont sources d’inspiration quotidienne… et les rouages de la bêtise et du snobisme sont sources d’observation… quand je n’y participe pas moi-même !

Comprenez-moi bien, je ne suis pas entièrement déçu par ce roman et  les merveilleuses éditions nommées Monsieur Toussaint Louverture n’y peuvent rien… j’ai rencontré ce cher Albert avant de connaitre cet auteur et j’ai cette facheuse manie de comparer… parce que l’émotion est chose rare… que sais-je… J’ai toujours du mal de dire du mal d’un livre ! J’essaie de me justifier, je m’empêtre… Les éditions Monsieur Toussaint Louverture sont d’ailleurs à découvrir et à encourager : la récente sortie du Livre du Chevalier Zifar, illustrée par Zeina Abirached m’a émerveillé… Ca n’a rien à voir mais je tenais à vous le signaler…

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Cette critique du livre Zuleika Dobson de Max Beerbohm est publiée dans le cadre de l’opération Masse critique du site Babelio qui permet de partager vos lectures avec d’autres lecteurs. Lire les autres avis et critiques, suivez le lien ci-dessous :

Merci à l’éditeur pour l’envoi de ce livre et merci aux ours de Babelio !

Silence

 

Une critique sur une bande dessinée sur Waterloo, sur Napoléon ? Encore ?

C’est le site de recommandation de lectures Babelio qui m’a gentiment proposé de commenter la lecture de ces Souvenirs de la Grande Armée, : tome 3, Voir Vienne et mourir ! / Scénario Michel Dufranne ; Dessin Alexis Alexander ; Couleur Jean-Paul Fernandez. – Paris : Delcourt, 2010. – 48 p.

J’ai donc lu… et voici mon humble avis de lecteur…

Je ne citerai pas l’abondante bibliographie (BD ou non BD) qui fait référence à ce moment emblématique (Waterloo) de l’Histoire de France ou de l’Histoire du Monde pour reprendre la démesure du petit général devenu Empereur … A l’occasion de cette critique, j’ai d’ailleurs découvert un blog qui souhaite “fédérer le plus grand nombre de napoléoniens et/ou amateurs de bandes dessinées classiques” afin de créer une nouvelle BD, sur Napoleon Bonaparte. Incroyable ! Le sujet est inépuisable…

Une bande dessinée historique ?

Je dois vous dire… je dois vous avouer… que depuis les années 80 et la saga de François Bourgeon dans le magazine Circus des éditons Glénat … je n’avais que peu remis les pieds ou du moins les yeux, dans ce genre de la bande dessinée… D’ailleurs, existe t’il une bande dessinée historique après Les Passagers du vent ? Sommet d’intelligence graphique et scénaristique… Bon, je suis un peu ironique aujourd’hui… J’exagère…

Depuis, il y a eu deux autres sommets de la bande dessinée historique mais son auteur fait partie de la génération “alternative” qui a bouleversée les codes anciens : La Guerre d’Alan ou Le Photographe d’Emmanuel Guibert. Comme la série qui nous occupe aujourd’hui, celles de Guibert ont aussi comme point commun de mettre en valeur les petites histoires pour raconter la Grande Histoire : la fin de la seconde guerre mondiale pour l’une et l’aide humanitaire lors d’une des guerres d’Afghanistan pour l’autre. Et puis, aussi, je n’oublie pas Maus d’Art Spiegelman mais cet exemple est tellement cité que je me demande s’il faut encore le citer. C’est ce que l’on appelle un classique.

Je dois tout vous dire… Je dois tout vous avouer… je suis plus attiré aujourd’hui, ou enfin, depuis une bonne dizaine d’années par ce que l’on appelle la bande dessinée alternative… non, pour être à la page ou à la planche pour rire un peu… mais parce que graphiquement, les ouvrages proposés par cette nouvelle vague de dessinateurs me séduisent, voir, allons-y démesurément, me fracassent l’oeil ; parce qu’au niveau des scénarii, la bande dessinée dite alternative aborde aussi des thèmes “adulte”, des personnages “sexués” pas outrageousement comme dans certaines BD que je ne citerai pas, avec des histoires pas forcément drôles mais si c’est drôle, ben c’est encore mieux… et qui bouleverse les codes de narration… et j’ai donc beaucoup de mal à lire, depuis Menu, je dois vous l’avouer, je dois vous le dire, le traditionnel 48 pages cartonné couleur… un modèle manufacturé pour l’édition… Nombre d’histoires sont ainsi à l’étroit et sont obligées de faire de trop grandes ellipses…

Bref, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : je lis encore de la bande dessinée dite classique, de la ligne claire… mais ce sont plutôt des lectures nostalgiques… parce que parfois y règnent encore la manière de raconter une histoire de A à Z… (l’intégrale Corentin récemment parue) et que même si les ficelles du scénario sont énormes… on laisse faire… on se laisse porter… J’en lis aussi parce que c’est une partie de mon travail en tant qu’acquéreur de BD en bibliothèque…

Longue introduction donc, pour vous parler de ces souvenirs de la grande armée dont je viens de découvrir le tome 3 et par la même occasion la série.

Graphiquement, vous l’avez compris, ce n’est pas ce que je préfère… Trop, trop classique… pour moi… Le dessinateur maitrise les scènes de batailles, un peu moins les visages féminins. Le découpage de l’histoire est alerte (plongée – contre-plongée…) et sert bien la narration. Le format classique des 48 pages empêche le développement de certaines scènes qui auraient mérité plus d’ampleur (la scène finale de confrontation). Ne pas avoir lu les premiers tomes n’a absolument pas gêné ma lecture. Cependant, la réussite de cette histoire est liée au scénario qui nous sensibilise aux horreurs de la guerre. La légende de l’épopée napoléonienne est oubliée et c’est tant mieux. J’ai un jour découvert, adolescent ,les souvenirs de la première guerre mondiale de Blaise Cendrars (La main coupée) et ce livre a changé mon point de vue sur une grande partie de l’historiographie en m’orientant vers des historiens moins “pompiers” pour le dire ainsi… Pour affirmer son propos, le scénariste alterne les petitesses des uns et des autres (vol des cadavres – un grand classique depuis Thénardier), les actes de courage ou de folie (cochez ce qui vous plait le plus) pour atteindre le fil rouge de ce tome 3 : le remords et la quête du personnage principal pour retrouver un médecin pas sympathique. Je ne vous en dis pas plus si vous n’avez pas encore lu.

Malgré mon commentaire qui peut paraître sévère, ce tome et les deux précédents vont rejoindre les bacs de ma bibliothèque afin de les faire découvrir à nos lecteurs…

Silence

Le hasard des publications et de mes lectures m’a fait lire simultanément deux nouveautés récentes :

il y a un livre où un père et son fils partent sur une ile inhabitée au fin fond de l’Alaska : Sukkwan Island ;

il y en a un autre où tous les habitants n’ont qu’un désir, un rêve : quitter l’île.. qui s’appelle Choir... titre éponyme du second livre.

Dans le premier, on ne sait pas bien entre les deux héros (un père et son fils) qui est l’adulte et qui est l’enfant.

Dans les deux livres, les personnages sont prisonniers de l’île et surtout de celles qu’ils ont dans leurs têtes…

jusqu’à choir…

Dans les deux cas, il m’est absolument impossible de résumer mieux les histoires de ces livres au risque de tout dévoiler pour le premier ou de tout recopier pour le second. Je vous conseille fortement la lecture de ces deux livres. Leurs chutes sont assez inattendues… si j’essaie de tirer un peu vers l’ironie ces deux lectures malaises…

L’une, vous surprend au moment où vous ne vous y attendiez pas ; l’autre est une explosion poétique où il faut d’abord capter le rythme des phrases, des mots et des sons au risque de laisser choir le livre…

Pourtant, les deux livres ont ce point commun de décrire des îles prisons révélant celles contenues dans les têtes des héros.

Sukkwan Island de David Vann est un premier roman, publié dans la collection “nature writing” de l’éditeur Gallmeister qui a publié, entre autres, l’excellent Le Livre de Yaak de Rick Bass. C’est ce livre qui m’a conduit à créer mon second blog : Rick Bass et les nature writers… Cette collection “nature writing”, sous-titrée : la littérature de la nature et des grands espaces , est un prétexte pour découvrir les rapports qui existent entre culture et nature ou l’inverse…

Choir d’Eric Chevillard est publié aux éditions de Minuit. Si vous ne connaissez pas encore le travail d’Eric Chevillard, je vous conseille les notules presque quotidiennes qu’il fait paraître sur le blog l’auto-fictif.

Silence

(alias Franck Queyraud)

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Addenda : j’ai écrit cette critique il y a exactement un mois aujourd’hui, nous sommes le 5 mars et je continue par être marqué par le coup de théâtre du livre de David Vann… et je ne sais pas si vraiment c’est un souvenir  agréable de lecture… Je ne sais plus quand je rencontre ce type de livre si nous assistons à de la virtuosité ou si cette virtuosité est construite pour donner ce sentiment de virtuosité.  Je ne sais pas si vous me suivez… J’attendrais de lire autre chose de cet auteur avant de me prononcer… n’empêche, un mois après, subsiste un malaise…

Alors, peut-être, je préfère retomber (pour ne pas dire choir) dans la prose rêveuse de Chevillard :

” Mais nous avons pris le goût d’attendre. Nous nous sommes installés dans l’attente. Il faut croire que nous nous y plaisons. Nous avons arrangé joliment ce séjour, non ? Nous extrayons le sucre de toute chose. Nous faisons mine de bouillir d’impatience et de rage dans les bulles irisées de nos bains de lavande. Nous endormons nos sens en les ravissant de musiques et mets raffinés. Toutes nos antennes vibrent dans des brises de parfums artificiels. Souhaitons-nous vraiment nous trouver d’un coup transportés dans le ciel ?

Aspirons-nous à moins de stabilité encore ? Si nous finissons par décoller, nous lâcherons la poudreuse pour le nuage, il n’est pas certain que notre pas y gagne en assurance. Dans les tempêtes du cosmos, ne regretterons-nous pas notre marécage ?” (pp. 102-103… Choir. – Ed. de Minuit, 2009)

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Cette critique du livre Sukkwan Island de David Vann est publiée dans le cadre de l’opération Masse critique du site Babelio qui permet de partager vos lectures avec d’autres lecteurs. A découvrir absolument !

Merci à l’éditeur pour l’envoi de ce livre et merci aux ours de Babelio !

Une autre critique de ce livre choc est commenté aussi par une autre lectrice, membre de Babelio, sur son blog Ma tasse de thé.

Critiques et infos sur Babelio.com

Dans ce nouveau billet de Réjane, vous trouverez la suite de son billet au long cours  ” De l’œuvre au spectacle vivant… en trois rencontres…“. Nous avions vogué avec l’ écrivain et éditeur Christian Poslaniec qui anime une collection de théâtre pour la jeunesse chez Retz  ; puis poursuivi notre voyage avec Frédérique, sa fille, metteur en scène et comédienne, avec une première escale dans les coulisses d’un de ses spectacles. Nous retrouvons aujourd’hui, Frédérique, dans le tryptique suivant :

Les groupes théâtre de Frédérique : du bonheur dans le quotidien

suivi de

Entre répétitions et spectacle, Frédérique m’accorde un entretien

suivi de

Une mini-odyssée comme en rêve : « Le bout du bout du monde » , une création pour les petits, avec Frédérique Poslaniec, Hélène Arthuis et les marionnettes de Jean-Pierre Lopez

Bonne lecture à vous,

A venir, un billet sur un merveilleux créateur de marionnettes : Norbert Choquet…

Silence

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Les groupes théâtre de Frédérique :

du bonheur dans le quotidien

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Le dimanche 29 novembre à Vernie (72), c’est marché de l’Avent à la salle des fêtes. Les visiteurs, nombreux, musardent entre les étals. Soudain, on installe des chaises devant la scène que dissimule un lourd rideau. On s’assoit, attentifs à ce qui arrive, tandis que Frédérique Poslaniec, tunique rouge et bonnet assorti, annonce au micro son groupe d’ados.

Le théâtre s’est invité au marché de Noël :  le visiteur était un chaland, il devient spectateur.

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Les ados du groupe de Théâtre de Neuvy en Champagne (72) nous font un cadeau théâtre

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En travaillant régulièrement avec des groupes d’amateurs de théâtre, Frédérique Poslaniec met du bonheur dans le quotidien.

Les enfants qui la retrouvent après l’école à Savigné L’Evêque le savent bien. La troupe d’adultes, venant travailler le théâtre en soirée, le savent aussi.

Quant aux ados, capables de préparer en un temps record une prestation sur Noël qui créera l’évènement,  ils nous font un cadeau théâtre, et c’est un bonheur !

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Mettre en scène : un challenge

Lorsque je questionne Frédérique au sujet de ses mises en scène, alors que je viens d’assister à deux séance de répétitions avec ses comédiens amateurs, Frédérique me présente ce travail ainsi : “Mettre en scène est une activité qui découle à la base de mon métier de comédienne“. Frédérique, que la magie du spectacle a saisie très jeune, met son énergie, sa sensibilité et son goût du beau au service des projets de scène qu’elle vise.

Qu’il soit collectif, à deux ou individuel, que sa réalisation nécessite une année de travail ou qu’elle s’effectue “à l’arrache”, chaque spectacle est pour Frédérique un défi à relever.

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Du sur mesure

Revenons au Marché de l’Avent. Nous sommes dimanche 29 novembre. Dehors, il fait gris et il vente, tandis qu’une bonne chaleur règne dans la salle tout en longueur qui reçoit les gens. Il reste un petit mois avant Noël, et la comédie que sont en train de représenter sur scène les ados est justement une digression sur Noël. Vêtus des costumes de Père Noël, de Roi mage, de père Fouettard, de Saint Nicolas, ou alors sortis du lit en longue chemise de nuit, les jeunes gens s’amusent, en un large tour d’horizon, à nous réécrire le 25 décembre.

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Une pièce taillée pour les fêtes, couchée sur le papier par Frédérique (à gauche) à partir d’un travail commun d’improvisation

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C’est pointu et c’est drôle, c’est de circonstance, et si ça tombe à pic, si ça colle à la situation, aux acteurs et aux spectateurs du moment que nous sommes, ce n’est pas par hasard.

A la fin de la prestation, j’ai le fin mot.

Frédérique, qui n’avait pas quitté des yeux ses “poulains” et qui avait même rejoint la scène pour terminer le spectacle avec eux en chanson, peut à présent me parler.

Elle m’apprend alors que la pièce est du sur mesure. Elle l’a couchée sur le papier quelques jours plus tôt à partir d’un travail commun d’improvisation sur le thème de Noël.

Dès le lendemain, constatant que le groupe d’enfants qu’elle encadre travaille également sur un spectacle écrit par ses soins, je considérai indispensable de la questionner sur le sujet.

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Entre répétitions et spectacle,

Frédérique m’accorde un entretien

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J’avais vu mentionné le nom de Frédérique Poslaniec dans un livre de la collection  ”Premiers rôles”  consacré au théâtre. Le chapitre qu’elle signait donnait des indications de mise en scène sur la pièce qui était publiée. J’avais apprécié une écriture directe, des conseils bien vus, et noté un appel à la créativité qui m’avait plu.

Christian Poslaniec, l’écrivain auquel  Silence et moi nous intéressons depuis plus d’un an maintenant, nous avait indiqué, par l’intermédiaire des livres de cette collection, le chemin du théâtre.

Sa fille Frédérique, qui a accepté de me montrer son travail, me permet d’emprunter ce chemin : elle m’emmène sur les planches, et, entre une séance de préparation de son groupe théâtre et la représentation de son spectacle, m’accorde un entretien.

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Réjane : Tu es metteur en scène, comédienne, tu diriges  la compagnie Théâtre Tout Terrain, que tu as créée en 2000, tu crées des lectures, des spectacles, tu es chanteuse, tu encadres et mets en scène des comédiens amateurs enfants et adultes.

Ta vocation a-t-elle pris naissance dans le cadre d’ateliers théâtre ?

Frédérique Poslaniec : Pas du tout. Mon envie au départ était de faire de la scène. J’ai eu l’habitude petite d’aller voir des spectacles et j’ai eu un jour un déclic. Un spectacle m’a enthousiasmé, c’était des ballets polonais, des danses donc. Ce spectacle était extraordinaire pour l’énergie qu’il dégageait et m’avait transportée.

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“J’ai eu l’habitude petite d’aller voir des spectacles et j’ai eu un jour un déclic…

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R : Si tu devais nous parler des points forts de ton parcours, que choisirais-tu de nous dire ?

FP : Les points forts dans ce métier c’est les rencontres qu’on fait. J’ai fait des rencontres marquantes avec certains metteurs en scène lorsque je débutais en tant que comédienne. Nadine Rémi a été quelqu’un de très important dans mon parcours. C’est un mentor. Elle m’a appris beaucoup de choses d’un point de vue scénique. D’un point de vue professionnel en général, j’ai beaucoup appris et compris comment fonctionne ce  métier à tous les niveaux, (pas seulement sur scène mais aussi derrière la scène, devant la scène, derrière une caméra, administrativement aussi) grâce au Théâtre du Guichet Montparnasse, et à Annie Vergne qui dirigeait ce théâtre. Elle m’a permis d’être de l’autre côté du rideau. J’étais comédienne dans ce lieu mais je travaillais aussi sur la programmation. J’ai eu ainsi l’occasion de voir énormément de spectacles, et c’est très formateur. Lire aussi est très formateur et j’ai beaucoup lu de textes à cette époque-là.

R : Ce métier t’a-t-il  apporté des déceptions ?

FP : Oui, forcément. Quand on démarre dans ce métier, qu’on a quinze ans ou dix sept ans on a beaucoup d’illusions. On pense que le travail, le talent ou l’envie vont suffire à  mener une carrière comme on imagine. On se projette dans une norme retransmise par les médias qui n’est absolument pas la norme des gens qui pratiquent ce métier. Sauf à quelques exceptions près, c’est rarement un parcours où on monte en haut de l’affiche. C’est pierre à pierre qu’on bâtit  son chemin, et la reconnaissance publique n’est pas forcément au rendez-vous. Et pour autant, on pratique quand même ce métier.

R : Tu dis : “C’est pierre à pierre qu’on bâtit son chemin “. Est-ce que parfois, tu as dû ramer ?

FP : Oui, certainement j’ai ramé et je rame encore par moments. Mais j’estime que j’ai eu aussi beaucoup de chance.

Parce que j’ai décidé de faire ce métier et qu’à l’heure actuelle vingt cinq ans plus tard, j’en vis. J’ai réussi à réaliser ce que j’avais envie de faire et à m’en sortir à peu près économiquement ce qui n’est pas donné à tout le monde, surtout à l’heure actuelle.

R : Tu as eu envie, parfois, de changer de métier ?

FP : Non pas du tout. J’ai envie d’évoluer, de ne plus forcément faire tout à fait les mêmes choses. Je me dirige beaucoup plus vers les parties musicales et chantées. C’est ce qui m’intéresse de plus en plus. Mais ça reste dans le domaine du spectacle.

Ce que j’aime dans ce métier est qu’on travaille avec des gens. J’ai envie d’apporter aux gens un moment d’évasion, un moment de bonheur, de réflexion. Mon travail avec des groupes d’enfants ou d’adultes c’est aussi ça : leur permettre de changer leur quotidien, de voir les choses sous un autre angle, et d’avoir du plaisir.

Si je devais changer de métier, ce serait pour être encore plus utile.

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“J’ai envie d’apporter aux gens un moment d’évasion, un moment de bonheur, de réflexion…”

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R : Ta compagnie propose un menu de lectures animées qui sont d’une grande saveur littéraire :

Jean Anouilh, Prévert, Aragon, Maupassant, Daudet, Perrault, Andersen, Kafka, et bien d’autres, font partie des auteurs que tu donnes en lecture dans le cadre de véritables petits spectacles  : “Drôles de bêtes, “Histoires à fond de train, “Histoires de pantoufles,Histoires de l’histoire,  etc.

Peux-tu nous  parler de ces lectures ? D’où te vient l’idée des thèmes ?

FP : Les thèmes viennent parfois de commandes : on me demande de venir lire sur un thème précis, et à ce moment-là, je fais une recherche sur ce thème. Parfois ça correspond à des envies que j’ai moi, simplement.

R : Ta lecture  “Histoires à fond de train” possède un titre qui attire la curiosité. Que pourrais-tu nous dire de cette lecture ?

FP : C’était une envie. J’avais eu l’occasion de lire plusieurs textes autours du train, et je me suis dit que c’était un thème intéressant qu’on pouvait peut-être exploiter dans les gares. Cette lecture s’articule autours d’une nouvelle “L’homme au sac à dos vert” d’un auteur estonien, Arvo Valton. Elle raconte comment un homme qui a décidé de lire dans une gare intrigue les gens puis au bout d’un moment, inquiète les  pouvoirs publics. Ça monte  en puissance. On se demande si ce n’est pas un complot contre l’état. Il y a même les services secrets qui viennent se renseigner sur lui. Jusqu’au point où on se dit on va l’arrêter, parce qu’il lit à voix haute dans une gare. Cette nouvelle m’avait beaucoup plus, et j’avais envie d’articuler sur ce thème d’autres choses.

R : Comment choisis-tu les textes de tes lectures?

FP : Souvent je me base sur un texte ou deux que je connais déjà, ou que j’ai envie de découvrir parce que j’en ai entendu parler,  et puis après je fais de la recherche. Je lis beaucoup. Ensuite, je relie les textes entre eux, avec un jeu de scène ou un personnage.

R : En tant que créatrice de lectures animées et de spectacles originaux, tu es amenée à prendre la plume. Tu écris aussi des scènes pour les groupes d’amateurs que tu encadres. Etre metteur en scène, créer des spectacles, sont des activités qui sont donc non seulement en lien étroit avec les textes mais qui consistent souvent à en écrire.

Est-ce que tu aimerais aller plus loin avec l’écriture ?

FP : Aller plus loin dans l’écriture me plairait. J’ai du goût pour ça, mais il faudrait que j’ai une autre vie pour pouvoir vraiment écrire. Il faut une concentration, pouvoir se poser à sa table, pouvoir se relever la nuit quand on a une idée. J’aime ça. C’est vrai que c’est agréable à faire, mais étant souvent à l’extérieur, j’ai du mal à me poser pour écrire. Je le fais là parce que j’en ai l’utilité concrète pour les spectacles que je monte avec mes groupes d’amateurs. Je ne trouve pas toujours des écrits qui s’adaptent aux  groupes que j’encadre,  donc je suis souvent amenée à écrire des choses à partir d’improvisations qu’ils me proposent. J’écris au fur et à mesure de mes activités et c’est toujours en lien avec celles-ci.

R : On pourrait donc dire des textes que tu écris pour les ados ou les enfants avec qui tu travailles qu’ils sont faits sur mesure. Ils correspondant à un projet précis avec un groupe donné et par conséquent, ne peuvent pas être utilisés dans un autre contexte  Est-ce que ça ne te chagrine pas de réaliser des productions écrites qui, une fois qu’elles ont servi, passent aux oubliettes ?

FP : Non, ça ne me chagrine pas parce que c’est bien de repartir sur autre chose, une autre aventure. Mais il peut m’arriver de reprendre quelque chose que j’ai écrit  et de l’utiliser pour un autre projet. Dans ce cas, à partir d’une même base, je réadapte au nouveau groupe. Alors il est bien évident que je ne vais pas refaire  le même spectacle  trois fois dans l’année car cela m’ennuierait. Mais au bout de sept huit ans on peut reprendre les écrits antérieurs et les rénover. Et ça reste vivant.

R : Ressens-tu une fierté particulière lorsque tes groupes travaillent sur un spectacle dont l’écriture te revient ?

FP : Sincèrement non. Là où je suis contente c’est quand ça roule bien, que ça tourne. Je sais d’où on est parti, de quelques improvisations,  et je suis contente d’avoir réussi à transformer ça. C’est un challenge. Mais fière que ce soit mon texte non, je n’ai pas de fierté avec ça.

R : Tu es contente que ça fonctionne, qu’il s’agisse indifféremment de ton texte ou de celui d’un autre auteur ?

FP : Oui. Ce qui m’intéresse est le but final, le spectacle en lui-même. Le plaisir qu’on a en tant que spectateur une fois que tout est prêt, que tout est fini.

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“Ce qui m’intéresse est le but final, le spectacle en lui-même…”

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R : Ton père est écrivain. Tu es metteur en scène. Vous êtes l’un et l’autre dans la pratique de deux activités professionnelles bien différentes. Pourtant, lorsque met en parallèles vos productions :  les livres pour lui, les spectacles pour toi, on trouve de nombreux points communs : l’exigence, la quantité, la variété, l’inventivité.

Ton père t’a t-il guidé, aidé ? A-t-il eu une influence sur ta réussite ?

FP : Le domaine du spectacle où j’exerce est différent du domaine de prédilection de mon père qui est l’écriture. Mais mon père m’a transmis quelque chose qui compte beaucoup dans son métier et qui joue un grand rôle dans mon travail, c’est sa curiosité. Cette curiosité fait que je m’intéresse à des disciplines variées et que je les mêle dans mes spectacles. Ce qui m’intéresse, c’est de ne pas faire les même choses, d’explorer des univers différents et d’être très éclectique dans mes affections artistiques. J’adore l’opéra, mais je peux aussi aimer les One man show comiques. Je navigue sur des créneaux  populaires, mais je m’intéresse aussi à des choses qui peuvent sembler élitistes. Je suis capable de lier les deux. Lui aussi, et je pense que c’est quelque chose qu’il m’a transmis.

Mon père d’autre part, m’a aidé a développer ma profession en m’apprenant à communiquer, à contacter les gens, à faire des démarches. C’est un point de notre travail dont on ne parle pas, qu’on ne voit pas du tout, mais c’est en réalité peut-être soixante dix pour cent de notre activité. Pour pouvoir être vu sur une scène, il faut  avant avoir fait de nombreuses démarches, avoir  rencontré des gens, avoir une équipe autour de soi. Il faut savoir lier contact, c’est très important. Et mon père m’a non seulement aidée mais il m’a appris à le faire.

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“Mon père m’a transmis quelque chose qui compte beaucoup dans son métier et qui joue un grand rôle dans mon travail, c’est sa curiosité.”

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R : Tu es chanteuse : tu te formes au chant, tu le pratiques, et tu crées des spectacles chantés ( “Fantaisie en Fa’m majeure”, “Cocottines”). Dans ton  spectacle Le Bout du bout du monde, de petites chansons rythment les rebondissements de l’histoire.

As-tu le sentiment que la musique, le chant, prend de plus en plus de place dans ton travail et ainsi, d’être en train de réaliser un rêve ?

FP : Absolument. Si je me laisse aller à rêver, je me dis que j’aurais aimé être chanteuse d’opéra. J’ai commencé par le théâtre, par être professionnelle sur scène dans des spectacles. On chantait un peu parfois, mais ce n’était pas pointu musicalement. De plus en plus, maintenant j’ai envie de me rapprocher   de ce rêve-là, en mêlant à mes spectacles la musique et le chant mais aussi en me consacrant, en tant qu’interprète, au vocal pur.

R : “Fantaisie en Fa’ m majeure” est un de tes spectacles chanté, créé et interprété en duo.

Peux-tu nous dire comment ce spectacle a vu le jour ?

FP : “Fantaisie en Fa’m majeure” est le premier spectacle chanté de ma compagnie. Il   s’adresse plutôt à des adultes. Il a démarré de mon envie de créer quelque chose avec une chanteuse, Véronique Marine, dont j’adore la voix (elle a une voix travaillée, lyrique) et qui pour moi est un grand exemple. Je lui ai proposé de travailler avec moi sur un spectacle, chanté certes, mais aussi théâtralisé. Ca l’a intéressée et on a commencé à chercher ensemble des chansons qui nous plaisaient à toutes les deux et qu’on avait envie de chanter. A partir de là on a commencé à imaginer une histoire. On a transformé parfois les paroles de certaines chansons. On en a harmonisé à deux voix. On a mêlé à l’ensemble des airs lyriques. C’est un mélange original puisqu’il réunit des chansons du répertoire populaire français de chanteurs réalistes avec des airs d’opérette ou d’opéra.

R : Tu chantes dans d’autres spectacles… Tu as des projets de nouvelles créations chantées ?

FP : “Cocottines” est un tout nouveau spectacle. J’ai pas mal de spectacles qui s’adressent aux enfants, et j’en voulais un qui soit vraiment chanté pour les enfants. Dans “Le Bout du bout du monde”, il y a des petites comptines, mais c’est ponctuel tandis que “Cocottines” est vraiment raconté en chansons. C’est l’aspect vocal qui m’a intéressé. Le chant à deux voix, la polyphonie, et la recherche d’harmonies avec une autre chanteuse, pour éveiller les petites oreilles.

R : Et les petites oreilles, elles réagissent comment ?

FP : “Cocottines” a été bien accueillie par le jeune public pour qui on l’a jouée mais pour l’instant, on n’a pas encore de recul car c’est une création toute nouvelle.

R : Amener le  le chant lyrique dans tes spectacles te tient à coeur…

FP : Le monde lyrique est réservé normalement à une élite. Il y a plusieurs années que me trotte par la tête l’envie  d’amener cette musique savante sur des choses populaires et dans des lieux où on n’a pas l’habitude les entendre. De l’ouvrir à des publics et qu’ils puissent y prendre du plaisir. Et l’intégrer après dans leur vie.

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Une mini-odyssée comme en rêve

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Dimanche 2 décembre, Frédérique et sa complice Hélène ont installé leur mignon théâtre à Savigné L’Evêque pour une représentation du “Bout du bout du monde”

Elles se ressemblent comme deux gouttes d’eau, aujourd’hui, les comédiennes de la compagnie TTT venues présenter au jeune public de Savigné L’Evêque leur spectacle.

Vêtues de noir, les cheveux ceints d’un bandeau, Hélène et Frédérique, en costume de marionnettistes, vont s’effacer au profit des personnages magiques auxquels elles s’apprêtent à donner vie et qui eux, sont aussi différents que le sont l’eau et le soleil.

Les couleurs sont harmonieuses, la lumière subtile dans ce mignon théâtre où le héros, l’attachant Perlito goutte d’eau, entreprend un voyage, une mini-odyssée qu’il effectue moitié dans l’eau, moitié dans les airs, et…en baignoire.

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Perlito entreprend un voyage

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Courageux comme Ulysse, le soldat de l’eau aux formes barbapapesques rencontrera sans tarder la deuxième star du spectacle : une superbe créature solaire, aussi longue qu’il est rond,  avec qui il tombera en amitié.

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“Coucou!

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Une amie

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“Le Bout du bout du monde” est une fable sur les éléments servie avec maestria par deux comédiennes et éclairée par le talent de plasticien de Jean-Pierre Lopez

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Ecrit par Frédérique Poslaniec, monté et joué par Frédérique Poslaniec et Hélène Arthuis, le “Bout du bout du mondeest une fable sur les éléments. Celle-ci, servie avec maestria par les deux comédiennes que nous aimons, est éclairée par le talent d’une troisième personne : Jean-Pierre Lopez, l’artiste qui a su donner  forme, expression et couleur à ce spectacle très doux qui passe comme dans un rêve.

Réjane

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