Archives pour la catégorie Inactuelles

« En rires », un livre de poèmes : des nuances dans la nuance sur la palette de l’humour…

 

a5xa7lif

Nous avions quitté Christian Poslaniec avec des désirs de pivoines. C’était, souvenez-vous en, à la fin du mois d’octobre.

Pressée de découvrir le recueil de poèmes « Comme une pivoine » (Ed. du Jasmin, 2008) qu’il avait évoqué dans l’interview qu’il me donnait, j’en avais oublié l’essentiel : lui demander quel travail occupait son quotidien.

J’ai néanmoins appris quelque temps plus tard qu’il créait un ouvrage sur le rire, exactement, une anthologie de poésie sur le rire.

Puis, que figurait dans cette anthologie un poème de Norge, La Faune, au premier vers prometteur :

.

 » Et toi, que manges-tu grouillant ?  » (La Faune, in Famines, 1950)

 Enfin, que Louise Michel, Jean Tardieu, et tant d’autres, avaient été conviés à la fête. J’avais remarqué que Christian Poslaniec convoquait souvent la couleur dans ses travaux, et que le rouge semblait avoir sa faveur.

La découverte d’ « En rires » m’a montré qu’il y avait bien un grand quelque chose entre le poète et les couleurs.

.« La terre est bleue comme une orange »

.« A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,… »

Le souvenir du premier vers de « La terre est bleue », de Paul Eluard, et celui du début de « Voyelles » d’Arthur Rimbaud nous le rappellent : l’histoire d’amour qui unit les poètes aux couleurs ne date pas d’hier.

Mais ce qu’a fait Christian Poslaniec pour composer « En rires » est unique, puisqu’il a bâti un livre dont les chapitres même sont des couleurs.

Le rire de l’amour est-il bleu, rouge, noir, orange ou blanc ?

Le rire jaune, on connaissait, mais le rire rose, voilà qui est nouveau, et bien mystérieux.

Les textes, choisis avec soin dans la nuance de leur teinte, frappent fort, et piquent, autant de fois que de couleurs. Quand ils ne caressent pas, cela va de soi.

« Le rire est le grelot du sexe » (Malcolm de Chazal)

Alors ? De quelle couleur, cette petite pique ?

Pour le savoir, rendez-vous « En rires » !

.
cp-en-rires

« En rires, poèmes d’humour pour en voir de toutes les couleurs »

Anthologie établie par Christian Poslaniec, Seghers 2009.

Parution le 2 Mars 2009, en ouverture de bal du Printemps des poètes (du 2 au 15 Mars 2009 : 11ème Printemps des poètes, thème retenu : le rire en poésie…)

 

Réjane

pdp_affiche_jaune_hd1

.
A découvrir :

Vous avez dit « Anthologies » ?
Rencontre avec Christian Poslaniec

Interview de l’écrivain chez lui (publiée le 17 Juin 2009)
Diaporamas : le jardin ; interview au bord de l’étang ; lecture en duo avec Bruno Doucey, son éditeur ; le bureau de l’écrivain ; l’armoire magique + un extraît sonore au chant des oiseaux

 
 
 

J.MG. Le CLEZIO dans trois « Carnet nomade » la magnifique émission de Colette Fellous sur France Culture

Permettez moi une digression…

Ce qui est bien quand un auteur obtient un prix littéraire d’importance, c’est sa présence médiatique continue, dans le ou les mois qui suivent l’attribution de la médaille.  Cela ne va pas sans quelques malentendus…

Beaucoup de monde trouve aujourd’hui l’œuvre de Le Clezio extraordinaire , maintenant qu’elle est labellisée avec le cordon rouge du Nobel. Je ne citerai pas les papiers des pigistes de journaux qui donnent dans  la formule creuse, ceux qui veulent qu’il soit français, anglais ou de Nice.

Pardonnez-moi mon mauvais esprit, mais je ne suis pas certain que ces copistes qui l’encensent aujourd’hui l’ont réellement lu…

Il est, de mon humble avis, une des figures du sage à l’image d’un Jean Malaurie ; une des figures du rebelle (qui est synonyme de sage) si je veux parler médiatique.. davantage rebelle par exemple que l’image épinalesque du Che que l’on nous ressert régulièrement…

Les sages ou les rebelles, on ne les écoute malheureusement que peu, ou l’on en retient qu’une gangue superficielle : l’écrivain voyageur, l’aventurier…

Pourtant, avec ces deux auteurs, on est avec deux humains qui proposent un éveil à leurs frères humains… Ils parlent, parlent…

 » Rien d’autre, rien d’autre pour moi que le langage. C’est le seul problème, ou plutôt, la seule réalité. Tout s’y retrouve, tout y est accordé. Je vis dans ma langue, c’est elle qui me construit. Les mots sont des accomplissements, non pas des instruments. Au fond, il n’existe pas pour moi vraiment de souci de communiquer. Je ne veux pas me servir de débris étrangers, à moi donnés, pour échanger avec les autres ? Qu’ai-je à leur dire ? Pourquoi leur dirai-je quelque chose ? Tout cela n’est que duperie. » (JMG Le Clézio : L’extase matérielle, Gallimard (Idées), p. 35)

Ou encore :

« Pour dire d’un homme , qu’il est civilisé, on dit souvent « cultivé ». Pourquoi ? Qu’est-ce que cette culture ? Souvent, trop souvent, cela veut dire que cet homme sait le grec ou le latin, qu’il est capable de réciter des vers par cœur, qu’il est capable de réciter des vers par cœur, qu’il connait les noms des peintres hollandais et des musiciens allemands. La culture sert alors à briller dans un monde où la futilité est de mise. Cette culture n’est que l’envers d’une ignorance. Cultivé pour celui-ci, inculte pour celui-là. Étant relative, la culture est un phénomène infini ; elle ne peut jamais être accomplie. Qu’est-il donc, cet homme cultivé que l’on veut nous donner pour modèle ?

Trop souvent aussi, on réduit cette notion de culture au seul fait des arts. Pourquoi serait-ce là la culture ? Dans cette vie, tout est important. Plutôt que de dire d’un homme qu’il est cultivé,  je voudrais qu’on me dise : c’est un homme. Et je suis tenté à demander :

Combien de femmes a -t-il aimées . Préfère-t-il les femmes rousses ou les femmes brunes ? Que mange-t-il au repas de midi ? Quelles maladies… » (La suite dans JMG Le Clézio : L’extase matérielle, Gallimard (Idées), p. 42-43)

Colette Fellous réalise depuis plusieurs années une émission dominicale qui se nomme : Carnet nomade. JMG Le Clézio est l’hôte de cette émission pendant trois dimanches.

Vous pouvez écouter la voix de ce sage en vous rendant sur le site de France Culture. Dépêchez-vous pour écouter le podcast de la première émission qui a eu lieu dimanche 28 décembre, il est disponible jusqu’au dimanche 4 janvier. Viendra ensuite la seconde émission…

mathias

[Photo : Mathias Barba] « Nature in the city »

Silence

Dialogue entre 2 co-blogueurs : l’écriture est-elle une activité de puissance, de pouvoir ?

Ce matin, je recevais de ma co-blogueuse (conteuse de son état) la question suivante :

.

L’écriture est-elle une activité de puissance, de pouvoir ?

.

Elle poursuivait :

 » Que sont les écrivains, sinon des êtres qui, ne parvenant pas à exprimer leur vigueur de vivre dans les activités humaines autres que l’écriture, parviennent, par la puissance du verbe, à faire éclater une force de bucheron, de maçon, une puissance d’Hercule?

Pourquoi, lorsque j’ai réussi à produire un écrit lisible, une chose, aussi petite soit-elle, qui est parvenue à son but : faire mouche, je me sens pleine et satisfaite ?

N’est-ce pas parce qu’enfin, extraite de mon insignifiance, je me sens soudain – mais est-ce ridicule ? – importante, aux yeux de mes semblables ? « 

.

Alors je me suis souvenu d’un hors-série du quotidien Libération, paru en mars 1985, qui avaient posé la question à 400 écrivains : Pourquoi écrivez-vous ?

Je me souvenais de certaines réponses qui allaient du je ne sais pas (Peter Handke) à des réponses très détaillées, souvent admirables ou prophétiques (celle de Marguerite Duras  prédisant que l’activité d’écrivain cesserait en 2027). Mais de ces 400 réponses, j’en ai toujours gardé une en mémoire, différente, celle de J.M.G. Le Clézio :

« Je vais vous dire, je vais tout vous expliquer. Donc, j’avais dix-douze ans, j’habitais cette maison sur le port, un peu napolitaine, complètement décrépie avec des draps qui séchaient à toutes les fenêtres de la cour, les chats à demi-sauvages qui se battaient sur les terrasses, et bien sûr les escadrilles de pigeons. En ce temps là je ne savais pas ce que c’était qu’un écrivain, je n’en avais pas la moindre idée, je ne me doutais pas qu’il y avait un écrivain nommé Jean Lorrain qui avait habité dans la même maison, autrefois. Je me souviens de cette maison surtout à la belle saison, en été et au commencement du printemps, parce qu’on laissait les fenêtres ouvertes et qu’on entendait le bruit des martinets et les roucoulements des pigeons. Mais il y avait un bruit spécialement qui me faisait quelque chose. Je ne peux pas vraiment dire pourquoi ça m’inquiétait, mais aujourd’hui encore quand j’y pense ça me fait frissonner et ça me met dans cet état de sorte de mélancolie et d’impatience qui précède le moment où je sais que je vais devoir m’asseoir n’importe où, là où je suis, prendre un cahier et un crayon à bille et commencer à écrire. Ce bruit, c’était les voix des jeunes gens qui s’appelaient dans la cour, qui criaient leurs noms. Il y avait des garçons qui venaient siffler, et d’autres mettaient la tête à la fenêtre, et ils disaient :  » Tu cales ?  » Et ceux d’en haut :  » Où vous allez ?  » Ils allaient je ne sais plus où, à la plage, ou à la foire, ou simplement au coin de la rue pour discuter, ou attendre les filles qui sortaient de l’école Ségurane, ça n’a plus aucune importance. Mais quand j’entendais ces sifflements, et les noms qui résonnaient dans la cour, j’imaginais une autre vie que la mienne, j’imaginais les bains dans l’eau de mer froide, le soleil, l’odeur des cheveux des filles, la musique des dancings, l’aventure, la nuit. Jamais je n’ai entendu siffler mon nom dans la cour, jamais je n’ai entendu siffler pour moi. J’étais dans la même maison, mais c’était un autre monde. Voilà, c’est pour cela que j’écris.

J.M.G Le Clézio« 

Réjane 13 août 2008 Silence

Message au journal Libération : vous seriez très inspiré de rééditer ce hors-série et peut-être de reposer la question à 400 nouveaux écrivains ?

Cherche 3000 personnes pour lire La Recherche de Marcel Proust

En me promenant sur les nombreux biblioblogs rouennais, je tombe par la grâce de la sérendipidité, sur le nouveau projet de Véronique Aubouy, réalisatrice : trouver 3000 personnes pour lire la totalité de l’A la recherche du temps perdu de Marcel Proust. Lecture enregistrée d’un page par personne qui aura lieu le 27 septembre 2008 par Internet au moyen d’une Webcam.

10- Marie Corporeau, femme de ménage Vendredi 19 octobre 2007 à 20H10 A la bibliothèque du Rheu filmée dans le cadre du projet « Proust lu/Variations » dans la région de Rennes

Un projet fou ? Il suffit de s’inscrire sur Le baiser de la matrice.

Silence

Voir aussi son blog

Shéhérazade avait lu des livres et des écrits de toutes sortes…

Shéhérazade, fille du vizir du terrible roi Shâhriar, est le  personnage le plus emblématique du célèbre conte Les Mille et Une Nuits.

On connaît le rôle décisif que joue la jeune femme dans le conte.

Ni plus ni moins, grâce aux récits dont elle gratifie chaque nuit le roi, elle réussit à transformer le tyran en homme bon et aimant.

 

Le moyen qu’elle utilise est simple : ces récits sont palpitants.

En racontant au roi, elle le rend captif du verbe, captif de l’art du verbe.

Shéhérazade est douée pour la parole, c’est un fait. Mais elle est aussi très habile.

En effet, l’émotion, la beauté, la majesté opérante de ses récits, ne seront dévoilés que partiellement chaque nuit, Shéhérazade gardant toujours pour le lendemain le meilleur de l’histoire.

C’est sa stratégie, c’est un pari, et, ne l’oublions pas, il en va de sa peau.

Si, au petit matin, la curiosité du tyran n’est pas au plus vif, Shéhérazade mourra, comme mourra après elle chaque jour une jeune reine d’une seule nuit.

On connaît l’histoire. Trois ans après s’être donnée corps et bien à cette haute lutte, Shéhérazade présente au roi sa demande d’avoir la vie sauve.

On connaît l’histoire. On le sait, que Shéhérazade a relevé haut la main le défi, et ce qu’elle a sauvé, au risque de sa vie.

On connaît l’histoire. Mais sait-on qui est Shéhérazade? Sait-on pourquoi soudain, à un moment, cette jeune femme qui n’était pas en danger, a t-elle décidé de franchir le pas? Sait-on pourquoi il s’est imposé à elle, et ce de manière radicale, de ne plus que se consacrer à cette noble et ardue tâche de transformer un tyran en homme bon?

Qui est-elle, celle qui, tenant tête à son père, finit par réussir à le convaincre de la livrer au roi?

 

Il y a un portrait de Shéhérazade. On le trouve dans le premier tome des Mille et Une Nuits de René R. Khawam (Editions Phébus, 1986), dans le premier conte : La Tisserande des Nuits.

 

A travers ce portrait, tout s’éclaire.

 

« …Le vizir, chargé de veiller à l’exécution des épouses du roi avait, on le sait, deux filles : l’aînée avait nom Shéhérazade, et la plus jeune Dounyazade. Shéhérazade avait lu des livres et des écrits de toutes sortes, allant jusqu’à étudier les ouvrages des Sages et les traités de médecine. Elle avait retenu en sa mémoire quantité de poèmes et de récits, elle avait appris les proverbes populaires, les sentences des philosophes, les maximes des rois. Elle ne se contentait pas en effet d’être intelligente et sage; il lui fallait encore être instruite et formée aux belles lettres. Quant aux livres qu’elle avait lus, il ne lui avait pas suffi de les parcourir : elle les avait tous étudiés avec soin.

Un jour, elle dit à son père :

-Ô père, je voudrais te faire part de mes pensées secrètes.

-Quelles sont-elles? demanda le vizir.

-Je veux que tu arranges mon mariage avec le roi Shâhriar : ou bien je grandirai dans l’estime de mes semblables en les délivrant du péril qui les menace, ou bien je mourrai et périrai sans espoir de salut, partageant le sort de celles qui sont mortes et ont péri avant moi. »

 

« La Tisserande des Nuits », Les Mille et Une Nuits, tome un, édition intégrale établie par René R. Khawam, Phébus Libretto, 1986.

 

Réjane

…intéresser les esprits au sort de l’Esprit, c’est-à-dire à leur propre sort… (Paul Valery)

« C’est un signe des temps, et ce n’est pas un très bon signe, qu’il soit nécessaire aujourd’hui – et non seulement nécessaire, mais qu’il soit même urgent, d’intéresser les esprits au sort de l’Esprit, c’est-à-dire à leur propre sort« 

[in La liberté de l’esprit. Regards sur le monde actuel et autres essais / Paul Valery. – Gallimard, 1945. – (Folio essais, n° 106)]

Paul Valery a écrit cela dans les années 30. Toujours d’actualité ?

Silence


Réponse à un commentaire : sur la paresse…

En réponse au commentaire d’un précédent billet sur la douceur, le bonheur, la jubilation, François Paradis réclamait (gentiment) un billet autour de la nonchalance, l’indolence, une certaine paresse et le chemin des écoliers

Or, cher François, voici qu’aujourd’hui, en relisant ce cher Nietzsche, je tombe dans les troisièmes considérations inactuelles, sur le texte suivant qu’il consacre à Schopenhauer éducateur, écrit en 1874. Répondant partiellement à votre interrogation et ouvrant d’autres pistes de compréhension sur notre époque, il est donc pour vous :

« Ce voyageur, qui avait vu beaucoup de pays et de peuples, et visité plusieurs continents, et à qui l’on demandait quelle qualité il avait retrouvée chez tous les hommes, répondait que c’était leur penchant à la paresse. Certaines gens penseront qu’il eût pu répondre avec plus de justesse : ils sont tous craintifs. Ils se cachent derrière leurs mœurs et leurs opinions. Au fond, tout homme sait fort bien qu’il n’est sur la terre qu’une seule fois, en un exemplaire unique, et qu’aucun hasard, si singulier qu’il soit, ne réunira pour la seconde fois quelquechose d’aussi multiple et d’aussi curieusement mêlé que l’unité qu’il constitue. Il le sait, mais il s’en cache, comme s’il avait mauvaise conscience. Pourquoi ? Par crainte du voisin, qui exige la convention et s’en enveloppe lui-même. Mais qu’est-ce qui force l’individu à craindre le voisin, à penser, à agir selon le mode du troupeau, et à ne pas être content de lui-même ? La pudeur peut-être chez certains, mais ils sont rares. Chez le plus grand nombre, c’est le goût des aises, la nonchalance, bref ce penchant à la paresse dont parle le voyageur. Il a raison : les hommes sont encore plus paresseux que craintifs, et ce qu’ils craignent le plus ce sont les embarras que leur occasionneraient la sincérité et la loyauté absolues. Les artistes seuls détestent cette attitude relâchée, faite de convention et d’opinions empruntées, et ils dévoilent le secret, la mauvaise conscience de chacun, en affirmant que tout homme est unique. Ils osent nous montrer l’homme tel qu’en lui-même et lui seul, jusque dans ses mouvements musculaires ; et mieux encore que, dans la stricte conséquence de son individualité, il est beau et digne d’être contemplé, qu’il est nouveau et incroyable comme toute oeuvre de la nature, et nullement ennuyeux. Quand le grand penseur méprise les hommes, il méprise leur paresse, car c’est à cause d’elle qu’ils ressemblent à une marchandise fabriquée, qu’ils paraissent indifférents, indignes qu’on les fréquente et qu’on les éduque. L’homme qui ne veut pas faire partie de la masse n’a qu’à cesser de se montrer complaisant envers lui-même ; qu’il obéisse à sa conscience qui lui dit :  » Sois toi-meme ! Tout ce que tu fais maintenant, tout ce que tu penses et tout ce que tu désires, ce n’est pas toi qui le fais, le penses et le désires. » […]

Si l’on dit à juste titre du paresseux qu’il tue le temps, il faut veiller sérieusement à ce qu’une époque qui place son salut dans l’opinion publique, c’est-à-dire dans la paresse privée, soit véritablement une fois mise à mort ; je veux dire par là qu’elle doit être rayée de l’histoire de la délivrance véritable de la vie. Combien devra être la répugnance des générations futures, lorqu’elles auront à considérer l’héritage de cette période au cours de laquelle ce ne furent pas des hommes vivants qui gouvernèrent, mais des apparences d’hommes accordés à l’opinion publique. »

(Schopenhauer éducateur (1874) in Considérations Inactuelles III / Nietzsche. – Trad. de l’allemand par Henri Albert. – Robert Laffont, 1993. – pp. 287-288)

Inactuelles ces considérations ?

Silence

La douceur – Le bonheur – La jubilation

La douceur

La douceur est la qualité la moins partagée au monde. Elle est perçue comme une fragilité, pire une faiblesse. Elle serait une arme si justement elle n’était pas l’anti-arme par excellence. Isole celui qui la possède. Qui n’a plus d’autre choix que l’impasse de la carapace. Des années, il faut, pour s’en débarrasser, de la carapace. Et retrouver le chemin… La totalité lutte contre votre douceur. Celle-ci n’est qu’ individuelle, unique et ne rencontre que rarement une autre douceur, différente. Un frisson dans l’échine est sa marque de reconnaissance. La contemplation, son mode de compréhension. La contemplation est ce moment d’ouverture au monde. Une fêlure volontaire. Un début de tolérance, mais, ce mot est trop grand pour nous, humains, qui mourrons souvent de soif près de la fontaine.

Le bonheur

Le bonheur, celui-là, on dirait qu’il a une bonne tête d’images d’Epinal. Il est par essence multiple et indéfinissable. Courant dans le fleuve. Dissimulé et tombant dans la mer dès que l’on veut le canaliser.

La jubilation

Un trop-plein permanent. Un épuisement de la vie par consentement personnel. Un dru désir. Un acte. Un choix.

Silence

__________________

encrier-babelio.jpg

« La douceur est invincible » (Marc-Aurèle)

Lire : Petit éloge de la douceur / Stéphane Audeguy. – Gallimard, 2007. – (Folio, 4618)