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Fraîcheur est le mot qui vient à l’esprit en lisant Apprenti : mémoires d’avant-guerre de Bruno Loth (La Boite à bulles, 2010)

Fraîcheur est le mot qui vient à l’esprit dès que l’on a tourné la dernière planche de cette bande dessinée : Apprenti : mémoires d’avant-guerre de Bruno Loth (La Boite à bulles, 2010).

A partir des mémoires de son père, Bruno Loth raconte deux années de la vie de Jacques Loth entre 1935 et 1937. 1935, ce n’est pas encore le Front populaire. La condition d’ouvrier n’est guère reluisante. Le père de Jacques, c’est-à dire le grand-père de Bruno réussit à s’échapper de l’usine, plus précisément du chantier naval en achetant un véhicule pour devenir taxi, être son propre patron. Et rêve que son fils ne suive pas le même chemin. Mais, Jacques abandonne des études prometteuses pour devenir apprenti sur le chantier naval honni. Destin social ? Non, Jacques a choisi de devenir ouvrier. Dès lors, on suit son parcours, sa difficile acceptation au sein de ses collègues de travail. 1936 sonne. Léon Blum impose les 40 heures et les deux jours de congés hebdomadaires. On suit en filigranne la Grande Histoire sans que l’on ne tombe ni dans le pathos ni dans une vision idyllique de 36. Bruno Loth est un raconteur d’histoire intimiste. Il suit la psychologie de ses personnages et ne perd jamais la vérité qui guide leurs pas. Les collègues de Jacques ne sont pas de doux agneaux, emplis de désirs de fraternité et de révolution, mais des êtres réels pleins de lourdeurs et de bêtises. Fraîcheur est le mot qui vient à l’esprit en refermant cette bande dessinée, au discours jamais manichéen.

Quant au trait, au dessin et à la mise en scène, ils sont sobres, non racoleurs et finalement, très efficaces. La planche ci-dessus pourrait évoquer les dernières oeuvres de Tardi avec Blanqui comme fil conducteur. Mais on n’y pense qu’après. Le scénario de Bruno Loth coule sans avoir besoin de cette prestigieuse filiation. Espérons que cet histoire aura une suite. Qu’est devenu Jacques pendant et après la guerre ? Mais tout cela est une autre histoire.

Cet apprenti est le second travail de Bruno Loth qui, en 2006, a réalisé Ermo, dans sa propre maison d’édition « Libre d’images ». Ermo est l’histoire d’un jeune garçon de 12 ans, débrouillard, sans attache ni parents, qui va suivre des saltimbanques à travers leur tournée. L’histoire se déroule en 1936 autour de la guerre civile espagnole.

Saluons les éditions la boite à bulles qui ont su repérer ce nouveau talent qui enrichit cette maison qui publie déjà les travaux de Roosevelt (Derfal le magnifique notamment) et de Clement Baloup, jeune auteur marseillais.

Ce livre est commenté dans le cadre de l’opération Masse critique du site Babelio, réseau social littéraire. Je remercie Babelio et les éditions la Boite à bulles pour l’envoi gracieux de ce livre passionnant. 

Silence