Archives mensuelles : avril 2008

Marie Morel, des tableaux qui parlent…

Hier, je suis allée visiter les œuvres que Marie Morel, peintre, expose depuis Vendredi 18 avril et jusqu’au 16 Juin 2008 au Musée Faure à Aix les bains (73).

Marie, c’est une rencontre. Une histoire belle comme un poème. Voir ses œuvres en vrai. Depuis le mois d’octobre 2007, date à laquelle j’avais eu l’occasion d’échanger quelques mots avec l’artiste, j’en rêvais. J’avais pu voir un petit échantillon de son travail.

J’avais lu et dévoré des yeux des ouvrages qui lui étaient consacrés, mais c’était tout. Enfin non. J’avais aussi écrit à Marie Morel, et elle m’avait répondue. Nous devions nous rencontrer au mois de Novembre, puis, cela ne s’est pas fait. Les fêtes de fin d’année sont arrivées là-dessus, et nous avons reporté à 2008.

Je ne verrai finalement Marie qu’au mois de Juin. En effet, l’artiste, qui a accepté de me consacrer un entretien pour ce blog, est débordée de travail, et elle ne sera pas disponible avant.

Mais l’exposition, qui a lieu au Musée Faure à Aix les Bains, c’est maintenant ! Et elle se termine le 16 Juin 2008.

Me recueillir devant les tableaux de Marie. Penser. Réfléchir. Rêver.

C’est ça que j’ai fait au Musée Faure hier. J’ai pris des notes aussi. Beaucoup. Car, et il faut le savoir, Marie accompagne souvent ses tableaux de mots. Pour moi, ces mots, ils sont des poèmes. Mais jugez plutôt :

.

Emerger de l’espace

et peut-être s’envoler

dans les sensations

comme la plume qui

caresse mes mots

mots de ci

mots de là

mots d’amour

et de désir

mots tout au fond de moi

mots des limbes

du mystère

(Tableau L’espace intérieur, 1,34m/1,74; 2004)

.

Dans les tableaux de Marie, les mots, et c’est visible, se sentent bien. Mais comment ne pourraient-il pas se sentir bien, dans les tableaux de Marie ? Si justes, si vrais, si beaux.

Le premier que j’ai vu :

L’arbre est en fleur, est immense. Et il est extraordinaire. Plein d’oiseaux, de mots d’amour, plein de bonheur.

Le dernier : Pensées, m’a laissée triste. Me donne envie de réconforter l’artiste. De lui dire, si, l’amour, toujours revient.

Entre l’un et l’autre, Tu es mon amour explose.

Les fantasmes secrets de la nuit est comme éclairé à la bougie du désir.

L’espace intérieur, mon âme y est entrée. Et le tableau lui a parlé. Il lui a dit :

.

et à chaque souffle de la vie

oser la conscience de dire

oser peindre

oser être

au plus secret

au plus près de l’essentiel

au coeur de l’espace

.

.

L’ exposition des tableaux de Marie Morel :

au Musée Faure, 10 boulevard des Côtes, 73 100 Aix-les-Bains, Tél. : 04 79 61 06 57

Exposition ouverte jusqu’au 16 Juin 2008.

.

Ne la ratez pas !

Réjane.

——

En savoir plus : pour découvrir le travail de Marie Morel et son univers…

Un livre magnifique : Marie Morel peintre : entretien avec Charles Juliet . – Créteil : YMNA, 2004. -ISBN 2-9521735-0-8. Le monsieur qui a fait le livre se nomme Eni looka et il se définit comme un alchimiste multimédia. Il est fabuleusement talentueux aussi…

Réponse à un commentaire : sur la paresse…

En réponse au commentaire d’un précédent billet sur la douceur, le bonheur, la jubilation, François Paradis réclamait (gentiment) un billet autour de la nonchalance, l’indolence, une certaine paresse et le chemin des écoliers

Or, cher François, voici qu’aujourd’hui, en relisant ce cher Nietzsche, je tombe dans les troisièmes considérations inactuelles, sur le texte suivant qu’il consacre à Schopenhauer éducateur, écrit en 1874. Répondant partiellement à votre interrogation et ouvrant d’autres pistes de compréhension sur notre époque, il est donc pour vous :

« Ce voyageur, qui avait vu beaucoup de pays et de peuples, et visité plusieurs continents, et à qui l’on demandait quelle qualité il avait retrouvée chez tous les hommes, répondait que c’était leur penchant à la paresse. Certaines gens penseront qu’il eût pu répondre avec plus de justesse : ils sont tous craintifs. Ils se cachent derrière leurs mœurs et leurs opinions. Au fond, tout homme sait fort bien qu’il n’est sur la terre qu’une seule fois, en un exemplaire unique, et qu’aucun hasard, si singulier qu’il soit, ne réunira pour la seconde fois quelquechose d’aussi multiple et d’aussi curieusement mêlé que l’unité qu’il constitue. Il le sait, mais il s’en cache, comme s’il avait mauvaise conscience. Pourquoi ? Par crainte du voisin, qui exige la convention et s’en enveloppe lui-même. Mais qu’est-ce qui force l’individu à craindre le voisin, à penser, à agir selon le mode du troupeau, et à ne pas être content de lui-même ? La pudeur peut-être chez certains, mais ils sont rares. Chez le plus grand nombre, c’est le goût des aises, la nonchalance, bref ce penchant à la paresse dont parle le voyageur. Il a raison : les hommes sont encore plus paresseux que craintifs, et ce qu’ils craignent le plus ce sont les embarras que leur occasionneraient la sincérité et la loyauté absolues. Les artistes seuls détestent cette attitude relâchée, faite de convention et d’opinions empruntées, et ils dévoilent le secret, la mauvaise conscience de chacun, en affirmant que tout homme est unique. Ils osent nous montrer l’homme tel qu’en lui-même et lui seul, jusque dans ses mouvements musculaires ; et mieux encore que, dans la stricte conséquence de son individualité, il est beau et digne d’être contemplé, qu’il est nouveau et incroyable comme toute oeuvre de la nature, et nullement ennuyeux. Quand le grand penseur méprise les hommes, il méprise leur paresse, car c’est à cause d’elle qu’ils ressemblent à une marchandise fabriquée, qu’ils paraissent indifférents, indignes qu’on les fréquente et qu’on les éduque. L’homme qui ne veut pas faire partie de la masse n’a qu’à cesser de se montrer complaisant envers lui-même ; qu’il obéisse à sa conscience qui lui dit :  » Sois toi-meme ! Tout ce que tu fais maintenant, tout ce que tu penses et tout ce que tu désires, ce n’est pas toi qui le fais, le penses et le désires. » […]

Si l’on dit à juste titre du paresseux qu’il tue le temps, il faut veiller sérieusement à ce qu’une époque qui place son salut dans l’opinion publique, c’est-à-dire dans la paresse privée, soit véritablement une fois mise à mort ; je veux dire par là qu’elle doit être rayée de l’histoire de la délivrance véritable de la vie. Combien devra être la répugnance des générations futures, lorqu’elles auront à considérer l’héritage de cette période au cours de laquelle ce ne furent pas des hommes vivants qui gouvernèrent, mais des apparences d’hommes accordés à l’opinion publique. »

(Schopenhauer éducateur (1874) in Considérations Inactuelles III / Nietzsche. – Trad. de l’allemand par Henri Albert. – Robert Laffont, 1993. – pp. 287-288)

Inactuelles ces considérations ?

Silence

L’intention de la philosophie…

« Citant Nietzche, souvent, j’ai tenu à répéter que la philosophie n’avait qu’une intention : celle de « Nuire à la bêtise« . Intention plus ambitieuse, en un sens, que le simple projet de « chercher la vérité ».

En effet, à force de viser la vérité, on finit par atteindre quelque chose qui y ressemble et qu’on se met à vouloir imposer à tous.

Mais la vérité n’est qu’un chat retombé sur ses pattes : petite performance comparée à la nécessité d’inventer des issues, aller voir ailleurs. De se confronter à l’énigme. De se colleter au pire. « 

(La vie courante / Pierre Péju. – Maurice Nadeau, 1996. – p. 21) (Existe aussi en Folio)

Si vous n’avez pas encore lu ce merveilleux livre de Pierre Péju, courrez vite chez votre libraire ou dans votre bibliothèque municipale la plus proche. Pierre Péju parle de petites choses… très essentielles…

Silence

L’intelligence dans la nature… (Marcel Pagnol)

« Blaise : […] L’intelligence, dans la nature, ce n’était qu’une pauvre petite lueur qui devait nous guider dans l’accomplissement des actes quotidiens. Et nous sommes comme serait un homme qui porte une lampe dans un souterrain à la recherche d’un trésor. Soudain, la lampe fume, ou flamboie, ou ronfle, ou crépite. Alors, il s’arrête, il s’assied par terre, il fait monter ou descendre la mèche, il règle des éclairages. Et ce travail l’intéresse tant qu’il a oublié le trésor, qu’il finit par croire que le bonheur c’est de perfectionner une lampe et de faire danser des ombres sur le mur. Et il se contente de ces pauvres joies de lampiste, jusqu’au jour où il voit soudain que sa vie s’est passée à ce jeu puéril… Alors, il veut se lever, il tend les mains vers le trésor… Trop tard ! La mort déjà le tient à la gorge. L’intelligence, c’est la lampe. Le trésor, ce sont les joies de la vie. »

(« Jazz » (1926), dans Œuvres complètes I : Théâtre / Marcel Pagnol. – Ed. de Fallois, 1995. – acte II, scène 8, p. 225)

On trouve chez Albert Cohen le même type d’idée. Mais les deux compères étaient amis…

Silence

En ces temps commémoratifs, le mot Révolution…

En ces temps commémoratifs, comme on entend beaucoup de bêtises sur les malheurs ou les bienfaits de Mai 68 (Il suffit simplement de comparer les droits de l’époque actuelle avec l’époque d’avant 70 pour en tirer un bilan… positif…malgré tout), je vous propose la définition de Révolution selon le père de Marcel Pagnol… qui m’a toujours bien plu :

« Mon père expliquait à ma mère que, dans la société future, tous les châteaux seraient des hôpitaux, tous les murs seraient abattus, et tous les chemins tracés au cordeau.
« Alors, dit-elle, tu veux recommencer la révolution ?
Ce n’est pas une révolution qu’il faut faire. Révolution, c’est un mot mal choisi, parce que ça veut dire un tour complet. Par conséquent, ceux qui sont en haut descendent jusqu’en bas, mais ensuite ils remontent à leur place primitive… et tout recommence. Ces murs injustes n’ont pas été faits sous l’Ancien Régime : non seulement notre République les tolère, mais c’est elle qui les a construits ! »
J’adorais ces conférences politico-sociales de mon père, que j’interprétais à ma façon, et je me demandais pourquoi le président de la République n’avait jamais pensé à l’appeler, tout au moins pendant les vacances, car il eût fait en trois semaines le bonheur de l’humanité.
« 

(La Gloire de mon père /Marcel Pagnol. – éd. Livre de poche, 1967. –  p. 135)

Ca n’a rien à voir mais Marcel Pagnol était un grand ami d’Albert Cohen… Deux écrivains que nous devrions relire intensément… Pourquoi Albert Cohen est si mal connu ? Mystère… Je suis constamment surpris qu’il n’existe pas une grande biographie de Cohen qui montrerait son travail de diplomate et ses engagements…

Silence

Comment on pleure en Italien ? d’après Erri de Luca et son Montedidio…

A Naples, dans les années cinquante, c’est le Napolitain la langue.

L’Italien, que les enfant apprennent à l’école, lisent facilement et écrivent, reste, dans la bouche de nombreux adultes qui n’ont pas apprise cette langue, une langue du Dimanche.

Erri De Luca parle de ça dans son roman Montedidio (Gallimard, 2002 pour la traduction française), que des enfants peuvent voir leur père déchiffrer avec beaucoup de difficulté le journal.

L’enfant de Montedidio a treize ans. Alors lui, ce qui est drôle, est qu’il parle Napolitain, mais qu’il écrit en Italien.

Il a quitté l’école et maintenant, il travaille.

Les faits de sa nouvelle vie, il les écrit sur un rouleau de papier. Il écrit son journal en somme.

« Le rouleau tourne et je vois déjà écrites les choses passées, qui s’enroulent aussitôt. »

A un moment, il est confronté à un problème.

C’est après que Don Rafaniello, qui travaille avec lui, soit passé des larmes au rire.

« Tandis que j’écris sur le rouleau, je ne me rappelle plus comment on dit en Italien : il a éclaté en larmes ou bien les larmes ont éclaté. »

Il sait quelque temps après. Quand le deuil s’abat. Sur son père. Sur la menuiserie qu’on ferme. A l’hôpital où la maman n’est plus.

« Alors, les larmes éclatent, maintenant, je sais que ça se dit comme ça en Italien, parce qu’elles sortent et se détachent des yeux avec une explosion de l’intérieur, un coup qui les pousse. »

Réjane

—-

Pour en savoir plus,

perdez-vous sur le site indispensable consacré à Erri de Luca

« Mais pourquoi les hommes sont-ils méchants ? » (Le livre de ma mère / Albert Cohen)

« Amour de ma mère. Jamais plus je n’aurai auprès de moi un être parfaitement bon. Mais pourquoi les hommes sont-ils méchants ? Que je suis étonné sur cette terre. Pourquoi sont-ils si vite haineux, hargneux ? Pourquoi adorent-ils se venger, dire vite du mal de vous, eux qui vont bientôt mourir, les pauvres ? Que cette horrible aventure des humains qui arrivent sur cette terre, rient, bougent, puis soudain ne bougent plus, ne les rende pas bons, c’est incroyable. Et pourquoi vous répondent-ils si vite mal, d’une voix de cacatoès, si vous êtes doux avec eux, ce qui leur donne à penser que vous êtes sans importance, c’est à dire sans danger ? Ce qui fait que des tendres doivent faire semblant d’être méchants, pour qu’on leur fiche la paix, ou même, ce qui est tragique, pour qu’on les aime…« 

(in Le Livre de ma mère / Albert Cohen. – Gallimard, 1954)