Archives mensuelles : octobre 2010

L’homme qui refusait de mourir de Nicolas Ancion… Et puis quoi encore ?

 

Un cauchemar réveille Alex Vidal, sorte de détective privé free-lance… Mauvais rêve prémonitoire ? Alex Vidal a rêvé de son arrière grand-mère de 108 ans, torturée par des médecins ricanants… Son cauchemar a une telle impression de réalité – d’être un appel au secours de la dite aîeule qu’il se précipite très vite au chevet de la potentielle victime. Le récit -alerte – écrit en courts chapitres – à base de Tu – alterne entre fantastique et roman policier. Très vite, des recherches scientifiques autour de l’immortalité impose une autre dimension à cette longue nouvelle, à ce court roman… paru dans la collection Contes illustrés pour adultes. Ce livre « s’inspire librement des recherches de François Taddéi sur le vieillissement des bactéries et la transmission du savoir dans la nature… »
Les images de Killofer s’inscrustent parfaitement au fil de l’histoire : images ancrées dans la réalité avec des fantasmagories oniriques…

Voici un extrait, page 34 :

« Tu n’imagines pas que le pire est encore à venir.

A vrai dire, le pire est sans doute toujours devant, du moins si l’on considère que mourir fait partie des pires choses qui peuvent nous arriver. Les pessimistes diront que la naissance est bien plus redoutable, que c’est elle qui est à l’origine de tout ce qui nous arrive par la suite. Ce n’est pas faux, sans doute. Les morts pourraient nous éclairer sur le sujet, eux qui ont traversé les deux, mais ils n’ont plus le droit à la parole. C’est injuste, mais c’est ainsi, il faut bien l’accepter.

Les super pessimistes, quant à eux, diront que c’est l’apparition de la vie sur cette planète qui est la cause de tous les malheurs. Le premier unicellulaire, avec sa face de membrane et son patrimoine génétique en pagaille, aurait mieux fait de mettre fin à ses jours sans prendre le temps d’engendrer des congénères. Un bon suicide initial aurait fait disparaître à tout jamais les dépressions et les maladies orphelines, les amputations, les sévices de tous ordres, la torture, la faim dans le monde et le strabisme divergent.

Les super pessimistes ont le don de rendre les choses simples, à défaut de les rendre joyeuses. »

Trop brève réflexion sur la mort, sur les recherches scientifiques de savants fous, sur ces collusions entre argent et monde de la recherche, ce récit allêchant aurait mérité un développement plus vaste… tellement le thème semble actuel.

Silence.

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L’homme qui refusait de mourir / Nicolas Ancion ; illustré par Patrice Killofer ; avec la participation de François Taddéi, chercheur en biologie. – Paris : Dis Voir, sept. 2010. – (Collection contes illustrés pour adultes).

a bande annonce du livre sur le site de Nicolas Ancion. C’est drôle j’ai choisi la même image de Killofer pour illustrer ce billet ! 😉

 

Le monde rêveur et philosophique de Liniers, auteur argentin de comic strip

Tiens, voilà, un nouveau colis de l’opération Masse critique de Babelio, envoyé par Gwendal des éditions de la Pastèque. Quel drôle de nom ? Pastèque ! Ce n’est pas sérieux ! 😉 Normal, c’est un éditeur de BD… Bon, je suis ironique quand je dis cela… La bande dessinée pour certains c’est encore en 2010:   des gros nez…  et c’est rigolo…  et c’est pour les enfants… Que voulez-vous y faire ? Ca prend du temps de faire oublier les images d’Epinal… Alors, on accole le terme alternative à la suite de BD et le tour est joué. Nous, les bibliothécaires chargés de développer un fonds BD en bibliothèque, on rame un peu… pour la faire découvrir cette BD dite alternative… Alors les gens de la Pastèque, des québécois, que nous disent-ils d’eux sur leur site :   » Voilà douze ans que la Pastèque existe ! Nous n’avons pas réinventé la roue.  L’origine de la Pastèque puise ses sources chez tous ces petits éditeurs qui, au début des années 90, ont privilégié un renouvellement de la bande dessinée en adoptant des pratiques artistiques et commerciales différentes. Nous voulions rendre viable au Québec une telle structure d’édition dédiée à la bande dessinée. Nous pensions que le lectorat d’ici serait lui aussi sensible aux bouleversements qui agitaient le 9e art ailleurs dans le monde. Douze ans, et plus de 90 titres plus tard, nous considérons avoir fait la preuve que notre intuition était la bonne. »

J’ai donc reçu Macanudo : volume 2 de l’auteur argentin Liniers.

Liniers est né à Buenos Aires en 1973. Il a réalisé des illustrations et des bandes dessinées pour des publications comme Página/12, Lugares, ¡Suélteme!, Comix 2000 (France), Olho Mágico (Brésil), Artists Respond (U.S.A), Zona de Obras et ¡Qué Suerte! (Espagne).

Il est aussi l’auteur du livre « Warhol pour débutants » aux côtés de Santiago Rial Ungaro. Il a réalisé deux expositions de peinture en 2001 et 2003. Sa série Macanudo est publiée chaque jour dans le plus grand quotidien argentin La Nacion.

Citons cet article de Loleck du très passionnant site DU9, qui dit l’essentiel :  « Macanudo révèle un style propre, absurde et rêveur, un peu effaré devant l’existence, ultra lisible et pourtant vaguement inquiétant. Il faut dépasser l’impression de « déjà-vu » qui saisit le lecteur pendant les premières pages, et se laisser prendre au rythme particulier de ces saynètes souriantes et parfois grimaçantes.

Dans ces strips se croisent des personnages improbables, petites filles, peluches, pingouins, robots, lutins, grenouilles : une faune à sa main, récurrente, qui permet à Liniers de camper en quelques cases une historieta décalée et poétique, et de créer un petit univers narratif dont on accepte très vite les codes, portés par le trait simplissime, évident, et pourtant très fouillé de Liniers« 

Comment parler de la poésie et de la philosphie qui se dégagent de cette bande dessinée ? Voici une sélection de  quelques strips…

Plusieurs types de personnages reviennent constamment. Mais, nous allons découvrir, une petite fille et ses amis : Enriqueta, une petite fille…  rêveuse et quelque peu philosophe :

toujours accompagnée du chat Fellini et de son ours-doudou Madariaga :

j’aime comment Liniers dessine Fellini le chat :

Enriqueta aime Fellini de près ou de loin :

ou alors, parfois Fellini va trop loin :

Enriqueta fait la sieste ou bien lit…  lit beaucoup…  et rêve :

ou réfléchit. Enriqueta réfléchit beaucoup dans cet espace intime qu’est la lecture :

Fellini est un peu jaloux et réclame de la lecture à haute voix :

et finit par s’endormir… et Enriqueta aussi…

Les autres fois, Enriqueta réfléchit… et philosophe beaucoup :

 

 et parfois, philosophe avec un peu d’inquiétude :

ou de manière plus naïve :

 Enriqueta, c’est une petite fille avec des problèmes de petite fille. Et qui parfois se demande ce qu’il vaut mieux choisir de la vie ou des…

 

Je file, vous quitte… et part, court vers mon libraire pour récupérer le tome 1…

Silence

« Mamelons moelleux et creux languides, toison épaisse des… »

« Mamelons moelleux et creux languides, toison épaisse des forêts, duvet frissonant des prés, chair nue des sols retournés, la campagne toscane l’entoure de ses panoramas charmants. » Telle est la première phrase « ambigüe » du nouveau roman policier de Serge Quadruppani (Editions du Masque) que je viens de recevoir et lire grâce à l’opération Masse critique du site Babelio… site qui je vous le rappelle, souhaite que nous connections nos bibliothèques et que nous partageons  nos lectures.

Je dois vous dire que je suis bien embêté pour vous chroniquer ce livre : parce que si je commence à vous parler un peu de l’intrigue, cela risque de vous gâcher votre lecture. A cause de la chute… implacable… c’est un polar… mais bien ancré dans son époque… du coup, on oublie que c’est un polar alors je vous dis, juste un truc comme cela : ça cause de la crise financière (mais pas seulement, c’est plutôt touffu) et plutôt allègre, jamais ennuyeux, drôle,  très rythmé (sans ressembler à ces films blockbusters américains où les personnages passent leur temps à se poursuivre à pied, à vélo, en voiture ou tout autre outil pour se poursuivre !). Bref, c’est frais : c’est plutôt un bon bouquin (c’est pas péjoratif dans ma bouche), bien écrit. Mais qu’est-ce que cela veut dire bien écrit ? Pour tenter de le comprendre, je vous recommande de lire  : Vous avez dit « littérature » de Christian Poslaniec, paru chez Hachette éducation en l’an 2002 où l’auteur s’amuse malicieusement à nous proposer des textes « littéraires » et à nous demander si on trouve cela bien écrit, si c’est de la littérature. Evidemment, il donne les titres et les auteurs quand on s’est bien trompé… Autre chose, vous savez, je ne fais plus aucun effort dans mes lectures, dégagé des conventions qui font que selon notre milieu, notre profession, il faut avoir lu tel ou tel livre.  S’il me tombe des mains le livre, je ne le ramasse plus. Ce n’est d’ailleurs pas parce que c’est un mauvais livre. Ce n’était peut-être pas le moment de le lire ou bien il ne convenait pas à ce moment là. Bon, il peut aussi être mauvais 😉

Le nouveau livre de Serge Quadruppani n’est pas tombé ! Cela fait penser parfois à un certain cinéma italien politique ou au film Mille Milliards de dollars avec, vous vous rappelez, Patrick Dewaere qui incarnait un journaliste sans peur et sans reproche, tout occupé à prouver des malversations déjà financières et qui réussissait à la fin, au péril de sa vie, à publier dans un journal Médiapartien, son enquête.

Par ailleurs, je vous conseille d’aller jeter un oeil sur les blogs de Serge Quadruppani comme ces Contrées magnifiques  ou encore celui qui porte son nom où l’on retrouve cette plume alerte évoquée plus haut et ce côté dénonciateur et bien informé qui fait plaisir car non consensuel !

Vous pouvez le commander ici. Ou aller le chercher en bibliothèque. Ce livre offert par Babelio et les éditions du Masque ira rejoindre les rayons de la nouvelle bibliothèque de Tourrettes dans le Var qui ouvrira ses portes début 2011…

Bonne lecture

Silence