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Sortir des musées et des bibliothèques…

La polémique tue la lumière.

Connaissance de l’autre et non voyeurisme. La compréhension ne peut naitre que de joies et de douleurs communes. La culture n’est en effet que le reflet de la vie… Encore faut-il la vivre. Saisir une civilisation en termes de destin est à ce prix. Il est urgent de réveiller le nomade que chacun porte en soi. C’est le devoir de l’historien, de l’ethnologue, du philosophe, d’en finir avec le temps des colloques, de sortir de ses musées et de ses bibliothèques pour aider l’homme à se découvrir un autre lui-même dans ces “vrais” voyages que sous-tend son imaginaire.”

(Jean Malaurie, 1990)

Vaincre ? Les Pôles ? Ils les ont vaincu ? Et maintenant…

Se retirer dans un monastère et faire vœu de silence ? Ascétisme ?

Gravir des montagnes pour atteindre les cimes ? Ascétisme ?

Conquérir les pôles ? Ascétisme ? Vivre dangereusement… pour se sentir vivre ? Obsessions ?  Variations sur le mythe d’Icare ? Dépassement de notre humaine condition ?

Pourquoi les hommes qui s’adonnent à ces extrêmes nous fascinent-ils ?

Déjà en 1905, Jean-Baptiste Charcot dans son livre « Le Français au pôle Sud posait la question :

« D’où vient l’étrange attirance de ces régions polaires, si puissante, si tenace qu’après en être revenu on oublie les fatigues morales et physiques pour ne songer qu’à retourner vers elles ? D’où vient le charme inouï de ces contrées pourtant désertes et terrifiantes ?« 

Préliminaire à la présentation de Chantal Edel, cette citation introduit deux récits de voyages adaptés par Charles Rabot et publiés en 1913 et 1914 dans le magazine Le Tour du Monde : récits de l’exploration du pôle sud par Roald Amundsen et Robert Falcon Scott réunis sous le titre :

Ils ont vaincu le pôle – Presses de la Renaissance, 2008

Qui a réussi et qui est mort, après avoir réussi à atteindre ce pôle onirique ? Aucune importance…

C’est le chemin qui est important et les mécanismes en marche dans la tête de ces hommes : « bourlingueurs du froid partant au nom du progrès sans souci du retour« .  Ce qui nous fascine ? L’homme mis à nu :  » pas de triche possible dans cette existence confinée qui met à nu les caractères« 

Mais la lecture de ces deux récits rédigés à une époque où le monde allait changer de manière irréversible pourrait être aussi le prélude à une prise de conscience des dangers qui menacent ces étendues désolées qu’elles soient aux pôle nord ou sud.  Après l’ère des records en tout genre, il est venu le temps de connaitre  réellement pour mieux protéger et tout simplement continuer à vivre… ensemble si possible.

Compléter ensuite la découverte des ces territoires et des hommes qui y vivent par les livres de Jean Malaurie serait une suite logique, comme ce Terre Mère qu’il a publié récemment et dont je vous ai déjà parlé dans un précédent billet :  » Pourquoi notre monde n’écoute jamais ses sages ?« 

Je ne peux m’empêcher de citer ce passage :

« Connaissance de l’autre et non voyeurisme. La compréhension ne peut naitre que de joies et de douleurs communes. La culture n’est en effet que le reflet de la vie… Encore faut-il la vivre. Saisir une civilisation en termes de destin est à ce prix. Il est urgent de réveiller le nomade que chacun porte en soi. C’est le devoir de l’historien, de l’ethnologue, du philosophe, d’en finir avec le temps des colloques, de sortir de ses musées et de ses bibliothèques pour aider l’homme à se découvrir un autre lui-même dans ces « vrais » voyages que sous-tend son imaginaire. » (Jean Malaurie, 1990)

Silence

Voir aussi un site consacré aux explorateurs.

Et cet article sur l’Année Polaire Internationale.

Cette critique est publiée dans le cadre de l’opération Masse critique du site Babelio.

Pourquoi notre monde n’écoute jamais ses sages ? A propos de Terre Mère de Jean Malaurie…

Pourquoi notre monde n’écoute jamais ses sages ?

Le monde est. Le monde est et les hommes haïssent le monde. La Vie est et les hommes haïssent la vie. Pas tous les hommes.

Existe la gravitation. La loi qui la définit a été découverte par les hommes. Par un homme qui a compris la cause qui a permis à la pomme de tomber.

Le Livre parle d’une pomme originale qui provient de l’arbre de la connaissance. Là est le problème de l’homme : la connaissance. Et son utilisation ensuite…

Ce ne sont que des histoires de pommes, alors ? Presque.

L’homme s’est placé sous le pommier et a cru qu’il était au centre du monde. Il continue à croire qu’il est sur le trône.

 

Le monde est et l’homme passe.

Pourquoi notre monde n’écoute jamais ses sages ?

Dans un très court livre, Jean Malaurie, l’immense aventurier, explorateur, contemplatif et éditeur Jean Malaurie, évoque de nouveau tout ce qui menace notre monde.

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 » Nous sommes des veilleurs de nuit face à une mondialisation sauvage, à un développement désordonné. Si nous n’y prenons garde, ce sera un développement dévastateur. La Terre souffre. Notre Terre Mère ne souffre que trop. Elle se vengera. Et déjà les signes sont annoncés. « 

L’homme hait et le monde passe. Il ne regarde que ce qui se trouve devant lui. Le présent est la seule chose qui existe dans le monde.

Passé et futur ne sont que dans le cerveau des hommes. Et ne leur servent que rarement.

Dans Acide-Arc-en-ciel d’ Erri de Luca, il y a cette phrase :

« Qu’est-il arrivé au monde pour se retrouver à un point tel qu’aucun acte direct ne l’aide, mais que seuls les sacrifices le réconfortent ? »

On n’écoute pas des hommes comme Jean Malaurie, mais on est ému devant l’assassinat de Diane Fossey pendant le temps que dure le succès éditorial d’un livre ou le passage en salle d’un film. Cela nous réconforte de rencontrer une Diane Fossey… Et puis, le temps passe… et les gorilles vont disparaitre…

Il faudrait écouter nos sages. Il faudrait écouter Jean Malaurie et Diane Fossey.

Silence

« En écrivant ceci, je tremble… » (Rick Bass, le livre de Yaak)

Intention :

Un jour de 1996, un écrivain pense qu’il devrait arrêter d’écrire temporairement des nouvelles de fiction pour écrire un livre au profit de la protection de la Vallée de Yaak dans le Montana… un des derniers endroits sauvages des Etats-Unis, peuplés d’ours noirs et de grizzlis, de loups et de coyotes, d’aigles, de lynx, de cerfs et de quelques humains. Parmi eux vit Rick Bass depuis une vingtaine d’années. Une décennie après sa publication en anglais, le livre de Yaak : chronique du Montana vient de paraitre en France aux fantastiques éditions Gallmeister. Ce livre « source, manuel, arme du coeur » (p. 13) raconte sa vallée et un peu de son combat contre la déforestation. Une seule régle : « Je ne veux pas prononcer de jugement. Si je juge, je serai jugé. Ma seule finalité, dans cette partie du monde, est d’observer et d’éprouver, d’être heureux ou d’être triste. Non de juger.  » (p.64).

 

Cet espace numérique voudrait être un catalyseur d’émotions et favoriser le partage et le dialogue autour de l’oeuvre de Rick Bass et des nature writers (et pas seulement ceux du Montana), autour des livres et auteurs édités par Jean Malaurie dans sa merveilleuse collection libertaire Terre Humaine, autour de personnes qui ont décidées de raconter le monde sans oublier leur berceau d’origine. Enfin, discuter sur ce malaise contemporain lié à la perte de contact de l’homme avec la nature dans une tentative philosophique de relier nature et culture. Qui je suis ? Un bibliothécaire dans une ville près de la mer Méditerranée.

La parole de la fin à Thierry Guichard, le directeur de la revue LE MATRICULE DES ANGES :

« Lire Rick Bass donne une énergie neuve. Réveille un sentiment profondément enfoui d’appartenance à la nature. […] Il faut lire Le Livre de Yaak, non seulement comme un acte de défense d’une vallée, mais aussi comme le plaidoyer pour une certaine humanité. Non pas celle d’un monde archaïque, mais bien celle qui nous sépare d’une ultime barbarie. »

Silence