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Entrée des femmes au Panthéon : demandez le programme !

LectureProgramme

  « Il est temps d’accueillir des femmes au Panthéon », a déclaré François Hollande à l’occasion de la journée de la femme, le 8 mars dernier.

  La phrase est jolie et la perspective d’un hommage à une personnalité femme extrêmement séduisante tant elles sont nombreuses celles qui dans l’histoire ont œuvré pour le bien commun. Aussi nombreuses que peu représentées au temple des grands hommes puisque, on le dit et on le répète, ne figurent que deux femmes au Panthéon et que, on le souligne, elles sont toutes deux femmes d’un époux méritant et à ce titre panthéonisé.

Or, on compte dans notre histoire des femmes très bien dont les époux, sans nous être inconnus, ne font pas particulièrement l’objet de notre intérêt. Des femmes exemplaires, qui laissent une œuvre personnelle forte et qui, et cela n’est plus à prouver, n’ont rien à envier en intelligence et en talent à leurs homologues masculins.

Il est temps en effet d’accueillir des femmes au panthéon, et puisqu’il revient au chef de l’État de choisir les illustres personnalités à qui notre république va rendre hommage et qu’en attendant, il nous faut patienter, patientons. En escortant l’entrée des femmes au Panthéon par exemple, ceci grâce à un programme de lectures au vif des œuvres de nos auteures fétiches dites avec brio par des comédiennes de la comédie française.

LectureMurielMayette

Muriel Mayette a ouvert le bal le mardi 17 septembre 2013 en offrant une lecture savoureuse d’une George Sand comme à l’accoutumée très en verve.

Un autre duo doué a retenti sous les voûtes depuis puisque sept jours plus tard au même endroit et à la même heure, la voix de Colette, portée par Catherine Sauval, a ravi le bienheureux public.

LectureOlympe

Le prochain rendez-vous : Olympe de Gouges avec Céline Samie est le 1er octobre. Il achève cette première moitié du programme qui reprendra au printemps.

LectureMargueriteDuras

 Marguerite Duras avec Claude Mathieu le 13 mai, Simone de Beauvoir avec Cécile Brune le 20 et Marguerite Yourcenar avec Léonie Simaga le 27 réjouiront à leur tour le public de la grande nef. Cette trilogie clôturera en beauté ces lectures de haut vol, accordées à l’air du temps autant que riches de promesses.

Réjane

La littérature au singulier, c’est fini tout ça !

Donnez un texte de Colette à une prof de français pour voir. En général, sa réaction est la suivante : les yeux tout d’abord, ils sortent des orbites. Les mains, elles tremblent. Quant à ses cheveux, ils se dressent sur sa tête. Oui, parce que la prof de français, Colette, elle adore, alors normal, elle réagit ! En même temps que son corps s’exprime, surgissent de sa bouche frémissante immanquablement ces cinq mots :

« Ce texte est très littéraire ! »

Voilà, le verdict est posé. Quand Madame la prof de français vibre à l’ingéniosité, la vivacité, la perspicacité du verbe, on a affaire à un texte littéraire.

Et quand Madame la professeur de français ne vibre pas, à quel genre de texte a-t-on affaire ?

Et bien, ça dépend, et toute la question est là.

Lorsqu’en 2002, Christian Poslaniec, didacticien et auteur jeunesse, publie son ouvrage « Vous avez dit littérature ? » (Hachette Education), et qu’il tente de situer la littérature dite « Jeunesse » dans le grand ensemble « Littérature », il nous montre une foule de choses, et elles sont plus passionnantes les unes que les autres.

Il nous montre par exemple, qu’aucun critère ne permet d’affirmer qu’un texte est littéraire, et que tel autre ne l’est pas. Ce qui signifie que quand Madame la professeur de français affirme du texte de Colette qu’il est très littéraire, elle fait preuve d’ignorance.

Il faudrait pourtant qu’elle le sache : Christian Poslaniec, démonstration à l’appui, le prouve. Le principe de « littérarité » d’un texte n’est pas interne à celui-ci. (Lire sur ce principe : ici et )

Voilà qui bouleverse quelque peu les certitudes. Mais alors, mais alors, et nos grands classiques ? Et le génial Jean Echenoz, et… Marguerite Duras, et… Françoise Sagan, et… Albert Cohen ? et… et…

Ben oui, mais non. Non non non, cent fois non. Le concept de littérarité est un fantôme. Il n’existe pas. Enfin si, il existe, mais pas dans l’absolu. Surtout pas dans l’absolu.

Il existe à un moment, à un endroit, pour un lecteur donné. Voir le billet précédent sur une phrase de Borges de mon colocataire de ce carnet numérique.

En effet, à chaque fois qu’un lecteur prend plaisir à lire une oeuvre, qu’il est étonné par elle, et qu’elle le transforme, alors, pour ce lecteur-là, à ce moment là, l’oeuvre est littéraire.

Mais revenons à notre vibrionnante prof de français. Colette la fait vibrer très bien. Mais Colette réussit-elle, dans l’absolu, à faire vibrer tous les lecteurs possibles et imaginables ? Sans doute non. Parfois, on est encore trop jeune pour vibrer à Colette. Parfois, on ne possède pas tous les codes nous permettant de vibrer à Colette. Peut-on vibrer de la même manière à vingt ans ou à quarante sur le roman d’Albert Cohen : Belle du seigneur ?

Mais d’autres textes nous font vibrer, à la lecture desquels notre prof de français ne vibre pas systématiquement.

Vous me suivez?

Tout jugement de valeur autre que le jugement personnel ne peut que se référer à la norme sociale.

En bon curieux, Christian Poslaniec ne s’en laisse pas conter. A la suite des explorateurs du fait littéraire que sont Italo Calvino, Umberto Ecco, Julia Kristeva, il part à son tour à l’aventure, et voyez-vous, il nous apprend qu’il nous faut maintenant changer de point de vue.

La littérature au singulier, c’est fini tout ça !

Beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît, le fait littéraire n’en est que bougrement plus intéressant !

Interactions écrivain, livre, lecteur, dialogue des textes les uns avec les autres, mise en rapport avec la notion de société, c’est véritablement un système qu’observe minutieusement Christian Poslaniec. Oui, la littérature au singulier, c’est bien fini. Que Madame la professeur de français le sache : depuis quelques décennies, on est passé de la littérature une à la littérature pluriel.

Nous en tirons un grand bénéfice. Celui de mieux comprendre, de moins simplifier, de plus relativiser.

Réjane