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Avez-vous lu : « Le grand troupeau » de Jean Giono sur la guerre de 14-18 ?

Avez-vous lu : « Le grand troupeau » sur la guerre de 14-18 ?

Savez-vous que tandis que Giono vivait l’horreur au front, il écrivait à ses parents, pour ne pas les inquiéter, qu’il allait bien?

« Aux armées le 30 Mars 1917

Mes deux vieux chéris,
J’ai reçu de vos nouvelles hier au soir sur le cours de la Dépêche. Je suis heureux que votre rhume ait presque disparu. Ici le temps est épouvantable. Cela ne m’empêche pas de me porter merveilleusement. Nous avons un peu plus à bouffer et nous desserrons un peu la ceinture. J’espère aller vous voir dans le courant avril. Les lettres m’arrivent très bien maintenant. J’espère que vous ne vous faites pas de mauvais sang à mon sujet maintenant que vous savez où je suis. Je suis bien abrité, au chaud et peinard. Espérons que pendant Avril, le temps se mettra au beau et que les amandiers seront fleuris pour embaumer ma permission.
Grosse caresse de votre fiston qui vous aime par- dessus tout.
Jean « 
Jean Giono
Radio télégraphiste
140ième régiment d’infanterie (Paroles de Poilus, Lettres et carnets du front, 1914-1918)
Réjane

« Tu Sais où il faut faire des inventions ? » (Jean Giono)

« Tu sais où il faut faire des inventions ? Dans l’appel, dans la voix, dans le son qui sort de ton coeur. […] la grande malédiction du Ciel pour nous ça a été de nous faire des coeurs à un seul exemplaire. Un pour chacun. Une fois partagé en deux, il te faut trouver ta moitié exacte. Sans quoi tu resteras seul toute ta vie. Et c’est ça le tragique. Tu ne t’imagines pas le nombre de ceux qui ont le coeur mal complété.

Tu veux que je te prédise ce qui arrivera, et le garçon le verra, s’il vit. Et bien, voilà, au grand moment de l’espoir, ce sera la faillite de la magie. Tes tapis volants, on les chargera de pommes de terre et de carottes. On se dira : « Comment, on n’est pas plus heureux ? » Vous n’êtes pas plus heureux parce que vous n’avez rien inventé de nouveau dans l’appel que vous faites autour de vous pour trouver l’autre moitié de votre coeur. Vous avez toujours votre petite voix du temps des cavernes. Bien plus petite. Et vous ne trouvez pas. Alors, on tuera son coeur, parce que ça sera trop difficile de vivre avec.« 

(Jean Le Bleu /Jean Giono. 1932)