Archives mensuelles : juillet 2010

C’est l’histoire d’une peste : « Zuleika Dobson » de Max Beerbohm (Monsieur Toussaint Louverture, mai 2010)

Disons le nettement : cette Zuleika Dobson, héroîne de l’unique roman de Max Beerbohm,  est une véritable peste. Je pourrai faire de la psychologie bon marché et comprendre… comprendre… – une enfance malheureuse – et patati et patata – que nenni, j’assume mon jugement, cette Zuleika est une peste : séduisant les hommes juste en passant dans la rue (bon, elle n’y peut pas grand chose non plus) – elle, qui d’après son auteur n’est pas particulièrement belle – cela n’est rien mais se jouant d’eux comme on jouerait avec des poupées ou des petits soldats de plomb. Je t’arrache un bras (la poupée) , je te fais sauter d’un pont (le soldat)…

On s’amuse dans ce roman « facétieux », « cocasse », magnifiquement écrit et… on s’ennuie aussi un peu. Paru en 1911, la thématique principale de ce roman est un peu surannée. Mourir par amour n’est plus de mise aujourd’hui. Il fut un temps, jadis, où cela avait sans doute un sens noble, épique, théâtral, que sais-je, terriblement romantique ou très snob. Cela reviendra peut-être. L’auteur décrit très bien cette ambiance que l’on a imaginée ou lue ou vue ailleurs dès que l’on parle d’une grande école anglaise : celle d’Oxford ici. L’auteur n’y peut rien. Le sujet a été source d’inspiration ultérieure. Donc, résumons l’intrigue, outrageusement : un étudiant très brillant, Duc de son état, dandy et desespéré, un peu coincé aussi – faut le dire – s’éprend de cette Zuleika dès qu’il l’aperçoit. Zuleika, parfaite peste, complétement frigide en fait (c’est jamais dit mais…), n’en a cure et le rejette. Le Duc veut mourir. La suite… je ne vous la dis pas…

Max Beerbohm, dans cet unique roman s’en donne à coeur joie, moquant le Duc, la haute et snob société et fait plutôt un portrait au vitriol de son héroïne. Fable sur le snobisme, Zuleika Dobson est un roman qui permet de passer un moment : décalé… un retour vers le passé… ce n’est pas le plus désagréable…

Oui, on s’amuse dans ce roman « facétieux », « cocasse » mais on s’ennuie aussi un peu… Ma lecture est arrivée trop tard, je le regrette.  Il m’est difficile de lire aujourd’hui un Zuleika Dobson, après avoir lu, le roman paru en 1968 qui a réglé définitivement son compte à l’amour passion et à son théâtre, qui dans la cocasserie des situations est monté au Panthéon de la drôlerie et qui a aussi démonté les rouages de la bêtise et du snobisme : j’ai nommé Belle du seigneur de ce cher Albert Cohen. Ce livre est constamment présent dans ma tête pour plusieurs raisons (s’il en faut !) :  les délires de Mangeclous et des oncles de Solal, autre dandy desespéré, sont sources d’inspiration quotidienne… et les rouages de la bêtise et du snobisme sont sources d’observation… quand je n’y participe pas moi-même !

Comprenez-moi bien, je ne suis pas entièrement déçu par ce roman et  les merveilleuses éditions nommées Monsieur Toussaint Louverture n’y peuvent rien… j’ai rencontré ce cher Albert avant de connaitre cet auteur et j’ai cette facheuse manie de comparer… parce que l’émotion est chose rare… que sais-je… J’ai toujours du mal de dire du mal d’un livre ! J’essaie de me justifier, je m’empêtre… Les éditions Monsieur Toussaint Louverture sont d’ailleurs à découvrir et à encourager : la récente sortie du Livre du Chevalier Zifar, illustrée par Zeina Abirached m’a émerveillé… Ca n’a rien à voir mais je tenais à vous le signaler…

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Cette critique du livre Zuleika Dobson de Max Beerbohm est publiée dans le cadre de l’opération Masse critique du site Babelio qui permet de partager vos lectures avec d’autres lecteurs. Lire les autres avis et critiques, suivez le lien ci-dessous :

Merci à l’éditeur pour l’envoi de ce livre et merci aux ours de Babelio !

Silence

 

Les petites histoires pour raconter la Grande Histoire : « Souvenirs de la Grande Armée : tome 3 » De Michel Dufranne, Alexis Alexander et Jean-Paul Fernandez… une BD commentée pour le site Babelio

Une critique sur une bande dessinée sur Waterloo, sur Napoléon ? Encore ?

C’est le site de recommandation de lectures Babelio qui m’a gentiment proposé de commenter la lecture de ces Souvenirs de la Grande Armée, : tome 3, Voir Vienne et mourir ! / Scénario Michel Dufranne ; Dessin Alexis Alexander ; Couleur Jean-Paul Fernandez. – Paris : Delcourt, 2010. – 48 p.

J’ai donc lu… et voici mon humble avis de lecteur…

Je ne citerai pas l’abondante bibliographie (BD ou non BD) qui fait référence à ce moment emblématique (Waterloo) de l’Histoire de France ou de l’Histoire du Monde pour reprendre la démesure du petit général devenu Empereur … A l’occasion de cette critique, j’ai d’ailleurs découvert un blog qui souhaite « fédérer le plus grand nombre de napoléoniens et/ou amateurs de bandes dessinées classiques » afin de créer une nouvelle BD, sur Napoleon Bonaparte. Incroyable ! Le sujet est inépuisable…

Une bande dessinée historique ?

Je dois vous dire… je dois vous avouer… que depuis les années 80 et la saga de François Bourgeon dans le magazine Circus des éditons Glénat … je n’avais que peu remis les pieds ou du moins les yeux, dans ce genre de la bande dessinée… D’ailleurs, existe t’il une bande dessinée historique après Les Passagers du vent ? Sommet d’intelligence graphique et scénaristique… Bon, je suis un peu ironique aujourd’hui… J’exagère…

Depuis, il y a eu deux autres sommets de la bande dessinée historique mais son auteur fait partie de la génération « alternative » qui a bouleversée les codes anciens : La Guerre d’Alan ou Le Photographe d’Emmanuel Guibert. Comme la série qui nous occupe aujourd’hui, celles de Guibert ont aussi comme point commun de mettre en valeur les petites histoires pour raconter la Grande Histoire : la fin de la seconde guerre mondiale pour l’une et l’aide humanitaire lors d’une des guerres d’Afghanistan pour l’autre. Et puis, aussi, je n’oublie pas Maus d’Art Spiegelman mais cet exemple est tellement cité que je me demande s’il faut encore le citer. C’est ce que l’on appelle un classique.

Je dois tout vous dire… Je dois tout vous avouer… je suis plus attiré aujourd’hui, ou enfin, depuis une bonne dizaine d’années par ce que l’on appelle la bande dessinée alternative… non, pour être à la page ou à la planche pour rire un peu… mais parce que graphiquement, les ouvrages proposés par cette nouvelle vague de dessinateurs me séduisent, voir, allons-y démesurément, me fracassent l’oeil ; parce qu’au niveau des scénarii, la bande dessinée dite alternative aborde aussi des thèmes « adulte », des personnages « sexués » pas outrageousement comme dans certaines BD que je ne citerai pas, avec des histoires pas forcément drôles mais si c’est drôle, ben c’est encore mieux… et qui bouleverse les codes de narration… et j’ai donc beaucoup de mal à lire, depuis Menu, je dois vous l’avouer, je dois vous le dire, le traditionnel 48 pages cartonné couleur… un modèle manufacturé pour l’édition… Nombre d’histoires sont ainsi à l’étroit et sont obligées de faire de trop grandes ellipses…

Bref, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : je lis encore de la bande dessinée dite classique, de la ligne claire… mais ce sont plutôt des lectures nostalgiques… parce que parfois y règnent encore la manière de raconter une histoire de A à Z… (l’intégrale Corentin récemment parue) et que même si les ficelles du scénario sont énormes… on laisse faire… on se laisse porter… J’en lis aussi parce que c’est une partie de mon travail en tant qu’acquéreur de BD en bibliothèque…

Longue introduction donc, pour vous parler de ces souvenirs de la grande armée dont je viens de découvrir le tome 3 et par la même occasion la série.

Graphiquement, vous l’avez compris, ce n’est pas ce que je préfère… Trop, trop classique… pour moi… Le dessinateur maitrise les scènes de batailles, un peu moins les visages féminins. Le découpage de l’histoire est alerte (plongée – contre-plongée…) et sert bien la narration. Le format classique des 48 pages empêche le développement de certaines scènes qui auraient mérité plus d’ampleur (la scène finale de confrontation). Ne pas avoir lu les premiers tomes n’a absolument pas gêné ma lecture. Cependant, la réussite de cette histoire est liée au scénario qui nous sensibilise aux horreurs de la guerre. La légende de l’épopée napoléonienne est oubliée et c’est tant mieux. J’ai un jour découvert, adolescent ,les souvenirs de la première guerre mondiale de Blaise Cendrars (La main coupée) et ce livre a changé mon point de vue sur une grande partie de l’historiographie en m’orientant vers des historiens moins « pompiers » pour le dire ainsi… Pour affirmer son propos, le scénariste alterne les petitesses des uns et des autres (vol des cadavres – un grand classique depuis Thénardier), les actes de courage ou de folie (cochez ce qui vous plait le plus) pour atteindre le fil rouge de ce tome 3 : le remords et la quête du personnage principal pour retrouver un médecin pas sympathique. Je ne vous en dis pas plus si vous n’avez pas encore lu.

Malgré mon commentaire qui peut paraître sévère, ce tome et les deux précédents vont rejoindre les bacs de ma bibliothèque afin de les faire découvrir à nos lecteurs…

Silence