Archives du mot-clé prix du roman policier de cognac

Les dessous des fous : interview croisée sur une innovation numérique par leurs auteurs (Christian Poslaniec, Réjane Niogret, Franck Queyraud)

Franck Queyraud Réjane Niogret Christian Poslaniec

.

Réjane : Christian, ton roman Les fous de Scarron, (Le masque 1990), fait son entrée sur la toile en feuilleton numérique, associé à mes réalisations. Tu as choisi pour cette aventure inédite le deuxième opus de ta série policière qui compte quatre romans. Pourquoi celui-ci ?

Christian : Les trois autres aventures de mon personnage Patrice Bergof sont liées à un voyage. Le premier roman se passe en Guyane, le troisième à la Réunion et l’intrigue du quatrième récit se déroule en Scandinavie.

.

.

Les fous de Scarron est différent. Le héros est installé à Paris, et lorsqu’il se déplace, il ne va pas bien loin puisqu’il ne dépasse pas la Sarthe.

Réjane : Physiquement il fait de petits sauts de puces, mais à sa manière, ne voyage-t-il pas aussi, et plutôt loin?

Christian : Sa quête le confronte en effet à des faits historiques exhumés du passé

Réjane : Mais encore …

Christian : Eh bien ces faits, qui paraissent complètement farfelus, sont presque entièrement vrais.

.

.

Franck : Les fous de Scarron est un roman historique ? Il a pourtant été édité au Masque.

Christian : C’est un roman policier, je te rassure.

.

.

Réjane : Alors ?

Christian : Alors j’ai rapporté dans ce roman policier les découvertes que j’ai faites et dont j’ai été le premier surpris.

Réjane : Comme l’existence d’une imprimerie aux Tuileries sous Louis XIV ?

Christian : Oui, par exemple, ou celle d’un mystérieux pavillon consacré à Scarron près de chez moi dans la Sarthe.

Réjane : La fiction et la réalité se mêlent donc dans cet ouvrage. Et toi tu pensais à un accompagnement qui explorerait cette particularité du livre ?

Christian : Je pensais en effet à un travail de mise au point qui aurait distingué le vrai du fictionnel (monuments, documents, lieux, textes, objets), une manière vivante de réfléchir sur la littérature. Mais toi tu as pris une autre direction. Ce qui devait être des accompagnements se sont transformés en surprises. Raconte …

.

.

Réjane : Les surprises pour le lecteur ont été en premier lieu des surprises pour moi. Il y a une raison à ça et elle est toute simple.

Franck : Laquelle ?

Réjane : En me penchant sur le travail d’accompagnement du livre, j’ai trouvé un fil conducteur peu banal, et il m’a autorisé tous les possibles.

.

.

Franck : Tu peux nous en dire plus ?

Réjane : C’est tout simple. Tu es d’accord avec moi, Franck, pour dire que Les fous de Scarron regorge de phrases remarquables. Tu sais ce genre de phrases sur lesquelles on tombe en arrêt, qu’on lit et qu’on relit et que, finalement, on n’a pas envie de quitter comme ça. Avec lesquelles on a envie de dialoguer aussi, avec sa propre voix.

Voilà, c’est ça que j’ai fait. J’ai lu. Je me suis arrêtée, à chaque chapitre, sur une ou plusieurs de ces phrases très littéraires (des phrases qu’on entend résonner en nous) et j’ai poursuivi avec elles le dialogue à ma manière.

Franck : Le rôle du support numérique est de quel ordre ?

Réjane : Un rôle clé, au sens propre du terme, puisqu’on entre dans les surprises par des images.

Franck : Ah bon, parce qu’il y a des images ?

Réjane : Bien sûr. Au minimum une par surprise, mais beaucoup plus si affinité !

.

.

Christian : Justement c’est quoi exactement ces images ?

Réjane : Il y a bien sûr les photos des lieux où je me suis rendue pour les surprises (le cimetière du père Lachaise, le château de Vernie ou celui de Versailles !), mais aussi des photos d’œuvres que j’ai vues, d’objets que j’ai créés, de livres, de peinture, de kiosque à journaux, de vitrine de sex-shop, d’entrée de théâtre… Des photos de tout ce qui est beau, étrange, qui me touche. Et qui, comme mes textes, dialoguent avec la phrase remarquable par laquelle tout commence.

Ne compte pas sur moi pour en dire plus. Les surprises doivent réserver leur mystère au lecteur !

Eh puis, c’est à toi de reprendre la parole, et ça tombe bien car j’ai une question :

Christian, on ne compte plus tes publications papier, mais c’est la première fois que tu vas être édité numériquement. Est-ce une aventure pour toi ?

.

.

Christian : Pour moi, cette publication numérique s’inscrit bien dans mon goût pour des publications différentes. J’ai toujours aimé ça, varier les choses. J’ai écrit du théâtre, et c’est une aventure inédite pour un auteur. J’ai aussi fait un feuilleton pour la radio. J’ai beaucoup d’autres exemples où mes écrits ont exploré d’autres formes que le livre papier. Mais c’est vrai que la présentation numérique est nouvelle pour moi.

Réjane : Es-tu doué en informatique ?

Christian : Je me débrouille pour un usage de base, mais ça ne va pas chercher plus loin !

Réjane : Contrairement à toi Franck, qui explores depuis plusieurs années la forme numérique et pour qui les NTIC n’ont plus de secret. Je sais qu’il y a derrière tes nombreuses innovations (plusieurs blogs personnels, tes blogs professionnels, des actions dans le cadre de ton activité de bibliothécaire) une véritable philosophie attachée au web inscriptible qui transforme notre rapport au savoir. Peux-tu nous dire comment, précisément, notre création commune s’inscrit dans ta quête ?

.

.

Franck : Le numérique passionne le bibliothécaire que je suis et dans le cadre de mon métier, j’en use et en abuse. Alors quand il a été question pour moi de co-réaliser un livre numérique, j’ai foncé. C’était l’occasion pour moi d’explorer de près cette forme spéciale qui offre des possibilités vraiment intéressantes. Nous avons choisi, comme tu l’as expliqué tout à l’heure, de relier les chapitres et les surprises par des liens hypertextes, ce qui permet d’enrichir l’histoire du roman par des cheminements totalement inattendus. C’est aussi l’occasion pour nous de ressusciter le genre feuilleton, et je suis sûr que ça va passionner les lecteurs !

.

.

Réjane : Tu es un grand lecteur et en même temps, spécialiste des publications numériques. Est-ce que ce n’est pas contradictoire ?

Franck : Notre projet dit tout le contraire. Rééditer sous une forme nouvelle Les fous de Scarron, publié en 1990, permet aux lecteurs d’aujourd’hui de découvrir cette œuvre. Non, ce n’est pas contradictoire. En rendant visible des livres déjà parus, le numérique leur redonne jour et c’est vraiment bien.

Réjane : Les épisodes du feuilleton vont paraître chaque mercredi et vendredi. La publication va donc se poursuivre jusqu’en février 2013. Que va t-il se passer après ?

Franck : Nous aimerions le publier sous la forme d’un livre numérique. Les fous de Scarron pourra, de cette façon, se poursuivre après le feuilleton.

Réjane : Le feuilleton qui débute prochainement.

Franck : Oui, par la publication du premier chapitre des Fous de Scarron.

Christian : Avec ses deux surprises !

.

1er épisode des Fous de Scarron :

mercredi 5 décembre 2012

 http://lesfousdescarron.wordpress.com/

(adresse valide le 5 décembre)

En route pour le pavillon Scarron !