Archives pour la catégorie masse critique

Jean-Jacques avant Rousseau

Jean-Jacques Rousseau : un impétueux désir de liberté de Claude Mazauric est un des derniers ouvrages de la collection  » à 20 ans  » : l’aventure de leur jeunesse, paru en avril 2011 aux éditions Au Diable Vauvert. Le principe de la collection ?  » Pour qu’ils deviennent des classiques, il fallait d’abord qu’ils soient des originaux « .

Le parti pris de cette collection annoncée, c’est donc à une bibliographie partielle de Jean-Jacques – entre 18 et 20 ans – que nous convie l’auteur avant que Jean-Jacques ne se chausse de son patronyme célèbre, celui de Rousseau.

Le pari est réussi : à la fin de ce court opuscule de 140 pages, vous le refermez avec une envie de lire ou relire l’oeuvre du citoyen de Genève. Je dois vous dire que j’étais curieux de cette collection dont j’avais déjà repéré plusieurs titres et ce Rousseau ne m’a pas déçu. J’avais en mémoire le Rousseau mélancolique, hypocondriaque, légèrement ou carrément dépressif. Claude Mazauric a le talent de nous montrer les errances héroïques de ce jeune homme perdu dans le monde (mère morte quand il était très jeune et père parti ailleurs, loin de lui) mais déjà très conscient de ses potentialités, et qui finalement, par séduction mais aussi beaucoup de travail personnel se fraie un chemin vers son nom dans une société rude pour qui n’est pas noble. Que retient-on habituellement de Rousseau ? Inspirateur de la Révolution mais aussi musicien et compositeur, opposé en son temps à Rameau. Plus que ces aspects très connus, on découvre les apprentissages progressifs du jeune homme, déterminé à défendre sa liberté et qui écrira plus tard :

Voilà pourquoi j’ai toujours tant redouté les bienfaits,
car tout bienfait exige reconnaissance ; et je me sens
le coeur ingrat par cela seul que la reconnaissance est
un devoir. En un mot, l’espèce de bonheur
qu’il me faut n’est pas tant de faire ce que je veux
que de ne pas faire ce que je ne veux pas.
Lettres à Monsieur de Malesherbes, 1762

Voilà, qui dénote d’un certain caractère libertaire. Cet ouvrage se lit facilement. Ici, il n’est pas question d’analyser les oeuvres futures – littéraires ou philosophiques même si l’auteur distille habilement quelques informations autour des moments forts de l’apprentissage de la vie de Jean-Jacques.

Ce livre est commenté dans le cadre de l’opération Masse critique du site Babelio, réseau social littéraire. Je remercie Babelio et les éditions Au Diable Vauvert pour l’envoi gracieux de ce livre. D’autres lectures sont disponibles sur Babelio.

Silence

Fraîcheur est le mot qui vient à l’esprit en lisant Apprenti : mémoires d’avant-guerre de Bruno Loth (La Boite à bulles, 2010)

Fraîcheur est le mot qui vient à l’esprit dès que l’on a tourné la dernière planche de cette bande dessinée : Apprenti : mémoires d’avant-guerre de Bruno Loth (La Boite à bulles, 2010).

A partir des mémoires de son père, Bruno Loth raconte deux années de la vie de Jacques Loth entre 1935 et 1937. 1935, ce n’est pas encore le Front populaire. La condition d’ouvrier n’est guère reluisante. Le père de Jacques, c’est-à dire le grand-père de Bruno réussit à s’échapper de l’usine, plus précisément du chantier naval en achetant un véhicule pour devenir taxi, être son propre patron. Et rêve que son fils ne suive pas le même chemin. Mais, Jacques abandonne des études prometteuses pour devenir apprenti sur le chantier naval honni. Destin social ? Non, Jacques a choisi de devenir ouvrier. Dès lors, on suit son parcours, sa difficile acceptation au sein de ses collègues de travail. 1936 sonne. Léon Blum impose les 40 heures et les deux jours de congés hebdomadaires. On suit en filigranne la Grande Histoire sans que l’on ne tombe ni dans le pathos ni dans une vision idyllique de 36. Bruno Loth est un raconteur d’histoire intimiste. Il suit la psychologie de ses personnages et ne perd jamais la vérité qui guide leurs pas. Les collègues de Jacques ne sont pas de doux agneaux, emplis de désirs de fraternité et de révolution, mais des êtres réels pleins de lourdeurs et de bêtises. Fraîcheur est le mot qui vient à l’esprit en refermant cette bande dessinée, au discours jamais manichéen.

Quant au trait, au dessin et à la mise en scène, ils sont sobres, non racoleurs et finalement, très efficaces. La planche ci-dessus pourrait évoquer les dernières oeuvres de Tardi avec Blanqui comme fil conducteur. Mais on n’y pense qu’après. Le scénario de Bruno Loth coule sans avoir besoin de cette prestigieuse filiation. Espérons que cet histoire aura une suite. Qu’est devenu Jacques pendant et après la guerre ? Mais tout cela est une autre histoire.

Cet apprenti est le second travail de Bruno Loth qui, en 2006, a réalisé Ermo, dans sa propre maison d’édition « Libre d’images ». Ermo est l’histoire d’un jeune garçon de 12 ans, débrouillard, sans attache ni parents, qui va suivre des saltimbanques à travers leur tournée. L’histoire se déroule en 1936 autour de la guerre civile espagnole.

Saluons les éditions la boite à bulles qui ont su repérer ce nouveau talent qui enrichit cette maison qui publie déjà les travaux de Roosevelt (Derfal le magnifique notamment) et de Clement Baloup, jeune auteur marseillais.

Ce livre est commenté dans le cadre de l’opération Masse critique du site Babelio, réseau social littéraire. Je remercie Babelio et les éditions la Boite à bulles pour l’envoi gracieux de ce livre passionnant. 

Silence 

Le monde rêveur et philosophique de Liniers, auteur argentin de comic strip

Tiens, voilà, un nouveau colis de l’opération Masse critique de Babelio, envoyé par Gwendal des éditions de la Pastèque. Quel drôle de nom ? Pastèque ! Ce n’est pas sérieux ! 😉 Normal, c’est un éditeur de BD… Bon, je suis ironique quand je dis cela… La bande dessinée pour certains c’est encore en 2010:   des gros nez…  et c’est rigolo…  et c’est pour les enfants… Que voulez-vous y faire ? Ca prend du temps de faire oublier les images d’Epinal… Alors, on accole le terme alternative à la suite de BD et le tour est joué. Nous, les bibliothécaires chargés de développer un fonds BD en bibliothèque, on rame un peu… pour la faire découvrir cette BD dite alternative… Alors les gens de la Pastèque, des québécois, que nous disent-ils d’eux sur leur site :   » Voilà douze ans que la Pastèque existe ! Nous n’avons pas réinventé la roue.  L’origine de la Pastèque puise ses sources chez tous ces petits éditeurs qui, au début des années 90, ont privilégié un renouvellement de la bande dessinée en adoptant des pratiques artistiques et commerciales différentes. Nous voulions rendre viable au Québec une telle structure d’édition dédiée à la bande dessinée. Nous pensions que le lectorat d’ici serait lui aussi sensible aux bouleversements qui agitaient le 9e art ailleurs dans le monde. Douze ans, et plus de 90 titres plus tard, nous considérons avoir fait la preuve que notre intuition était la bonne. »

J’ai donc reçu Macanudo : volume 2 de l’auteur argentin Liniers.

Liniers est né à Buenos Aires en 1973. Il a réalisé des illustrations et des bandes dessinées pour des publications comme Página/12, Lugares, ¡Suélteme!, Comix 2000 (France), Olho Mágico (Brésil), Artists Respond (U.S.A), Zona de Obras et ¡Qué Suerte! (Espagne).

Il est aussi l’auteur du livre « Warhol pour débutants » aux côtés de Santiago Rial Ungaro. Il a réalisé deux expositions de peinture en 2001 et 2003. Sa série Macanudo est publiée chaque jour dans le plus grand quotidien argentin La Nacion.

Citons cet article de Loleck du très passionnant site DU9, qui dit l’essentiel :  « Macanudo révèle un style propre, absurde et rêveur, un peu effaré devant l’existence, ultra lisible et pourtant vaguement inquiétant. Il faut dépasser l’impression de « déjà-vu » qui saisit le lecteur pendant les premières pages, et se laisser prendre au rythme particulier de ces saynètes souriantes et parfois grimaçantes.

Dans ces strips se croisent des personnages improbables, petites filles, peluches, pingouins, robots, lutins, grenouilles : une faune à sa main, récurrente, qui permet à Liniers de camper en quelques cases une historieta décalée et poétique, et de créer un petit univers narratif dont on accepte très vite les codes, portés par le trait simplissime, évident, et pourtant très fouillé de Liniers« 

Comment parler de la poésie et de la philosphie qui se dégagent de cette bande dessinée ? Voici une sélection de  quelques strips…

Plusieurs types de personnages reviennent constamment. Mais, nous allons découvrir, une petite fille et ses amis : Enriqueta, une petite fille…  rêveuse et quelque peu philosophe :

toujours accompagnée du chat Fellini et de son ours-doudou Madariaga :

j’aime comment Liniers dessine Fellini le chat :

Enriqueta aime Fellini de près ou de loin :

ou alors, parfois Fellini va trop loin :

Enriqueta fait la sieste ou bien lit…  lit beaucoup…  et rêve :

ou réfléchit. Enriqueta réfléchit beaucoup dans cet espace intime qu’est la lecture :

Fellini est un peu jaloux et réclame de la lecture à haute voix :

et finit par s’endormir… et Enriqueta aussi…

Les autres fois, Enriqueta réfléchit… et philosophe beaucoup :

 

 et parfois, philosophe avec un peu d’inquiétude :

ou de manière plus naïve :

 Enriqueta, c’est une petite fille avec des problèmes de petite fille. Et qui parfois se demande ce qu’il vaut mieux choisir de la vie ou des…

 

Je file, vous quitte… et part, court vers mon libraire pour récupérer le tome 1…

Silence

« Mamelons moelleux et creux languides, toison épaisse des… »

« Mamelons moelleux et creux languides, toison épaisse des forêts, duvet frissonant des prés, chair nue des sols retournés, la campagne toscane l’entoure de ses panoramas charmants. » Telle est la première phrase « ambigüe » du nouveau roman policier de Serge Quadruppani (Editions du Masque) que je viens de recevoir et lire grâce à l’opération Masse critique du site Babelio… site qui je vous le rappelle, souhaite que nous connections nos bibliothèques et que nous partageons  nos lectures.

Je dois vous dire que je suis bien embêté pour vous chroniquer ce livre : parce que si je commence à vous parler un peu de l’intrigue, cela risque de vous gâcher votre lecture. A cause de la chute… implacable… c’est un polar… mais bien ancré dans son époque… du coup, on oublie que c’est un polar alors je vous dis, juste un truc comme cela : ça cause de la crise financière (mais pas seulement, c’est plutôt touffu) et plutôt allègre, jamais ennuyeux, drôle,  très rythmé (sans ressembler à ces films blockbusters américains où les personnages passent leur temps à se poursuivre à pied, à vélo, en voiture ou tout autre outil pour se poursuivre !). Bref, c’est frais : c’est plutôt un bon bouquin (c’est pas péjoratif dans ma bouche), bien écrit. Mais qu’est-ce que cela veut dire bien écrit ? Pour tenter de le comprendre, je vous recommande de lire  : Vous avez dit « littérature » de Christian Poslaniec, paru chez Hachette éducation en l’an 2002 où l’auteur s’amuse malicieusement à nous proposer des textes « littéraires » et à nous demander si on trouve cela bien écrit, si c’est de la littérature. Evidemment, il donne les titres et les auteurs quand on s’est bien trompé… Autre chose, vous savez, je ne fais plus aucun effort dans mes lectures, dégagé des conventions qui font que selon notre milieu, notre profession, il faut avoir lu tel ou tel livre.  S’il me tombe des mains le livre, je ne le ramasse plus. Ce n’est d’ailleurs pas parce que c’est un mauvais livre. Ce n’était peut-être pas le moment de le lire ou bien il ne convenait pas à ce moment là. Bon, il peut aussi être mauvais 😉

Le nouveau livre de Serge Quadruppani n’est pas tombé ! Cela fait penser parfois à un certain cinéma italien politique ou au film Mille Milliards de dollars avec, vous vous rappelez, Patrick Dewaere qui incarnait un journaliste sans peur et sans reproche, tout occupé à prouver des malversations déjà financières et qui réussissait à la fin, au péril de sa vie, à publier dans un journal Médiapartien, son enquête.

Par ailleurs, je vous conseille d’aller jeter un oeil sur les blogs de Serge Quadruppani comme ces Contrées magnifiques  ou encore celui qui porte son nom où l’on retrouve cette plume alerte évoquée plus haut et ce côté dénonciateur et bien informé qui fait plaisir car non consensuel !

Vous pouvez le commander ici. Ou aller le chercher en bibliothèque. Ce livre offert par Babelio et les éditions du Masque ira rejoindre les rayons de la nouvelle bibliothèque de Tourrettes dans le Var qui ouvrira ses portes début 2011…

Bonne lecture

Silence

C’est l’histoire d’une peste : « Zuleika Dobson » de Max Beerbohm (Monsieur Toussaint Louverture, mai 2010)

Disons le nettement : cette Zuleika Dobson, héroîne de l’unique roman de Max Beerbohm,  est une véritable peste. Je pourrai faire de la psychologie bon marché et comprendre… comprendre… – une enfance malheureuse – et patati et patata – que nenni, j’assume mon jugement, cette Zuleika est une peste : séduisant les hommes juste en passant dans la rue (bon, elle n’y peut pas grand chose non plus) – elle, qui d’après son auteur n’est pas particulièrement belle – cela n’est rien mais se jouant d’eux comme on jouerait avec des poupées ou des petits soldats de plomb. Je t’arrache un bras (la poupée) , je te fais sauter d’un pont (le soldat)…

On s’amuse dans ce roman « facétieux », « cocasse », magnifiquement écrit et… on s’ennuie aussi un peu. Paru en 1911, la thématique principale de ce roman est un peu surannée. Mourir par amour n’est plus de mise aujourd’hui. Il fut un temps, jadis, où cela avait sans doute un sens noble, épique, théâtral, que sais-je, terriblement romantique ou très snob. Cela reviendra peut-être. L’auteur décrit très bien cette ambiance que l’on a imaginée ou lue ou vue ailleurs dès que l’on parle d’une grande école anglaise : celle d’Oxford ici. L’auteur n’y peut rien. Le sujet a été source d’inspiration ultérieure. Donc, résumons l’intrigue, outrageusement : un étudiant très brillant, Duc de son état, dandy et desespéré, un peu coincé aussi – faut le dire – s’éprend de cette Zuleika dès qu’il l’aperçoit. Zuleika, parfaite peste, complétement frigide en fait (c’est jamais dit mais…), n’en a cure et le rejette. Le Duc veut mourir. La suite… je ne vous la dis pas…

Max Beerbohm, dans cet unique roman s’en donne à coeur joie, moquant le Duc, la haute et snob société et fait plutôt un portrait au vitriol de son héroïne. Fable sur le snobisme, Zuleika Dobson est un roman qui permet de passer un moment : décalé… un retour vers le passé… ce n’est pas le plus désagréable…

Oui, on s’amuse dans ce roman « facétieux », « cocasse » mais on s’ennuie aussi un peu… Ma lecture est arrivée trop tard, je le regrette.  Il m’est difficile de lire aujourd’hui un Zuleika Dobson, après avoir lu, le roman paru en 1968 qui a réglé définitivement son compte à l’amour passion et à son théâtre, qui dans la cocasserie des situations est monté au Panthéon de la drôlerie et qui a aussi démonté les rouages de la bêtise et du snobisme : j’ai nommé Belle du seigneur de ce cher Albert Cohen. Ce livre est constamment présent dans ma tête pour plusieurs raisons (s’il en faut !) :  les délires de Mangeclous et des oncles de Solal, autre dandy desespéré, sont sources d’inspiration quotidienne… et les rouages de la bêtise et du snobisme sont sources d’observation… quand je n’y participe pas moi-même !

Comprenez-moi bien, je ne suis pas entièrement déçu par ce roman et  les merveilleuses éditions nommées Monsieur Toussaint Louverture n’y peuvent rien… j’ai rencontré ce cher Albert avant de connaitre cet auteur et j’ai cette facheuse manie de comparer… parce que l’émotion est chose rare… que sais-je… J’ai toujours du mal de dire du mal d’un livre ! J’essaie de me justifier, je m’empêtre… Les éditions Monsieur Toussaint Louverture sont d’ailleurs à découvrir et à encourager : la récente sortie du Livre du Chevalier Zifar, illustrée par Zeina Abirached m’a émerveillé… Ca n’a rien à voir mais je tenais à vous le signaler…

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Cette critique du livre Zuleika Dobson de Max Beerbohm est publiée dans le cadre de l’opération Masse critique du site Babelio qui permet de partager vos lectures avec d’autres lecteurs. Lire les autres avis et critiques, suivez le lien ci-dessous :

Merci à l’éditeur pour l’envoi de ce livre et merci aux ours de Babelio !

Silence

 

Les petites histoires pour raconter la Grande Histoire : « Souvenirs de la Grande Armée : tome 3 » De Michel Dufranne, Alexis Alexander et Jean-Paul Fernandez… une BD commentée pour le site Babelio

Une critique sur une bande dessinée sur Waterloo, sur Napoléon ? Encore ?

C’est le site de recommandation de lectures Babelio qui m’a gentiment proposé de commenter la lecture de ces Souvenirs de la Grande Armée, : tome 3, Voir Vienne et mourir ! / Scénario Michel Dufranne ; Dessin Alexis Alexander ; Couleur Jean-Paul Fernandez. – Paris : Delcourt, 2010. – 48 p.

J’ai donc lu… et voici mon humble avis de lecteur…

Je ne citerai pas l’abondante bibliographie (BD ou non BD) qui fait référence à ce moment emblématique (Waterloo) de l’Histoire de France ou de l’Histoire du Monde pour reprendre la démesure du petit général devenu Empereur … A l’occasion de cette critique, j’ai d’ailleurs découvert un blog qui souhaite « fédérer le plus grand nombre de napoléoniens et/ou amateurs de bandes dessinées classiques » afin de créer une nouvelle BD, sur Napoleon Bonaparte. Incroyable ! Le sujet est inépuisable…

Une bande dessinée historique ?

Je dois vous dire… je dois vous avouer… que depuis les années 80 et la saga de François Bourgeon dans le magazine Circus des éditons Glénat … je n’avais que peu remis les pieds ou du moins les yeux, dans ce genre de la bande dessinée… D’ailleurs, existe t’il une bande dessinée historique après Les Passagers du vent ? Sommet d’intelligence graphique et scénaristique… Bon, je suis un peu ironique aujourd’hui… J’exagère…

Depuis, il y a eu deux autres sommets de la bande dessinée historique mais son auteur fait partie de la génération « alternative » qui a bouleversée les codes anciens : La Guerre d’Alan ou Le Photographe d’Emmanuel Guibert. Comme la série qui nous occupe aujourd’hui, celles de Guibert ont aussi comme point commun de mettre en valeur les petites histoires pour raconter la Grande Histoire : la fin de la seconde guerre mondiale pour l’une et l’aide humanitaire lors d’une des guerres d’Afghanistan pour l’autre. Et puis, aussi, je n’oublie pas Maus d’Art Spiegelman mais cet exemple est tellement cité que je me demande s’il faut encore le citer. C’est ce que l’on appelle un classique.

Je dois tout vous dire… Je dois tout vous avouer… je suis plus attiré aujourd’hui, ou enfin, depuis une bonne dizaine d’années par ce que l’on appelle la bande dessinée alternative… non, pour être à la page ou à la planche pour rire un peu… mais parce que graphiquement, les ouvrages proposés par cette nouvelle vague de dessinateurs me séduisent, voir, allons-y démesurément, me fracassent l’oeil ; parce qu’au niveau des scénarii, la bande dessinée dite alternative aborde aussi des thèmes « adulte », des personnages « sexués » pas outrageousement comme dans certaines BD que je ne citerai pas, avec des histoires pas forcément drôles mais si c’est drôle, ben c’est encore mieux… et qui bouleverse les codes de narration… et j’ai donc beaucoup de mal à lire, depuis Menu, je dois vous l’avouer, je dois vous le dire, le traditionnel 48 pages cartonné couleur… un modèle manufacturé pour l’édition… Nombre d’histoires sont ainsi à l’étroit et sont obligées de faire de trop grandes ellipses…

Bref, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : je lis encore de la bande dessinée dite classique, de la ligne claire… mais ce sont plutôt des lectures nostalgiques… parce que parfois y règnent encore la manière de raconter une histoire de A à Z… (l’intégrale Corentin récemment parue) et que même si les ficelles du scénario sont énormes… on laisse faire… on se laisse porter… J’en lis aussi parce que c’est une partie de mon travail en tant qu’acquéreur de BD en bibliothèque…

Longue introduction donc, pour vous parler de ces souvenirs de la grande armée dont je viens de découvrir le tome 3 et par la même occasion la série.

Graphiquement, vous l’avez compris, ce n’est pas ce que je préfère… Trop, trop classique… pour moi… Le dessinateur maitrise les scènes de batailles, un peu moins les visages féminins. Le découpage de l’histoire est alerte (plongée – contre-plongée…) et sert bien la narration. Le format classique des 48 pages empêche le développement de certaines scènes qui auraient mérité plus d’ampleur (la scène finale de confrontation). Ne pas avoir lu les premiers tomes n’a absolument pas gêné ma lecture. Cependant, la réussite de cette histoire est liée au scénario qui nous sensibilise aux horreurs de la guerre. La légende de l’épopée napoléonienne est oubliée et c’est tant mieux. J’ai un jour découvert, adolescent ,les souvenirs de la première guerre mondiale de Blaise Cendrars (La main coupée) et ce livre a changé mon point de vue sur une grande partie de l’historiographie en m’orientant vers des historiens moins « pompiers » pour le dire ainsi… Pour affirmer son propos, le scénariste alterne les petitesses des uns et des autres (vol des cadavres – un grand classique depuis Thénardier), les actes de courage ou de folie (cochez ce qui vous plait le plus) pour atteindre le fil rouge de ce tome 3 : le remords et la quête du personnage principal pour retrouver un médecin pas sympathique. Je ne vous en dis pas plus si vous n’avez pas encore lu.

Malgré mon commentaire qui peut paraître sévère, ce tome et les deux précédents vont rejoindre les bacs de ma bibliothèque afin de les faire découvrir à nos lecteurs…

Silence

Histoires de chutes : 2 livres insulaires, Sukkwan Island de David Vann et Choir d’Eric Chevillard

Le hasard des publications et de mes lectures m’a fait lire simultanément deux nouveautés récentes :

il y a un livre où un père et son fils partent sur une ile inhabitée au fin fond de l’Alaska : Sukkwan Island ;

il y en a un autre où tous les habitants n’ont qu’un désir, un rêve : quitter l’île.. qui s’appelle Choir... titre éponyme du second livre.

Dans le premier, on ne sait pas bien entre les deux héros (un père et son fils) qui est l’adulte et qui est l’enfant.

Dans les deux livres, les personnages sont prisonniers de l’île et surtout de celles qu’ils ont dans leurs têtes…

jusqu’à choir…

Dans les deux cas, il m’est absolument impossible de résumer mieux les histoires de ces livres au risque de tout dévoiler pour le premier ou de tout recopier pour le second. Je vous conseille fortement la lecture de ces deux livres. Leurs chutes sont assez inattendues… si j’essaie de tirer un peu vers l’ironie ces deux lectures malaises…

L’une, vous surprend au moment où vous ne vous y attendiez pas ; l’autre est une explosion poétique où il faut d’abord capter le rythme des phrases, des mots et des sons au risque de laisser choir le livre…

Pourtant, les deux livres ont ce point commun de décrire des îles prisons révélant celles contenues dans les têtes des héros.

Sukkwan Island de David Vann est un premier roman, publié dans la collection « nature writing » de l’éditeur Gallmeister qui a publié, entre autres, l’excellent Le Livre de Yaak de Rick Bass. C’est ce livre qui m’a conduit à créer mon second blog : Rick Bass et les nature writers… Cette collection « nature writing », sous-titrée : la littérature de la nature et des grands espaces , est un prétexte pour découvrir les rapports qui existent entre culture et nature ou l’inverse…

Choir d’Eric Chevillard est publié aux éditions de Minuit. Si vous ne connaissez pas encore le travail d’Eric Chevillard, je vous conseille les notules presque quotidiennes qu’il fait paraître sur le blog l’auto-fictif.

Silence

(alias Franck Queyraud)

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Addenda : j’ai écrit cette critique il y a exactement un mois aujourd’hui, nous sommes le 5 mars et je continue par être marqué par le coup de théâtre du livre de David Vann… et je ne sais pas si vraiment c’est un souvenir  agréable de lecture… Je ne sais plus quand je rencontre ce type de livre si nous assistons à de la virtuosité ou si cette virtuosité est construite pour donner ce sentiment de virtuosité.  Je ne sais pas si vous me suivez… J’attendrais de lire autre chose de cet auteur avant de me prononcer… n’empêche, un mois après, subsiste un malaise…

Alors, peut-être, je préfère retomber (pour ne pas dire choir) dans la prose rêveuse de Chevillard :

 » Mais nous avons pris le goût d’attendre. Nous nous sommes installés dans l’attente. Il faut croire que nous nous y plaisons. Nous avons arrangé joliment ce séjour, non ? Nous extrayons le sucre de toute chose. Nous faisons mine de bouillir d’impatience et de rage dans les bulles irisées de nos bains de lavande. Nous endormons nos sens en les ravissant de musiques et mets raffinés. Toutes nos antennes vibrent dans des brises de parfums artificiels. Souhaitons-nous vraiment nous trouver d’un coup transportés dans le ciel ?

Aspirons-nous à moins de stabilité encore ? Si nous finissons par décoller, nous lâcherons la poudreuse pour le nuage, il n’est pas certain que notre pas y gagne en assurance. Dans les tempêtes du cosmos, ne regretterons-nous pas notre marécage ? » (pp. 102-103… Choir. – Ed. de Minuit, 2009)

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Cette critique du livre Sukkwan Island de David Vann est publiée dans le cadre de l’opération Masse critique du site Babelio qui permet de partager vos lectures avec d’autres lecteurs. A découvrir absolument !

Merci à l’éditeur pour l’envoi de ce livre et merci aux ours de Babelio !

Une autre critique de ce livre choc est commenté aussi par une autre lectrice, membre de Babelio, sur son blog Ma tasse de thé.

Critiques et infos sur Babelio.com

Jack Kerouac chercha « le beat de ses ancêtres bretons »

Un point commun et le même paradoxe relient l’écrivain de la beat génération Jack Kerouac et Robert Crumb, le dessinateur de bandes dessinées « underground » : avoir été une icône de leur époque (ce qui n’est certes pas donné à tous le monde) et paradoxalement, se sentir à mille lieues de pensée de cette étiquette étouffante .

Je connaissais mal la vie de Jack Kerouac, avais lu jadis Sur la route… , j’avoue m’être un peu ennuyé à la lecture de chef-d’œuvre reconnu, ennuyé parce que l’époque de ma lecture – les années 80 – n’était plus la même que celle des années 50-60 qui avait mis le feu aux tempes et aux temps, livre qui avait été une boussole pour plein de jeunes gens et jeunes filles fuyant une certaine conception de société (de consommation… tiens tiens… une vieille connaissance).

J’avais aussi lu un peu de poésie de Kérouac (Mexico City blues), pas très convaincu de ces écritures dites automatiques ou sous influence de substances prohibées ou encore alterné mes lectures par celles de Allen Ginsberg, l’ami amant de Kerouac, ou de William Burroughs et de son déjanté festin nu. Bref, j’avais en tête une image finalement assez négative de ce mouvement littéraire et inspirateur d’un mouvement de rébellion sociale.

La lecture de la biographie Jack Kerouac : un breton d’Amérique, parue aux éditions Le Télégramme en 2009 renouvelle en profondeur l’image de cet écrivain et de ce mouvement de contre-culture.  Le pari des auteurs est réussi.

kerouac

A partir de la quête des ancêtres de Kerouac par Jack Kerouac, Patricia Dagier et Hervé Quéméner déroulent deux histoires en parallèle. Celle de Jack Kerouac, sportif contrarié de haut niveau, abandonnant tout du jour au lendemain pour l’écriture et une vie de bohème, brulant sa vie à la manière d’un autre grand Jack de la littérature américaine : London. L’autre histoire est celle d’Urbain-François Le Bihan qui s’ingénia sa vie durant à changer de patronyme tout en embrouillant les pistes de sa vie « troublante et sulfureuse ». De Le Bihan à Kérouac, la parti pris du livre est de suivre les rameaux des ascendances et descendances des deux bonhommes et comment petit à petit, le patronyme Le Bihan se transforma en Kérouac ! Un rêve ou un casse-tête de généalogistes !

Difficile de résumer et finalement, ce ne serait pas très intéressant de  me lancer dans cette gageure au risque de vous dévoiler tout le charme  de ce bouquin. Car celui-ci, à la manière d’une enquête policière, vous tient en haleine jusqu’au bout, par une alternance de brefs chapitres. Parce que l’histoire ne s’arrête pas à la mort aux Amérique du Sieur Le Bihan mais se poursuit jusqu’au vingtième siècle avec les descendants recherchant le trésor de l’ancêtre. Ce n’est pas du Stevenson, mais ça se rapproche de l »Ile au trésor, en déclenchant tout ce que la nature humaine peut avoir de matérialiste, dans le mauvais sens du terme.

Quant à Kérouac, il a comme on dit « une gueule« . Il m’apparait plutôt dorénavant avec le profil d’un Jack London, d’un Kessel ou d’un Hemingway, brûlant sa vie de toute part avant de se brûler les ailes. Trop grandes pour lui, comme ses deux idoles de jeunesse : Baudelaire et Rimbaud.

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Bonnes lectures

Silence (alias Mangeclous pour Babelio)

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En savoir plus :

Pour entendre le français de Kérouac, voici une vidéo hilarante parmi d’autres que l’on trouve facilement sur les sentiers du Web

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Un autre article sur Jack Kerouac

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Cette critique est publiée dans le cadre de l’opération Masse critique du site Babelio qui permet de partager vos lectures avec d’autres lecteurs.

 

Le Corps humain pour les nuls : un livre qui a de l’esprit

Qu’est-ce qui possède onze systèmes, composés d’organes, faits de tissus, constitués de cellules, faites d’atomes ?
Qu’est-ce qui est étudié anatomiquement, physiologiquement, pathologiquement ?
Qu’est-ce qui a des fonctions vitales, des besoins vitaux, un système de régulation, et qui se compose de cent mille milliards de cellules ?
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Le Corps humain pour les nuls, écrit par un passionné, le Docteur Gepner, annonce, dès les premières pages, la couleur :
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« Vous avez encore le droit (mais pas forcément le devoir) d’être nul en cuisine, en informatique, en piano ou en chinois ! Mais, et ceci est un ordre, il vous est strictement interdit de le rester pour le fonctionnement de votre corps… »
corps humain nuls
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Mais le corps humain a beau être notre bel organisme, le voyage corporel qu’à travers son livre, le Docteur Gepner nous propose, n’est pas simple.
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Avant que le lecteur ne s’abreuve de connaissances et ne se délecte de citations tour à tour scientifiques, humoristiques ou poétiques, il lui faudra passer par la case ATOME, et donc entreprendre le voyage à destination de l’infiniment petit. En effet, s’intéresser aux plus petites unités de matière est un passage obligé vers la compréhension de notre corps.
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Lire Le Corps humain pour les nuls revient donc, en premier lieu, à se plonger corps et bien dans la chimie.
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Cette tâche vous répugne un peu ? Vous n’avez pas spécialement envie d’entendre tout de suite parler de liaisons covalentes, de réactions de synthèse et de monosaccharides ?
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Tournez les pages et réjouissez-vous. Quoiqu’en dise le Dr Gepner, il est possible d’aborder Le Corps humain pour les nuls autrement qu’en suivant à la lettre ses prescriptions.
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Se précipiter sur les citations accompagnant les titres des chapitres, où les voix de Woody Allen, Francis Blanche, Théophile Gautier, Jules Renard, Albert Einstein, etc… me paraît être bien pour entrer dans ce livre qui, s’il nécessite d’être curieux, avec ses vingt cinq chapitres et ses six cents pages de savoir, demande aussi une bonne dose de courage.
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Le Corps humain pour les nuls
Dr Patrick Gepner
Editions First, 2009
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Réjane

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Cette critique est publiée dans le cadre de l’opération Masse critique du site Babelio qui permet de partager vos lectures avec d’autres lecteurs.

Ne lisez pas ce livre !

Ne lisez pas ce livre !

Lequel ?

Petites leçons sur le grec ancien de Jacqueline de Romilly et Monique Trédé, paru aux éditions Stock en 2008.

EXE Petites leçons de grecs

Ne lisez pas ce livre !

Drôle d’injonction pour un billet qui voudrait d’abord faire une critique dithyrambique sur son écriture : parfaite, limpide.  Patientez un peu, et je vous dirai, pourquoi il ne faut pas lire ce livre. Continuons !

Ce qui fait de cette lecture, une joie ? C’est la jubilation de son auteur, professeur mondialement reconnu de grec ancien, membre de l’Académie française, pour nous communiquer sa passion, la passion de sa vie,  sur cette langue dite ancienne.

 » On ne célèbrera jamais assez les mérites de la culture de la Grèce ancienne et l’influence que cette culture a exercée sur la nôtre « . Et puis,  » La langue grecque présente en effet cette particularité de n’avoir jamais cessé, depuis la plus haute antiquité, de se répandre à travers le monde entier, sans être jamais imposée par une autorité politique quelconque.« 

Il peut paraître incongru aujourd’hui d’apprendre une langue que l’on qualifie avec un peu de mépris de morte. Au contraire, Jacqueline de Romilly et sa collègue Monique Trédé nous montrent la persistance de cette langue malgré la disparition de la civilisation grecque ou encore l’omniprésence des mots grecs dans notre langage de tous les jours (le bio mis à toutes les sauces, si l’on peut dire ainsi), enfin, l’influence de la pensée grecque qui diffuse depuis plusieurs millénaires ses effluves sans que nous nous en rendions toujours compte dans les modes de pensée et de fonctionnement de nos démocraties.

Les deux premiers chapitres restituent tous ces apports et lancent aussi un appel :  » depuis un demi-siècle, dans bien des pays, une crise touche les études classiques. Elle est grave, et dangereuse. Nous sommes nombreux à nous élever contre cette crise qi ne relève, en rélaité, que de l’organisation de l’enseignement ; car, dans l’opinion, le grec a les faveurs de la plupart. Il faut donc lutter, et lutter fermement ! Si nous semblons entrer dans un nouveau Moyen Age, si les spécialistes de langues anciennes, de plus en plus rares aujourd’hui dans nos Universités, évoquent irrésistiblement les copistes du XIIIème siècle ardents à maintenir la flamme derrière les grilles des monastères,  nous pouvons au moins espérer que, tout allant plus vite que par le passé, la crise sera brève et bientôt révolue.« 

Le grec ancien en a vu d’autres !  » On ne peut que rester confondu devant la force de diffusion qu’a montrée cette langue à travers tant de crises et de renaissances.« 

Enfin, tous les chapitres suivants sont là pour nous démontrer subtilement comment cette langue allie précision et beauté. Les deux auteurs ne sont pas là pour asséner un quelconque baratin de chaland ! Vous sortez de la lecture avec une seule envie : apprendre le grec ancien.

Au début de cette chronique, je vous disais : ne lisez pas ce livre ! Vous savez pourquoi maintenant. C’est à vos risques et périls… Si toutefois, vous persistez dans l’idée d’apprendre un peu de grec, rendez-vous ici.

Silence

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Une histoire passionnante… du Proche-Orient ancien…

«  Les débuts de l’histoire : Le Proche-Orient, de l’invention de l’écriture à la naissance du monothéisme  » est un livre qui retrace l’histoire du Proche-Orient ancien.
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Il couvre une période de trois mille ans (de la fin du IVème millénaire, jusqu’à la conquête du Proche-Orient par Alexandre le Grand à partir de 333 avant J.C.).
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C’est en effet dans ce cadre chronologique que les premiers signes d’écriture (l’écriture cunéiforme) ont été utilisés par les hommes. Inscrits sur des tablettes d’argile, les textes se sont remarquablement conservés. Aujourd’hui, on exhume encore de nouvelles tablettes et on les utilise à mieux comprendre cette histoire plusieurs fois millénaire.
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Cette histoire, que le livre traite en quatre parties, est le fait de quarante spécialistes, appartenant à trois laboratoires de recherche du CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique).
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C’est un ouvrage précis, pointilleux, savant.
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Un ouvrage précieux (il parle de l’écriture, et explique comment son utilisation a modelé les civilisations), mais qui s’adresse à un lecteur averti, qui a déjà une connaissance certaine de l’histoire du Proche-Orient ancien.
Le lecteur moins aguerri se perdra parfois.
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Mais il ne manquera pas de picorer ici et là de quoi s’instruire, et surtout, de quoi se passionner pour l’histoire et les civilisations du Proche-Orient antique qui, pendant longtemps, n’ont guère été connues que par la Bible et par les auteurs grecs. »
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Réjane
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Les débuts de l’histoire : le Proche-Orient, de l’invention de l’écriture à la naissance du monothéisme/ édition sous la direction de Pierre Bordreuil, Françoise Briquel-Chatonnet et Cécile Michel. -Paris : La Martinière, 2008.

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Vaincre ? Les Pôles ? Ils les ont vaincu ? Et maintenant…

Se retirer dans un monastère et faire vœu de silence ? Ascétisme ?

Gravir des montagnes pour atteindre les cimes ? Ascétisme ?

Conquérir les pôles ? Ascétisme ? Vivre dangereusement… pour se sentir vivre ? Obsessions ?  Variations sur le mythe d’Icare ? Dépassement de notre humaine condition ?

Pourquoi les hommes qui s’adonnent à ces extrêmes nous fascinent-ils ?

Déjà en 1905, Jean-Baptiste Charcot dans son livre « Le Français au pôle Sud posait la question :

« D’où vient l’étrange attirance de ces régions polaires, si puissante, si tenace qu’après en être revenu on oublie les fatigues morales et physiques pour ne songer qu’à retourner vers elles ? D’où vient le charme inouï de ces contrées pourtant désertes et terrifiantes ?« 

Préliminaire à la présentation de Chantal Edel, cette citation introduit deux récits de voyages adaptés par Charles Rabot et publiés en 1913 et 1914 dans le magazine Le Tour du Monde : récits de l’exploration du pôle sud par Roald Amundsen et Robert Falcon Scott réunis sous le titre :

Ils ont vaincu le pôle – Presses de la Renaissance, 2008

Qui a réussi et qui est mort, après avoir réussi à atteindre ce pôle onirique ? Aucune importance…

C’est le chemin qui est important et les mécanismes en marche dans la tête de ces hommes : « bourlingueurs du froid partant au nom du progrès sans souci du retour« .  Ce qui nous fascine ? L’homme mis à nu :  » pas de triche possible dans cette existence confinée qui met à nu les caractères« 

Mais la lecture de ces deux récits rédigés à une époque où le monde allait changer de manière irréversible pourrait être aussi le prélude à une prise de conscience des dangers qui menacent ces étendues désolées qu’elles soient aux pôle nord ou sud.  Après l’ère des records en tout genre, il est venu le temps de connaitre  réellement pour mieux protéger et tout simplement continuer à vivre… ensemble si possible.

Compléter ensuite la découverte des ces territoires et des hommes qui y vivent par les livres de Jean Malaurie serait une suite logique, comme ce Terre Mère qu’il a publié récemment et dont je vous ai déjà parlé dans un précédent billet :  » Pourquoi notre monde n’écoute jamais ses sages ?« 

Je ne peux m’empêcher de citer ce passage :

« Connaissance de l’autre et non voyeurisme. La compréhension ne peut naitre que de joies et de douleurs communes. La culture n’est en effet que le reflet de la vie… Encore faut-il la vivre. Saisir une civilisation en termes de destin est à ce prix. Il est urgent de réveiller le nomade que chacun porte en soi. C’est le devoir de l’historien, de l’ethnologue, du philosophe, d’en finir avec le temps des colloques, de sortir de ses musées et de ses bibliothèques pour aider l’homme à se découvrir un autre lui-même dans ces « vrais » voyages que sous-tend son imaginaire. » (Jean Malaurie, 1990)

Silence

Voir aussi un site consacré aux explorateurs.

Et cet article sur l’Année Polaire Internationale.

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On dirait une ville, c’est un cimetière


Dans son recueil de poèmes « On dirait une ville« , Françoise Collin nous emmène dans un univers tout en contraste, où les villes sont des cimetières, où l’ange, comme l’oiseau, sont des charognards, où sous chaque vivant, il y a un mort, et où le grand curateur, celui qui fait tinter les clés du monde, comme elle l’appelle, ne remplit pas toujours ses fonctions d’ordonner le chaos, parfois, souvent, s’en va.

Les pauvres, ici, ne sont pas riches. Ils souffrent bien trop pour cela, et la poétesse est une éponge, un buvard, qui aspire à parler de la ville, de Paris, et de qui va qui vient.

Seule à Paris, seule un été à la campagne (le recueil se poursuit par « Chronique d’un été »), Françoise Collin regarde, flotte entre ses aujourd’hui d’hier, ceux de demain, et ses maintenant.

Des poèmes comme des points sur une vie.

« un roitelet

une mésange

un chat

une tache de soleil

les vaches ruminent

au milieu de leur pré

une prune tombe

femme assise à son miroir

femme assise à son écran

une vie de queue de cerise

la cloche sonne pour les morts

un chien aboie dans les collines

on s’arrange avec des mots

quand le vent casse les tuiles

on rit on pleure on étouffe

on court les routes en voiture

on revient dormir il fait nuit

des insectes collés aux phares

quand on shootera dans les betteraves

l’été sera fini

maintenant elles poussent

on a tout le temps

une vie avec des sandales

et une vie avec des bottes

une vie pieds nus dans l’herbe

quand on ramasse les fruits

une vie de rien du tout

pas même écrite

une bagatelle

une phrase serrée sur elle-même

des points sur les i.« 

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« On dirait une ville », Françoise Collin. – Des femmes, Antoinette Fouque, 2008

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Réjane

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« Jusqu’à Tombouctou » un carnet de voyages de Michel Jaffrennou et Henri Gougaud ou un livre sur la diversité culturelle en action

Qu’ont en commun la chaine franco-allemande Arte, le magazine Mondomix, les radios France Culture, France musique(s), TSF ou FIP, les éditions Frémeaux associés et leur librairie sonore… avec Michel Jaffrenou et Henri Gougaud, auteurs du livre « Jusqu’à Tombouctou » publié par les éditions d’Arte et celles du Point d’exclamation ?

Ils sont tous des militants actifs et convaincus de la promotion d’une diversité culturelle en actes plutôt que de paroles. Diversité culturelle : expression grandiloquente, à la mode, que l’on emploie partout à tort et à travers, dans les discours, mais dont on voit finalement si peu la réalisation concrète… En ces temps de menaces sur les politiques culturelles, tous ces acteurs cités plus haut, créent des micros résistances au conformisme consensuel ambiant.

Ainsi ce carnet de voyages dessiné, collé, écrit de Michel Jaffrennou : Jusqu’à Tombouctou, avec des textes du conteur Henri Gougaud. Ce carnet n’est qu’un élément d’un projet plus vaste : la réalisation d’un film autour de trois musiciens africains :

« Les trois grands artistes maliens, Habib Koité, Afel Bocoum, et le groupe de femmes Tamasheks Tartit, ont décidé de créer le groupe « Desert Blues », pour chanter l’union du Mali, dans la diversité de tous ses peuples. La réunion sur une même scène de 3 artistes issus d’ethnies différentes – Bambara, Songhai et Tamashek – représente un véritable symbole au Mali, un pays où les sècheresses provoquent des affrontements civils.

Pour créer un univers visuel qui rende compte de leur parole, de leur imaginaire, de leur humour, l’artiste et réalisateur Michel Jaffrennou (voir son interview) est allé à leur rencontre, de Bamako à Tombouctou, dans le pays mandingue, sur les rives du fleuve Niger… Dans ses carnets de voyages il a dessiné le soleil, le sable, le fleuve, des djinns et des génies… Il a ramené la lumière et la magie du Mali pour devenir leur « griot » des pixels, pour concevoir des images qui s’entrelacent avec la musique et se métamorphosent pour nous faire voyager dans la poésie musicale de Desert Blues. »

Le livre « Jusqu’à Tombouctou » est donc un des éléments (avec le film, le DVD, le spectacle) de ce travail qui a duré pendant plus de deux ans. Il réunit les dessins et les réflexions de l’auteur auquel il associe des contes africains de Henri Gougaud.

Marc Bénaïche, le responsable de Mondomix écrit ailleurs dans l’éditorial du magazine de mars 2008 :

«  Notre société est tellement obsédée par l’individualisme que nous sommes devenus une société de narcisses qui s’abiment dans la contemplation de leurs propres images, et qui atteint profondément la gouvernance même de notre société. Force est de constater que le narcisse supporte mal l’intérêt général, il y voit une entrave à son bien être et à sa sublimation. Le narcisse aime critiquer les initiatives collectives et solidaires qui par définition sont « mal gérées » et « dispendieuses ». Le narcisse veut liquider ces initiatives car elles le renvoient à son propre égoïsme. Aujourd’hui, une profonde remise en cause de notre système social et culturel est en cours. Et même si tout le monde est d’accord pour que l’État soit plus efficace, moins coûteux et mieux géré, pourquoi tuer des initiatives généreuses et si peu chères ? »

Ce livre n’est pas un livre de narcisse mais il illustre à merveille ce proverbe africain cité dans l’éditorial de Mondomix :

« Si tu veux aller vite, marche seul

et si tu veux aller loin, marche avec d’autres ! »

jusqu’à Tombouctou… par exemple…

Silence

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My Masse critique 1 : Journée lunaire d’Emmanuel Olivier aux éditions L’Altiplano

Merci à ceux qui m’ont supporté“. Telle est la phrase en exergue au premier livre de bande dessinée d’Emmanuel Olivier : Journée lunaire publié par les récentes éditions L’Altiplano. Tel pourrait être aussi le dilemme de Thomas, le personnage dépressif de cette bande dessinée placée sous les auspices de l’astre sélène , qui ne supporte plus sa vie, les autres, la société…

 

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On a tous connu une journée comme celle vécut par Thomas, le héros perdu de cette histoire. Journée sans lumière, journée sans âme. Journée noire et blanche comme le trait et les dessins de l’auteur. Ambiances sombres et quotidien désolant où l’on n’a plus envie de rien. Parfois, au détour du vol, de deux mouches, les pensées de l’auteur semblent se mélanger avec les propos du personnage. Thomas ne sait plus où il en est, proche de la folie, est persuadé que ses cauchemars se réalisent dans la vraie vie. Thomas vivra une journée explosive, libératrice pour atteindre la catharsis qui le libèrera de son quotidien, pour transformer ses cauchemars en rêve, retrouver une certaine sérénité, un autre rythme.

Graphiquement, sur ce premier travail publié, la force de l’histoire permet de faire passer les proportions parfois approximatives des personnages. On privilégiera les cadrages et cette utilisation judicieuse du noir et blanc pour les mises en situation grâce à une multiplication de traits incisifs pour créer du dynamisme.

D’après sa notice bibliographique, Emmanuel Olivier est né en 1983. “Après quelques tâtonnements, il s’est lancé pleinement dans la bande dessinée lors de ses études aux Beaux-Arts d’Épinal. Actuellement en quête d’un emploi, mais guère convaincu par la démarche, aussi commune soit-elle, il se demande, lui aussi, s’il a encore le droit de croire en ses rêves.”

Un jeune auteur à encourager…

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Cette critique est publiée dans le cadre de l’opération Masse critique du site Babelio.

Silence.