Archives pour la catégorie HUMEUR

Trois chansons en hommage

Georges Moustaki photo de Wikipédia.

   Georges Moustaki avait beau se faire discret ces dernières années, ses chansons pleines de soleil venaient souvent à ma rencontre.

   Aussi, la nouvelle ce matin du décès de l’artiste me donne-t-elle envie de lui rendre un hommage plus joyeux que triste, en partageant avec vous le bonheur de trois de ses chansons :

   Déclaration

http://www.youtube.com/watch?v=GSZYYC9-Ogw

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    Nadjedja

http://www.youtube.com/watch?v=Gd1D4fCHS_o

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    Les eaux de mars

http://www.youtube.com/watch?v=cx0mdhK1ZYQ

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Belle écoute !

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Réjane et Silence.

Tous nos voeux et une bonne année 2009

carte-voeux-2009-blog-rick-bass

Voici le texte du poème de Réjane :

Lions-nous

On l’mang’ra pas le monde

on l’mang’ra pas

ni à la chantilly

ni au vin blanc

on l’mang’ra pas en cassolette

on l’f’ra pas craquer dans nos dents

.

on l’chang’ra pas le monde

on l’chang’ra pas

les malades s’ront fatigués

les robustes auront la santé

les faibles s’ront couchés

les lions s’ront sur deux pieds

.

on l’rêv’ra grand le monde

on l’rêv’ra grand

plus grand que notre coeur

et celui du voisin

plus que notre quartier

et la ville d’à côté

.

on l’retap’ra le monde

on l’retap’ra

on l’bouch’ra au papier

on l’r’prendra au pisé

on l’colmatra au cerisier

on lui f’ra un masque d’beauté

.

on l’mang’ra pas le monde

on l’mang’ra pas

ni à la chantilly

ni au vin blanc

on l’mang’ra pas en cassolette

on l’f’ra pas craquer sous nos dents

.

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Réjane, ce matin samedi 3 Janvier 2009

La littérature au singulier, c’est fini tout ça !

Donnez un texte de Colette à une prof de français pour voir. En général, sa réaction est la suivante : les yeux tout d’abord, ils sortent des orbites. Les mains, elles tremblent. Quant à ses cheveux, ils se dressent sur sa tête. Oui, parce que la prof de français, Colette, elle adore, alors normal, elle réagit ! En même temps que son corps s’exprime, surgissent de sa bouche frémissante immanquablement ces cinq mots :

« Ce texte est très littéraire ! »

Voilà, le verdict est posé. Quand Madame la prof de français vibre à l’ingéniosité, la vivacité, la perspicacité du verbe, on a affaire à un texte littéraire.

Et quand Madame la professeur de français ne vibre pas, à quel genre de texte a-t-on affaire ?

Et bien, ça dépend, et toute la question est là.

Lorsqu’en 2002, Christian Poslaniec, didacticien et auteur jeunesse, publie son ouvrage « Vous avez dit littérature ? » (Hachette Education), et qu’il tente de situer la littérature dite « Jeunesse » dans le grand ensemble « Littérature », il nous montre une foule de choses, et elles sont plus passionnantes les unes que les autres.

Il nous montre par exemple, qu’aucun critère ne permet d’affirmer qu’un texte est littéraire, et que tel autre ne l’est pas. Ce qui signifie que quand Madame la professeur de français affirme du texte de Colette qu’il est très littéraire, elle fait preuve d’ignorance.

Il faudrait pourtant qu’elle le sache : Christian Poslaniec, démonstration à l’appui, le prouve. Le principe de « littérarité » d’un texte n’est pas interne à celui-ci. (Lire sur ce principe : ici et )

Voilà qui bouleverse quelque peu les certitudes. Mais alors, mais alors, et nos grands classiques ? Et le génial Jean Echenoz, et… Marguerite Duras, et… Françoise Sagan, et… Albert Cohen ? et… et…

Ben oui, mais non. Non non non, cent fois non. Le concept de littérarité est un fantôme. Il n’existe pas. Enfin si, il existe, mais pas dans l’absolu. Surtout pas dans l’absolu.

Il existe à un moment, à un endroit, pour un lecteur donné. Voir le billet précédent sur une phrase de Borges de mon colocataire de ce carnet numérique.

En effet, à chaque fois qu’un lecteur prend plaisir à lire une oeuvre, qu’il est étonné par elle, et qu’elle le transforme, alors, pour ce lecteur-là, à ce moment là, l’oeuvre est littéraire.

Mais revenons à notre vibrionnante prof de français. Colette la fait vibrer très bien. Mais Colette réussit-elle, dans l’absolu, à faire vibrer tous les lecteurs possibles et imaginables ? Sans doute non. Parfois, on est encore trop jeune pour vibrer à Colette. Parfois, on ne possède pas tous les codes nous permettant de vibrer à Colette. Peut-on vibrer de la même manière à vingt ans ou à quarante sur le roman d’Albert Cohen : Belle du seigneur ?

Mais d’autres textes nous font vibrer, à la lecture desquels notre prof de français ne vibre pas systématiquement.

Vous me suivez?

Tout jugement de valeur autre que le jugement personnel ne peut que se référer à la norme sociale.

En bon curieux, Christian Poslaniec ne s’en laisse pas conter. A la suite des explorateurs du fait littéraire que sont Italo Calvino, Umberto Ecco, Julia Kristeva, il part à son tour à l’aventure, et voyez-vous, il nous apprend qu’il nous faut maintenant changer de point de vue.

La littérature au singulier, c’est fini tout ça !

Beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît, le fait littéraire n’en est que bougrement plus intéressant !

Interactions écrivain, livre, lecteur, dialogue des textes les uns avec les autres, mise en rapport avec la notion de société, c’est véritablement un système qu’observe minutieusement Christian Poslaniec. Oui, la littérature au singulier, c’est bien fini. Que Madame la professeur de français le sache : depuis quelques décennies, on est passé de la littérature une à la littérature pluriel.

Nous en tirons un grand bénéfice. Celui de mieux comprendre, de moins simplifier, de plus relativiser.

Réjane

En ces temps commémoratifs, le mot Révolution…

En ces temps commémoratifs, comme on entend beaucoup de bêtises sur les malheurs ou les bienfaits de Mai 68 (Il suffit simplement de comparer les droits de l’époque actuelle avec l’époque d’avant 70 pour en tirer un bilan… positif…malgré tout), je vous propose la définition de Révolution selon le père de Marcel Pagnol… qui m’a toujours bien plu :

« Mon père expliquait à ma mère que, dans la société future, tous les châteaux seraient des hôpitaux, tous les murs seraient abattus, et tous les chemins tracés au cordeau.
« Alors, dit-elle, tu veux recommencer la révolution ?
Ce n’est pas une révolution qu’il faut faire. Révolution, c’est un mot mal choisi, parce que ça veut dire un tour complet. Par conséquent, ceux qui sont en haut descendent jusqu’en bas, mais ensuite ils remontent à leur place primitive… et tout recommence. Ces murs injustes n’ont pas été faits sous l’Ancien Régime : non seulement notre République les tolère, mais c’est elle qui les a construits ! »
J’adorais ces conférences politico-sociales de mon père, que j’interprétais à ma façon, et je me demandais pourquoi le président de la République n’avait jamais pensé à l’appeler, tout au moins pendant les vacances, car il eût fait en trois semaines le bonheur de l’humanité.
« 

(La Gloire de mon père /Marcel Pagnol. – éd. Livre de poche, 1967. –  p. 135)

Ca n’a rien à voir mais Marcel Pagnol était un grand ami d’Albert Cohen… Deux écrivains que nous devrions relire intensément… Pourquoi Albert Cohen est si mal connu ? Mystère… Je suis constamment surpris qu’il n’existe pas une grande biographie de Cohen qui montrerait son travail de diplomate et ses engagements…

Silence

Eloge de la lenteur par Jean-François Manier, éditeur

« Au risque de n’avoir plus à déguster, dans un avenir proche, qu’une littérature « fast-food », il me paraît urgent de résister aux pouvoirs grandissants des gestionnaires de la culture. Le livre est un tel enjeu qu’il exige d’autres critères de valeur que sa seule vitesse de rotation. Et je crois même que son irremplaçable richesse tient à ses lenteurs, à ses pesanteurs.

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Ce sont ces contraintes qui font du livre cette liberté qui dure. Oui, il faut un autre temps pour le livre : un temps pour l’écrivain face à son oeuvre, pour l’artisan face aux papiers, aux encres, le temps aussi pour le bibliothécaire en ses choix, le libraire en son commerce, comme pour le lecteur en son plaisir. Le temps, sans doute, que mûrissent les rencontres, que s’accomplissent les imprévisibles métamorphoses. Le temps du lent émerveillement.

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Celui de l’urgence d’aimer. »

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Recopié d’une carte postale éditée par Jean François Manier, Cheyne éditeur, 43400 Chambon-sur-Lignon