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Peintures de Marie Morel : un tour de petite aiguille, une éternité de bonheur

Marie Morel expose à Nantua (Ain), galerie de la Maroquinerie, jusqu’au 1er février 2014. Nouvelles peintures, horloges parlantes, duos de tableaux… L’artiste qui fait bien les choses a réglé les pendules à l’heure de la peinture.

Qui d’autre que Marie Morel peut accueillir les passants par une singulière famille d’horloges ?

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.Geste de bienvenue, résolutions pour l’année à venir, fantaisie dans le quotidien de la rue,

Marie Morel arrête le promeneur. Elle lui parle, et il n’a plus qu’à pousser la porte pour « Prendre le temps de voir une exposition ».

IL N’ Y A PLUS AUCUN PROBLÈME – marie morel 2013 ; LA DÉCLARATION D’IMPÔT D’UN PEINTRE – marie morel 2013

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Les peintures présentées sont récentes. Rien d’étonnant. L’artiste, on le sait, leur consacre beaucoup de temps, comme bousculée par une inspiration ne lui laissant que peu de répit.

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RICHESSE ET PAUVRETÉ – marie morel 2011

Elles sont précieuses. Témoins puissants de tout ce qui fait et défait la vie, elles offrent au visiteur l’occasion de contemplations uniques.

Elles rendent curieux. Et donnent envie à qui les découvre de les mettre en lien avec ce qu’il aime et connaît. Un visiteur attentif, présent le jour du vernissage de l’exposition, m’a relaté avoir abordé le peintre par cette question qu’il se posait :

« Peut-on comparer les petits cadres qui délimitent et composent les scènes qui fourmillent dans vos tableaux aux “cartouches“ de l’Égypte antique ? »

Ce à quoi l’artiste, désarçonnant son interlocuteur, lui a répondu : « On dit comme on veut. »

Le bavardage s’est alors poursuivi, ouvrant la discussion sur le rapport entre l’écriture et la peinture. Marie Morel en effet introduit parfois l’écrit dans sa peinture, en accompagnant par de petites phrases spontanées les scènes présentées. Ainsi, l’œil du spectateur oscille entre la phrase et l’image, ce qui interpelle et porte à réflexion : entre les mots et l’image, qui l’emporte ?

« Je suis peintre avant tout », affirme l’artiste. Un peintre qui jongle entre le signe et le mot, exprimant avec chaleur les douleurs et les réjouissances de la vie, ceci à l’aide d’images frappantes.

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RICHESSE ET PAUVRETÉ

 L’os pour la pauvreté.

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IL N’ Y A PLUS AUCUN PROBLÈME

Des pièces d’or incrustées dans la peinture.

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LA DÉCLARATION D’IMPÔT D’UN PEINTRE

Le diable.

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LA LETTRE D’AMOUR – marie morel – 2010

Des plumes.

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LA DANSE DES SOUS – marie morel -2013

De curieuses gymnastes exécutant une extraordinaire danse des sous.

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LE CHAMP DE COQUELICOTS – marie morel – 2012

Un champ de  coquelicots, peinture hommage à une amie et à la peinture toute entière,

signant une exposition exceptionnelle à inscrire sur son agenda sans faute.

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Peintures de Marie Morel

Galerie de la Maroquinerie, 15, rue de l’hôtel de ville, 01130 Nantua

du 3 janvier au 1er février 2014 uniquement les vendredis et samedis de 15h à 19h

Renseignements : Arts croisés en Haut-Bugey, 06 68 66 68 83

artscroisés.hautbugey@gmail.com

Réjane

Avec Réjane, nous avons consacré plusieurs billets avec ou autour de Marie Morel :

Une interview de Marie Morel en février 2009
Faire des choses avec ses mains… c’est aussi une lutte conte la surconsommation sans coeur et sans don de soi…

et une belle rencontre avec plein d’ami(e)s de Marie Morel : Marie Morel au château des Allymes en juillet 2011…

Enfin…

Le site de Marie Morel vous mènera aussi vers les ouvrages de Marie et notamment sa petite revue d’art REGARD que nous vous recommandons…

Réjane et Franck

Marie Morel au Château des Allymes

Dimanche 3 juillet, les membres de l’association des Amis du Château des Allymes fêtaient une peintre, Marie Morel, en les murs de l’ouvrage médiéval emblématique des hauteurs du Haut Bugey (Ain). Curieux, amis, proches, élus ont gravi le chemin qui aboutit au château, monument classé dominant la plaine de l’Ain.

 

Accrochés aux murs, les tableaux choisis pour l’exposition Marie Morel au Château des Allymes , visible du 2 juillet au 18 septembre 2011 au château.

 

Présentée dans une vitrine, la collection de courriers que l’ami écrivain Charles Juliet a, depuis plusieurs années, la joie de recevoir dans sa boîte à lettres.

 

Sous vitrine encore, un poisson/tableau questionne le visiteur.

 

Dans la salle de la tour ronde, la danse des pages de la revue Regard qu’édite Marie Morel :

Tous les amis sont importants, tous fêtent la beauté du jour où la reine est une peintre et le château un jardin. De la tour ronde à la tour carrée, dans les courtines, dans les escaliers en colimaçon, se croisent les visages ravis de celles et ceux venus jusqu’à ce petit bout du monde attraper un petit peu de Marie.

Puis, vient le moment d’interrompre la contemplation des tableaux, de rejoindre la cour haute du château et de guetter la levée de rideau de l’hommage musical et littéraire dont Marie fait l’objet.

 

Jean-Philippe Guervain, violoncelliste, ouvre le bal. Il a choisi Jean-Sébastien Bach. Des pièces assorties aux tableaux de Marie qu’il joue entre les lectures, par leurs auteurs, des lettres adressées à l’artiste.

La première lecture, qui est aussi la préface du catalogue de l’exposition, revient à Gaëlle Arpin-Gonnet, des Amis du château et hôtesse de l’évènement. Son texte, témoignant de l’apprivoisement du lieu par l’artiste, va nous permettre d’imaginer un autre pan de son travail .

 


Jean-François Dupont apportera une description de l’incroyable atelier de l’artiste. Paul Greffet mettra en voix ses pérégrinations intimes dans le labyrinthe de l’œuvre. Un modèle pour Christian Lux, d’une grande puissance créatrice pour Charles Juliet, Marie recevra tour à tour les compliments de ses amis.

Mais c’est sa maman, Odette Ducarre, avec qui je m’entretiendrai à l’issue des prestations, qui osera un mot très fort que, bien qu’il m’impressionne, je tiens à mentionner :

Voyant son enfant créer, l’accompagnant, l’encourageant, lui  » laissant tous les murs de sa maison  » et lui fournissant le matériel lui permettant ses explorations, Odette Ducarre me confie avoir compris tôt que sa fille était de la trempe des génies.

 

L’après-midi avance et dans la cour du château, l’ombre habille doucement la pierre.

 


On navigue encore, par couples ou en solitaires, dans les salles, escaliers et couloirs de l’édifice, des fenêtres duquel se dégagent des vues superbes. Marie, que je croise à plusieurs reprises, n’est pas encore disponible.

Elle dédicace des ouvrages ? Nous patienterons un peu. Un groupe de proches l’entoure ? Notre temps viendra.

 

Enfin, le moment tant attendu que j’espère arrive. Marie, qui s’est dépensée sans compter aujourd’hui et que les organisateurs et amis commencent à attendre à la crêperie du hameau pour diner car à force, il est vraiment tard, m’accorde un entretien.

L’interview débute au pied du donjon, tandis que tout le monde a déjà entrepris la  redescente au hameau de Breydevent.

Marie doit déplacer son véhicule au milieu de son propos ? C’est sans importance, le fil n’est pas perdu. Il faut à présent partir ? Soit. Me voici avec sa maman, dans le véhicule de Marie qui est au volant.

Le chemin présente des irrégularités et il y a un tout petit peu des ravins à droite… Mais le travail de Marie consiste aussi en la conduite de petits camions où pouvoir placer des tableaux parfois très grands, et elle s’en sort vraiment bien, car nous arrivons à bon port.

Mère et fille, complices, ont durant le trajet devisé gaiement, Marie, toute à la pensée du musicien qui a offert le relief musical à cette belle journée et avec qui, depuis quelques mois, elle étudie le violoncelle au conservatoire d’Oyonnax.

Avant de nous séparer, non sans nous être données rendez-vous au Petit Abergement, le village de Marie, mon petit dictaphone reprend du service, terminant de recueillir la parole attentive de l’artiste qui me fait face.

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Marie Morel : 

une peintre qui aime les écrivains

et que la musique rend heureuse

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Une fête chaleureuse vient d’avoir lieu au cours de laquelle de nombreuses personnes ont exprimé leur intérêt, sympathie, attachement à Marie.

Odette Ducarre, sa maman, vient de me le confirmer : Marie a commencé à peindre jeune. Alors, Marie va-t-elle pouvoir nous dire si l’attachement des gens pour son travail fut aussi précoce que sa propension à créer ?

François Solesmes était un ami des parents de Marie. Écrivain, il a  envoyé, tout au long de son enfance, des lettres superbes à la petite fille qui créait. Marie ne l’a pas oublié et pour cause : la personne qu’elle rappelle à son souvenir fut l’adulte le plus important s’intéressant, dans sa vie d’enfant, à son travail.

Adolescente, elle a beaucoup échangé avec le peintre Jean Dubuffet. Son secret ? Marie, c’est comme ça, va vers les gens qu’elle aime. Proche des mots, et, selon moi, écrivain à sa manière, la peintre, dont le père, Robert Morel fut un célèbre éditeur, compte des amis écrivains précieux, comme Claude-Louis Combet, qu’elle aime énormément.

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Le vernissage d’une exposition : un avant et un après

Mais revenons à la fête, au vernissage de l’exposition Marie Morel au Château des Allymes de ce 3 juillet 2011, et faisons un zoom sur la prestation qui vient de se dérouler dans la cour haute du château : des pièces de Jean-Sébastien Bach, jouées par le musicien Jean-Phillipe Guervain, les lectures des lettres adressées à Marie et, les précédant, le témoignage/préface de Gaëlle Arpin-Gonnet.

Une rencontre humaine

Ce texte, qui nous donne à entendre l’histoire de l’exposition, l’arrivée de Marie au château, les soins portés à l’installation, la magie de la rencontre, me plaît beaucoup. Il me suggère l’idée de demander à Marie de nous toucher deux mots sur cet aspect de son travail.

Le volet technique, avec ses contraintes propres, est prépondérant, mais Marie le souligne : l’installation d’une exposition est aussi une rencontre humaine avec les gens qui organisent, ce qu’elle trouve très riche, d’autant que les gens l’accueillent toujours très très bien.

Retrouver l’atelier

Trouver les pitons qu’il faut pour accrocher, voir quelles sont les lumières : le travail qui précède le vernissage d’une exposition est terminé au moment de la réception, aussi, tandis que ses amis la fêtent et que ses œuvres se préparent à engager durant tout l’été des dialogues avec les visiteurs qui monteront au château, Marie le sait : demain, l’autre vie, celle de l’atelier et du travail solitaire va reprendre.

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Les très grands formats 

Marie travaille en effet beaucoup, et l’atelier, de toute évidence, est vraiment son lieu central de vie. « Si on veut arriver à quelque chose, il faut être un peu ferme sur le temps passé à travailler« .

Un travail dont l’exposition Peintures récentes (Espace des femmes janvier-mars 2011) , qui présentait de nombreux tableaux (certains, comme Dans l’utérus, peints en 2011), rendait largement compte.

 » Oui, mais ce n’était pas des très grands formats «  me précise Marie, évoquant ici ces fameux tableaux aux dimensions gigantesques qu’elle adore peindre et qui ne peuvent être exposés que dans certains lieux ( comme à la Halle Saint-Pierre à Paris qui a consacré à l’artiste entre 2009 et 2010 une importante exposition monographique comprenant une quarantaine d’œuvres dont trente grands formats). 

Au château des Allymes, le visiteur ne verra pas de grands formats (de telles œuvres ne passent pas par la porte), mais c’est sans regret pour Marie, l’espace des salles se prêtant idéalement aux formats qui se sont invités au château.

Mais que ceux qui comme moi, traquent ces œuvres exceptionnelles de Marie ne désespèrent pas ! Le musée Paul-Dini, de Villefranche-sur Saône, (Rhône)  dans le cadre de l’exposition « Amours. Un été contemporain » (jusqu’au 18 septembre 2011) présente quelques très grands formats de Marie.

Les visiteurs pourront aussi, l’automne venu, se rendre au musée de Sens (Yonne), où, à partir du 15 novembre 2011, les grands formats seront visibles. Ces tableaux, dont la taille, pour la plupart, avoisine 2 m x 3 m, peuvent atteindre 6 m de long (Louise Michel, 2005).

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Jean-Sébastien Bach

 Marie adresse un petit signe à un ami :  » Au revoir, merci « ,  » Ce groupe est avec nous ? « ,  » Tu vas bien ma petite maman ? « .

La peintre est heureuse, c’est visible, perceptible. Et, bien que les arbres de cette nature touffue soient maintenant tous dans l’ombre, elle ne précipite pas l’entretien. Alors, on continue un peu. Le temps pour moi de réaliser à quel point la musique compte pour Marie, à quel point elle en a besoin pour être heureuse, à quel point l’interprète de Jean-Sébastien Bach a joué un grand rôle dans le déroulement de la journée. Et c’est bien vrai qu’il est superbe à contempler, le musicien qui nous convainc en do et en ré mineur qu’un tableau de Marie égale une pièce de Bach…  

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Réjane.

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En savoir plus :

Marie Morel au château des Allymes : télécharger le catalogue.

Retrouvez sur ce blog Marie Morel : 

Marie Morel, des tableaux qui parlent – 21 avril 2008

« Faire des choses avec ses mains… C’est aussi un peu une lutte contre la surconsommation sans coeur et sans don de soi » : rencontre avec Marie Morel, peintre – 9 février 2009

Marie Morel expose à Paris du 10 septembre 2009 au 7 mars 2010 : à ne pas manquer !

Si il y a une exposition qu’il ne faut pas manquer à Paris, c’est celle de Marie Morel. Rejane, ma co-blogueuse et moi, on adore son travail.

Marie Morel, quand elle vous envoie un courrier – elle vous envoie par exemple sa petite revue d’art : Regard -quand elle vous envoie un courrier, soit l’enveloppe est décorée, personnalisée ou bien, en l’ouvrant, vous avez des étoiles découpées en vert, en rouge qui tombent de l’enveloppe comme des étincelles de la baguette magique de la fée !

Si vous ne connaissez pas encore Marie Morel, nous avons consacré déjà deux billets sur ce blog à son travail : Marie Morel, des tableaux qui parlent (21 avril 2008) et puis Réjane avait rencontré en février 2009 Marie : « Faire des choses avec ses mains… C’est aussi un peu une lutte contre la surconsommation sans coeur et sans don de soi » : rencontre avec Marie Morel, peintre.

L’exposition c’est où ? C’est à la Halle Saint-Pierre à Paris dans le 18ème, pas loin de Montmartre…

marie morel paris halle

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marie morel paris halle dos

Réjane et Silence

« Faire des choses avec ses mains… C’est aussi un peu une lutte contre la surconsommation sans coeur et sans don de soi » : rencontre avec Marie Morel, peintre

Je suis allée ce dernier mardi de Janvier retrouver la peintre Marie Morel chez elle. C’était à la tombée de la nuit. Entre le moment où Marie travaille dans le local où elle peint, et celui où elle s’active dans deux pièces du rez-de-chaussée de sa maison où elle a ses livres, ses objets, ses matières à créer, et où elle a l’ordinateur sur lequel elle passe du temps le soir à faire ses catalogues.

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La route du Petit Abergement, le village où vit et travaille Marie

Je suis très fière d’avoir pu passer deux heures avec elle.

De l’avoir suivie dans le dédale de ses ateliers.

D’avoir vu, posée sur sa table, une enveloppe de sa composition qui allait partir pour la Corse ravir les yeux d’un grand ami à elle.

D’avoir été là au moment où un ami écrivain l’appelait au téléphone.

Très fière, oui.

Car Marie Morel est peintre, et que ses tableaux me subjuguent.

J’étais allée au mois de mai 2008 au musée Faure d’Aix les Bains voir ses tableaux et j’avais fait part de mes impressions sur ce blog. Je n’avais, depuis, cessé de me questionner sur l’artiste. Je m’étais construit des explications sur sa démarche. J’avais supposé des tas de choses.

Il était vraiment temps que je rencontre Marie, et que ce soit elle qui parle d’elle, car mes suppositions, mes pistes de réflexion, étaient parfois loin de la vérité…

R : Ta peinture, que j’aime admirer, que nous aimons tous admirer, me semble être directement accessible par tous, et au premier regard.

Est-ce que créer un tableau pour toi, c’est inventer un chemin pour la pensée et l’imaginaire que tout le monde peut prendre ?

M M : Non. Je ne me soucie absolument pas des autres en travaillant. Je cherche en moi-même. C’est très égoïste.

R : Mon impression est que quand on regarde tes tableaux, tout le monde peut y accéder, mais est-ce que tu as remarqué ça ?

M M : Oui, bien sûr. Après les gens prennent ce qu’ils veulent dans mon travail, mais c’est deux choses. Le travail dans l’atelier c’est très personnel et ça ne concerne personne. Après, le travail exposé concerne tout le monde, et il ne me concerne plus à la limite. Une fois que c’est exposé pour moi c’est fini.

R : Tes tableaux sont très structurés, et il y a des règles incontournables auxquelles tu ne déroges pas :

– tu remplis tout l’espace de la toile ;

 

– tes couleurs sont liées entre elles : une teinte se transforme en une autre dans la continuité et jamais dans la rupture ;

 

– il y a toujours des répétitions de motifs, des assemblages, qui se répartissent régulièrement sur la toile.

 

Cette douceur de forme semble être là pour rassurer l’âme. Est-ce que créer un tableau pour toi, c’est offrir un écrin rassurant à l’âme ?

M M : Non, pas du tout. Non, chacun prend ce qu’il veut du tableau fini. J’ai remarqué d’ailleurs que quand quelqu’un me fait une analyse d’un tableau, et que je passe à une personne suivante, elle me fait l’analyse opposée. Donc, c’est très subjectif. C’est très personnel à chacun, comment on regarde une peinture.

Par contre, sur le fait que je remplis tout l’espace :

Il n’y a pas beaucoup de peintres qui ne remplissent pas tout l’espace, parce que quand on a un format donné, on le peint. Je connais très peu de peintres qui ne remplissent pas tout l’espace : ce serait un non-sens par rapport à ce qu’on voit. Ca me paraît très étrange.

Quand on va dans un musée, les tableaux, même depuis l’époque du moyen-âge, sont peints entièrement. Quand on voit des tableaux de Jérôme Bosch, il n’y a pas un morceau de la toile qui n’est pas peint. Et à toutes les époques. Quand on voit Fragonard, Goya, puis plus près Bonnard, Monet, tout ça c’est tout peint.

R : Tes tableaux se regardent de loin, de près, mais aussi de très près.

De loin, le visiteur contemple un tableau qui présente l’unité d’une œuvre monochrome.

De près, il prend connaissance du tableau en en observant l’unité de motifs.

De très près, il découvre que le tableau est fait d’une multitude de peintures, parfois serrées dans des cadres, toutes qui se ressemblent, et pourtant toutes différentes.

Le visiteur alors se retourne. Il embrasse du regard la galerie où sont peints les tableaux, et là, que voit-il ?

Il voit plusieurs tableaux qui sont tous différents et qui pourtant se ressemblent.

Est-ce qu’on peut dire que dans chaque tableau de Marie Morel, il y a, mise en scène, la profonde unité de son œuvre ?

M M : En fait, je ne fais que peindre ce que je vois, et dans la vie, c’est comme ça. Quand on est loin, on voit un ensemble. Par exemple, on se met loin d’une forêt, on voit quelque chose de vert qui est très étrange et qui vibre. A mi-chemin, on se dit que c’est peut-être des arbres. Et de très près, on voit tous les détails : les feuilles, les petites bêtes. Je ne fais vraiment que peindre ce que je vois, comme un peintre très classique.

R : Et le fait qu’il y ait ces assemblages ?

M M : Il suffit de regarder la vie c’est comme ça. Je n’ai pas l’impression de tricher dans ce que je vois. C’est vraiment ça. Par contre, quand je peins un être, il se dédouble, parce qu’un être est multiple, et j’ai besoin de le cerner de partout. C’est peut-être pour ça que je le répète, pour essayer de le cerner vraiment.

R : Nous n’avons pas parlé de la dimension de tes tableaux. Ils sont de taille importante, mais peuvent aussi être assez petits. J’imagine qu’avant même d’entreprendre la mise en œuvre de ta création, tu sais déjà quel format choisir pour ton tableau ?

A quoi tient ton choix du format ?

M M : Alors, je déteste faire des petits formats. Mais vraiment, ça me fait mal au cœur, et je ne le fais uniquement que pour vivre, parce que je suis peintre et je n’ai pas d’autres moyens de gagner ma vie. C’est une souffrance, mais je le fais.

R : Est-ce que c’est quand même en rapport au sujet ?

M M : Non, non. Après, j’essaie de faire au mieux quand je fais des petits formats, mais ça ne me concerne pas. C’est uniquement alimentaire, et plus c’est grand, plus ça me plaît. Mon désir chaque fois c’est de faire une grande œuvre.

R : Et ça, ça a évolué au fil du temps ?

M M : Non, c’est depuis toujours. Oui, j’ai toujours aimé les grands formats, et je suis malheureuse dans les petits formats. Mais les galeries n’arrivent pas à tourner avec les grands formats, les peintres non plus, donc, c’est la seule façon de pouvoir continuer de peindre. Et merci à tous ces gens qui m’en achètent. Les gens sont très heureux, ça amène aussi du bonheur aux gens, parce qu’il y a beaucoup de gens qui ne pourraient pas s’acheter un grand tableau, et ils sont vraiment contents d’avoir un petit tableau, donc, c’est peut-être un réconfort.

R : L’écrivain Christian Poslaniec, qui a donné en Octobre dernier le premier entretien de ce blog, dit qu’il écrit pour laisser des traces de ce que la vie a de sidérant.

Tu peins la joie

l’amour, le plaisir, l’injustice,

la tristesse

Tu peins la nature

les arbres

Tu peins la femme les oiseaux

Tu peins la liberté, le bonheur

Tu peins la nuit

Tu peins le malheur

Tu peins le temps

Tu peins la solitude

Est-ce que tu peins car la vie te sidère ?

M M : La vie me sidère, ça c’est sûr.

Mais est-ce que je peins pour ça ? Sûrement pas, je peins car c’est impossible de faire autrement, c’est comme ça. C’est depuis le début de ma vie que je suis amenée à peindre. J’ai commencé toute petite, à deux ans, peut-être à un an et demi, je ne sais pas. Toute petite, et je n’ai jamais arrêté. C’est une force qui est en moi qui n’est même pas analysable. C’est tellement gigantesque que c’est même complexe à gérer parce que c’est vrai que ça m’oblige à beaucoup de choix. Ça m’oblige à des choix de travail, à une concentration, à beaucoup de choses.

Mais la vie me sidère malgré ça. C’est sidérant cette vie, éblouissant. Et c’est aussi tragique, c’est mélangé, c’est vraiment étonnant.

Mais peindre, non, ça ne s’explique pas. Je pense qu’il y a des gens qui naissent avec des envies plus fortes que tout. Une évidence. Qu’ils sont faits pour ça. Mais moi, ça s’est imposé totalement et à neuf ans, je disais sans faille : je serai peintre et puis c’est tout. Et puis petit à petit, j’ai compris que ça pouvait être aussi un métier,  parce que j’en vis,  mais au départ c’était une évidence :  je serai peintre.

C’est d’ailleurs pratique pour les parents car ils n’ont pas à s’inquiéter, l’enfant est sûr de lui.

C’est vrai que je n’ai jamais eu de doute. C’est aussi un avantage. Il y a des peintres qui doutent, qui hésitent, qui sont parfois mal. Je n’ai jamais eu aucun doute.

R : Jamais ?

M M : Jamais, jamais. C’est comme si j’avançais sur un chemin totalement sûre de moi.

R : Sans souffrance ?

M M : Non. Ce qui est douloureux, c’est le manque de temps. C’est vrai que j’ai des peintures qui sont très longues à faire. Quand je vois des amis peintres qui arrivent à faire une grande toile en une journée, ça me sidère. Moi, c’est deux mois de travail.

R : Deux mois ?

M M : Oui, parfois. C’est vrai que c’est long, quand on passe des heures et des heures sur la même peinture. Donc ce qui est douloureux est toujours un manque de temps. Il faut faire des choix et il y a des tableaux qui ne se font pas par manque de temps.

R : On ne peut pas parler de toi sans faire venir le mot Rencontre.

Tu t’es toujours intéressée aux autres. Tu leur as toujours écrit.

Enfant, tu prenais ta plus belle plume pour écrire aux peintres que tu admirais.

Je crois que tu l’as fait ça, souvent non ?

M M : Oui, aux peintres et aux écrivains surtout. Parce que j’étais dans un milieu, à cause de mes parents, très littéraire. Donc, il y avait beaucoup d’écrivains qui gravitaient autour de nous. Je leur écrivais quand j’aimais bien leurs livres pour leur dire que ça me plaisait. J’ai pratiquement toujours eu des réponses parce que quand un enfant écrit à un adulte, l’adulte est touché. Je me souviens que le premier, j’aimais beaucoup ses livres, c’était Gilbert Cesbron.

J’ai eu des parents qui m’ont toujours poussée à agir. J’ai eu beaucoup de chance car je suis née dans une famille…bien.

R : Ta maman architecte…

M M : Elle est peintre au départ et elle a fait beaucoup d’architecture par la suite. Et mon père était éditeur et écrivain. Ils ont eu la sagesse de s’émerveiller et d’aimer leurs enfants, et de les pousser à faire. Chaque fois qu’on faisait quelque chose, ils étaient très heureux et un enfant, il n’y a que comme ça qu’il avance.

Ils admiraient systématiquement, sans jamais critiquer la moindre création. Alors, c’est la confiance absolue pour un enfant.

R : Comme ta maman était peintre, elle aurait pu être un peu directive…

M M : Non, non. Au contraire. Quand des gens nous gardaient, elle les mettait en condition. Elle leur disait : vous ne leur dites rien, ils font ce qu’ils veulent. Vous leur donnez le matériel et c’est tout.

Mais très étrangement, elle m’a aussi donné des cours d’eau forte et de fusain à six, sept ans. C’est un âge où en principe, on n’apprend pas ça. Elle m’a appris la valeur des ombres, des choses inattendues.

R : Depuis plusieurs années, tu édites l’extraordinaire petite revue Regard qui vient de publier son cent deuxième numéro. La peinture, tu dis l’avoir apprise par les rencontres que tu as faites. Pourtant, tu dis te sentir parfois étrangère dans une assemblée, et le plus clair de ton temps de travail s’effectue dans la solitude.

Comment parviens-tu à équilibre ton besoin de solitude et ton bonheur de l’autre ?

M M : La peinture, je ne l’ai pas du tout apprise par les rencontres. La peinture, c’est uniquement en moi-même et par ma perception des choses que ça s’est installé. Par contre, les rencontres sont extrêmement importantes pour des tas d’autres choses. Mais la peinture, c’est vraiment quelque chose de solitaire. Ça ne s’apprend pas à la limite. Je n’ai pas l’impression d’avoir appris à peindre. J’ai l’impression d’avoir puisé en moi dés le départ quelque chose et d’avoir laissé la possibilité d’exprimer mes émotions. Je dis. Je sors de moi ce trouble de l’émotion, cette réflexion. Mais je n’ai jamais appris. Je donne. J’enlève un peu de ce que j’ai en moi que je mets dans ma peinture.

R : Et cette idée du rapport entre ton besoin de solitude et ton bonheur de l’autre, il n’y a pas de souci, ça s’équilibre naturellement ?

M M : Non, parce qu’il y a des moments plus durs que d’autres où je dois, en faisant un peu de la peine aux autres, leur demander d’être seule. Je n’aime pas faire de la peine alors ça m’ennuie toujours un peu quand quelqu’un m’invite à manger, de dire : c’est pas possible, je travaille.

Ce besoin de solitude oblige à des choix, ou à des privations. C’est vrai que je vais très très peu au cinéma, que je ne vais pas à des soirées (sauf exception car il en faut quand même), mais je m’impose un rythme de travail vraiment rigoureux.

Mais c’est comme un athlète. C’est exactement la même chose. Il n’arrivera pas à gravir ce qu’il veut gravir s’il n’a pas son entrainement ou s’il n’a pas travaillé. Je crois qu’on ne peut pas peindre profondément en le faisant comme ça, une fois de temps en temps. C’est vraiment une vie consacrée à ça.

Mais bon, je m’autorise quand même des plaisirs.

R : Tu n’es pas quelqu’un d’isolé ?

M M : Non, non, pas du tout. Je suis aussi quelqu’un qui fait énormément de choses en peu de temps.

R : Tu es efficace ?

M M : Oui.

R : Pour les choses matérielles tu veux dire ?

M M : Pour tout. J’essaie de tout équilibrer pour ne pas perdre de temps, et que ce soit bien aussi, pour laisser beaucoup de place à la peinture.

R : Il doit te falloir beaucoup d’énergie ?

M M : Oui, ça j’en ai. Je n’ai jamais eu de problème de baisse d’énergie. Il y a une puissance en moi qui sidère un peu mes proches.

R : Tu fais plein de choses. Tu peins des tableaux. Tu édites la revue Regard. Tu publies des livres avec tes amis écrivains. Il y a sûrement encore beaucoup de choses ?

M M : Il y a surtout la musique.

R : La musique aussi. Donc tu joues tous les jours ?

M M : Je joue environ une à deux heures de piano par jour, ce qui est important quand même pour quelqu’un qui ne fait ça que pour son plaisir. Ça, c’est nécessaire. C’est un peu comme les enfants à l’école qui ont besoin de la récréation. Le travail est sans arrêt coupé par des moments au piano, plusieurs fois dans la journée. Ca varie entre quatre ou cinq fois par jour.

R : Tu joues des pièces que tu connais déjà ou tu en travailles régulièrement de nouvelles ?

M M : J’apprends constamment de nouveaux morceaux. Il y en a tellement. J’ai mes préférés que je rejoue sans fin aussi. Et le préféré de tous c’est Jean Sébastien Bach. Il passe avant tout le monde.

R : Il y a une pièce de Bach que tu préfères ou c’est Bach en général ?

M M : Tout ce qui me tombe sous la main m’intéresse. J’adore les Préludes et Fugues,j’adore les Suites. Il y en a tellement. Il a tellement écrit.

R : Est-ce qu’on pourrait faire un parallèle entre composer une musique et composer un tableau ?

M M : Je ne sais pas. Moi, je ne suis pas compositeur, alors je ne sais pas du tout. Je pense que Bach atteint parfois le sacré, le sublime, une émotion qui dépasse le travail des notes sur le papier. Le peintre y arrive parfois.

Je trouve que la composition musicale serait plus proche de l’écriture parce qu’il y a des règles de composition qu’on n’a pas en peinture. On est plus libre en peinture. On fait pratiquement ce qu’on veut. Alors que dans l’écriture, on ne peut pas mettre les mots n’importe comment. Si on veut faire un travail logique, on ne peut pas faire n’importe quoi en écriture. Et en musique non plus. Donc, ce serait peut-être plus proche. En peinture, on a une liberté vraiment très très grande.

R : Ma question se terminait de la façon suivante, mais tu y as déjà répondu.

Tu travailles sans cesse ? Je pense que c’est oui ?

M M : Oui.

R : Je crois savoir que ta situation économique n’est pas parfaitement idéale, ou bonne. Qu’il te faut te questionner sur comment gagner de l’argent? On en a parlé en évoquant tes petits formats tout à l’heure. J’aimerais qu’on puisse parler de ça car je trouve choquant qu’une artiste qui donne tout son temps pour offrir à ses semblables des œuvres qui les touchent, qui leur parlent, qui les transforment, puisse se trouver dans le besoin. C’est le cas ?

M M : C’est une situation qui est totalement instable. Donc il peut y avoir un mois où ça va, et les trois mois suivants, c’est la catastrophe. Oui, c’est vrai que ce n’est pas facile, mais je préfère ma liberté et peindre que de faire un métier que je n’aimerais pas faire.

R : Mais tu y arrives toujours ?

M M : Quand je n’y arrive pas j’ai des amis qui m’aident. Il y a des gens qui pensent que mon activité de peintre est importante, et ils m’aident.

R : Tu n’es jamais dans l’inquiétude totale ?

M M : Si, il y a des moments où c’est vraiment dur. Mais à la limite du précipice, il y a toujours quelqu’un qui vient me tirer par la main. C’est très étonnant ça.

Je crois que ce qui me rend un peu triste, mais peut-être un jour ça changera, c’est de ne pas avoir un grand atelier chez moi. On me prête un atelier, qui est très grand, et c’est merveilleux, mais j’adorerais avoir un grand atelier à moi.

Dans cette maison où on est, c’est des petites pièces. C’est une maison de location donc j’envahis l’espace comme je peux. Je pense que c’est quelque chose qui me manque. Mais qui n’est pas grave puisque je travaille quand même.

R : Serais-tu d’accord pour parler de ton tableau sur la Shoah ?

M M : Oui.

R : L’an dernier, tu avais entrepris cette œuvre. Il me semble avoir entendu une interview où tu disais : je vais commencer un tableau sur la Shoah. Et il y a quelques années, ça je l’ai lu sur une revue, tu disais que tu ne parvenais pas à aborder tous les sujets, et que notamment, le sujet de la Shoah, à cette époque en tous cas, te semblait être un sujet trop grave pour que tu l’abordes dans ta peinture.

Comment, finalement, as-tu franchi le pas ? Est-ce que tu as continué à travailler sur ce tableau ? Qu’est-il advenu de ce projet ?

M M : Ce sujet me travaille depuis vingt ans au moins. Un jour, j’ai fait un tableau qui s’appelle Le livre raté, qui est un tableau sur un sujet personnel. Ce tableau m’a fait comprendre visuellement le corps en détresse. C’est très étrange. Et du coup, j’ai senti comment j’allais construire ce tableau sur la Shoah. C’est allé très vite. J’ai ensuite acheté énormément de livres, et j’ai essayé de peindre au mieux entre ce que je sens et ce que c’était. Ce tableau a duré assez longtemps, six mois, et m’a rendu malade de chagrin. Ça a été un des tableaux les plus durs à faire, et puis voilà, j’ai réussi à le faire.

R : Il a déjà été exposé ?

M M : Oui, il a été présenté à une exposition dans l’église Saint Louis à Bar Le Duc.

Et ça m’a causé un problème d’ailleurs, parce que je me suis aperçue que quand j’amène cette œuvre (qui fait six mètres de long), je ne peux pas me permettre d’amener des tableaux par exemple érotiques dans la même exposition. Il y a une sorte de respect dans l’espace exposition. Il n’ a été montré pour l’instant qu’une fois. J’ai construit cette exposition en le mettant en position centrale et en l’accompagnant de tableaux uniquement sur des pensées et des arbres.

R : Tu as adapté toute l’exposition à ce tableau ?

M M : Oui, et je sens qu’on ne peut pas faire autrement.

R : Ce qui veut dire qu’il ne sera peut-être pas souvent exposé ?

M M : Non, d’autant que j’ai eu un problème technique. C’est à dire que les planches ont gondolé. Donc je les ai mises sur une planche très très dure et du coup, il est très lourd.

R : Est-ce qu’une œuvre comme ça ne pourrait pas être acquise par des associations qui ont vocation de mémoire, comme la maison d’Izieu ?

M M : On m’a proposé de le mettre à Paris mais je ne suis pas d’accord, car ce serait enfermer ce tableau dans un lieu où il y a déjà tout pour réfléchir.

Donc je trouve que ce serait plus intéressant qu’il arrive comme ça dans un centre d’art, ou dans une église ou dans un lieu culturel où les gens ne s’y attendent pas. Je pense que c’est plus intéressant pour ce tableau qu’il voyage ailleurs.

R : Donc cette peinture a bien été réalisée, mais elle t’a rendue malade de tristesse.

M M : Oui, ma galeriste m’a dit Marie, il faut vous arrêter, vous êtes en train de vous rendre trop malheureuse. Mais c’était impossible d’arrêter. Étrangement, les photos m’ont encore plus bouleversée que les textes des gens qui ont vécu ça ou qui étaient présents. Quand on observe des photos, c’est un choc encore plus gigantesque. C’était une de mes peintures la plus dure à faire.

R : Tu adresses toujours aux personnes qui sont abonnées à la revue Regard des petits mots qui sont des appels à contempler la nature, à avoir des projets, à être heureux, à aimer, à rencontrer, mais aussi à créer. Dans ces petits mots qui accompagnent la revue, tu nous dis que tu considères créatifs les gestes simples de partage. Est-ce que créer, c’est partager ?

M M : Ça dépend. Oui et non.

R : Tu es une des premières artistes que j’ai entendu dire que broder quelque chose, faire un gâteau, toutes ces petites choses de la vie, c’est déjà de la création.

M M : Oui, bien sûr. Tout ça, on partage. Mais par contre dans mon propre travail de peintre, quand je travaille, je ne partage pas, pas du tout. Sauf si je fais un tableau pour un ami pour son anniversaire, ou alors si je fais un courrier car j’écris beaucoup de lettres, mais ça, c’est autre chose. C’est une création qui est pour les autres. Mais dans les peintures, les tableaux, il n’y a pas de partage.

Mais j’aime la création, j’aime la vie. J’aime la vie partout. Je suis une boulimique de la création. C’est pour ça que j’ai énormément d’amis peintres et créateurs. Et puis, j’aime que les gens autour de moi osent créer et soient heureux de tous ces actes.

R : Oui, j’avais vu une fois, tu avais envoyé un petit mot qui accompagnait la revue Regard consacrée à quelqu’un, Jacques Lefebvre, qui confectionne des gâteaux. Et tu disais qu’il n’y avait pas de frontière entre créer des gâteaux et être artiste. Et je crois que c’était à partir de là que tu avais parlé des personnes qui brodent, de toutes ces personnes qui font des choses dans leur vie, des choses simples, des personnes qui ne se disent pas artistes, mais qui créent.

M M : Je trouve que c’est de très belles valeurs de faire des choses avec ses mains. Ses mains et son cœur. C’est rassurant par rapport à l’humanité. C’est aussi un peu une lutte contre la surconsommation sans cœur et sans don de soi. J’adore voir des gens qui font des choses. Pas seulement dans la création artistique. J’adore voir mon voisin quand il fait son jardin. J’aime que les gens fassent de vraies choses. »

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Quelques photos avant de conclure…

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La maison de Marie est décorée d’étoiles

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Marie travaille dans trois endroits différents. Elle peint ses grands tableaux l’après-midi dans un local qui lui est prêté, et a aménagé deux petites pièces du rez-de-chaussée de sa maison en ateliers.

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« Les arbres dans la forêt » (détail)

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Marie Morel vient de terminer un tableau : « Les arbres dans la forêt », qui est un grand tableau, fabuleux, que j’ai hâte de voir exposé.

Peut-être le sera-t-il à la prochaine grande exposition des oeuvres de Marie, qui aura lieu à partir de début septembre 2009 à la Halle Saint Pierre à Paris et se terminera en février 2010 ?

« Les Fantasmes secrets de la nuit », autre grand tableau fabuleux, y sera-t-il aussi ?

En attendant le mois de septembre pour le savoir, il est possible de retrouver cette œuvre en livre, grâce aux éditions Chalut-Mots, qui ont décidé de consacrer une collection à la peinture de Marie.

Nous voici comblés !

Réjane

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Pour info : Réjane est conteuse et propose un nouveau spectacle autour des Mille et une nuits. Toutes les informations sont disponibles sur le blog : le livre qui est magique.

Merci

Silence

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Addenda : sur le blog Les gris-gris de Sophie : Marie Morel à la Halle Saint-Pierre.

 

Marie Morel, des tableaux qui parlent…

Hier, je suis allée visiter les œuvres que Marie Morel, peintre, expose depuis Vendredi 18 avril et jusqu’au 16 Juin 2008 au Musée Faure à Aix les bains (73).

Marie, c’est une rencontre. Une histoire belle comme un poème. Voir ses œuvres en vrai. Depuis le mois d’octobre 2007, date à laquelle j’avais eu l’occasion d’échanger quelques mots avec l’artiste, j’en rêvais. J’avais pu voir un petit échantillon de son travail.

J’avais lu et dévoré des yeux des ouvrages qui lui étaient consacrés, mais c’était tout. Enfin non. J’avais aussi écrit à Marie Morel, et elle m’avait répondue. Nous devions nous rencontrer au mois de Novembre, puis, cela ne s’est pas fait. Les fêtes de fin d’année sont arrivées là-dessus, et nous avons reporté à 2008.

Je ne verrai finalement Marie qu’au mois de Juin. En effet, l’artiste, qui a accepté de me consacrer un entretien pour ce blog, est débordée de travail, et elle ne sera pas disponible avant.

Mais l’exposition, qui a lieu au Musée Faure à Aix les Bains, c’est maintenant ! Et elle se termine le 16 Juin 2008.

Me recueillir devant les tableaux de Marie. Penser. Réfléchir. Rêver.

C’est ça que j’ai fait au Musée Faure hier. J’ai pris des notes aussi. Beaucoup. Car, et il faut le savoir, Marie accompagne souvent ses tableaux de mots. Pour moi, ces mots, ils sont des poèmes. Mais jugez plutôt :

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Emerger de l’espace

et peut-être s’envoler

dans les sensations

comme la plume qui

caresse mes mots

mots de ci

mots de là

mots d’amour

et de désir

mots tout au fond de moi

mots des limbes

du mystère

(Tableau L’espace intérieur, 1,34m/1,74; 2004)

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Dans les tableaux de Marie, les mots, et c’est visible, se sentent bien. Mais comment ne pourraient-il pas se sentir bien, dans les tableaux de Marie ? Si justes, si vrais, si beaux.

Le premier que j’ai vu :

L’arbre est en fleur, est immense. Et il est extraordinaire. Plein d’oiseaux, de mots d’amour, plein de bonheur.

Le dernier : Pensées, m’a laissée triste. Me donne envie de réconforter l’artiste. De lui dire, si, l’amour, toujours revient.

Entre l’un et l’autre, Tu es mon amour explose.

Les fantasmes secrets de la nuit est comme éclairé à la bougie du désir.

L’espace intérieur, mon âme y est entrée. Et le tableau lui a parlé. Il lui a dit :

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et à chaque souffle de la vie

oser la conscience de dire

oser peindre

oser être

au plus secret

au plus près de l’essentiel

au coeur de l’espace

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L’ exposition des tableaux de Marie Morel :

au Musée Faure, 10 boulevard des Côtes, 73 100 Aix-les-Bains, Tél. : 04 79 61 06 57

Exposition ouverte jusqu’au 16 Juin 2008.

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Ne la ratez pas !

Réjane.

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En savoir plus : pour découvrir le travail de Marie Morel et son univers…

Un livre magnifique : Marie Morel peintre : entretien avec Charles Juliet . – Créteil : YMNA, 2004. -ISBN 2-9521735-0-8. Le monsieur qui a fait le livre se nomme Eni looka et il se définit comme un alchimiste multimédia. Il est fabuleusement talentueux aussi…