Archives pour la catégorie Le Souffle

Le regard

Tout ce qui a été dit, écrit, pensé, chanté, peint… ne dépend que d’une chose : le regard.

On pense : Que faire de nouveau qui n’a pas déjà été dit ?

Tout

Tout est toujours à refaire, redire, reformuler… Inventer de nouvelles images ou de nouvelles musiques…

Tout, dépend du regard,

de l’oeil,

de l’angle de vue…

.

lights.jpg

Silence

Nous avons horreur de la liberté…

Le débat sur les limites est un débat biaisé puisque la censure – si ce n’est l’auto-censure – existe bel et bien, en permanence, puisque que l’on est toujours borné par ses limites, celles de sa morale, de son temps, de son pays et le seul progrès dont nous soyons capable est de pousser continuellement les murs qui nous entourent. Nous avons horreur de la liberté et de ce qu’elle signifie vraiment, horreur de la multitude et du choix. Tout, plutôt que de choisir. Grandir ?
Silence

Il n’y avait pas de pureté…

Sègre regardait la feuille de l’arbre, tombée à ses pieds. Brune, comme l’automne. Sègre observait les nervures mortes de l’envolée perdue dans le monde. Combien, étaient-elles ainsi, partie sur les flux et reflux du vent ? Pareilles aux idées, ces mortes balançaient autour de la terre, attendant leur hôte, espérant cette hospitalité. Il n’y avait pas de pureté. Sègre pensait : nous avons besoin d’une gangue, d’impuretés pour résister, pour renaître à nouveau quand le conforme se plaît à nous faire perdre la tête et le sens de nos sens.

Il n’y avait pas eu de quête. Sègre avait pris conscience insensiblement des interactions qui existaient entre lui et le monde, entre lui et les autres, puis les choses, puis les actes et les idées. Toutefois sans trop savoir pour ces dernières, ce qu’il fallait considérer comme le plus important. Tant d’idées dans ce monde et encore plus d’actes, d’actes manqués aussi. Petit à petit cependant, doucement, le chemin de Sègre s’était tracé dans cette jungle inorganisée, ce chaos incontrôlé. Mais, il n’y avait pas eu de quête, il n’y avait pas eu forcément un but au chemin. Le chemin était le but. Il était trop tôt, trop de personnes devaient encore emprunter ce sentier escarpé, et les obstacles continuaient de s’accumuler. S’il y avait progrès, combien de retours en arrière ? Il aimait songer à l’idée de l’estuaire d’un fleuve. Le fleuve se jette à la mer. Toutefois, avant de mélanger l’eau douce à l’eau salée, que de tourbillons. Il rêvait d’introduire un produit fluorescent pour visualiser ces différents courants. Et prendre une photo aérienne. Il lui semblait que c’était exactement cela l’image des idées des hommes. Un fleuve se perdant dans un infini plus grand que lui. Les idées y gagnaient le sel. Une épice de plus. Une saveur.

Silence

La question : est-ce que la foi des Hommes est respectable ?

« La question : est-ce que la foi des hommes est respectable ? La réponse est non. La foi est une opinion, souvent une béquille et malheureusement parfois une certitude. Seuls les hommes sont respectables. Leurs fois sont si diverses, chacune désirant fédérer l’autre, coûte que coûte, bien souvent avec le sang de leur voisine. La foi est parfois une abomination, ennemie de la raison et du doute. Elle est toujours sûre d’elle, sûre de ses bienfaits… Trop sûre d’elle. Il était une foi, et puis une autre, et encore…des morts. Sègre préférait le il était une fois, des histoires. Mais, peut-on dire ou écrire : la foi des hommes n’est pas respectable. Non, on ne le peut pas. C’est une crime de lèse droits de l’homme. On ne sera pas écouté car le texte des droits de l’homme est une autre foi : une croyance envers le progrès de la bonté et de la sagesse des hommes. Nous vivons entourés par les certitudes et des absolus qui nous dépassent. Le lazzi est notre punition dans le meilleur des cas.« 
Silence

Il n’y aurait plus d’utopies, plus d’histoire, plus de temps…

Il n’y aurait plus d’utopies, plus d’histoire, plus de temps. Plus rien. C’est un cycle, le cycle des fins. Il est de retour aujourd’hui. Il symbolise un retour en force des barbares, des barbares à cravates qui échangent des vies, portables à la main, en s’agitant au volant de leur voitures. Les vies, ils les appellent action, virtuel, CAC 40. On a cette impression : il ne s’agit plus de personnes humaines. On appelle cela de l’économie globalisée. C’est un dévoiement de vocabulaire, bien-sûr, il ne reste que les utopies dans la tête des hommes. Il n’y a que cela qui nous maintient en vie. On a mélangé l’utopie avec l’espoir. L’espérance est l’engrais des religions. L’utopie n’est pas un engrais mais, le bout du chemin, un horizon, elle s’éloigne dès que l’on s’approche. Toujours plus loin car tout est perfectible, en mouvement mais la perfection absolue n’existe pas. La perfection est un concept humain. L’univers dans son entier, l’ignore.

Silence

« « J’aime mieux ce qui me touche que ce qui me surprend » » (François Couperin)

Les aveugles de naissance ne voient pas l’horizon, ne le touchent pas, ne l’imaginent pas vraiment. Nous sommes comme ces aveugles, nous pouvons imaginer une explication à la question « pourquoi y a t’il quelque chose plutôt que rien ? ». Mais nous ne voyons pas l’infini, ne le concevons pas.

Presque tous les penseurs ne peuvent se passer d’une transcendance. Notre imagination est plus faible que nous le pensons. Notre peur du noir et nos émotions gouvernent, nous empêchent de voir.

 

Le musicien François Couperin disait :

« j’aime mieux ce qui me touche que ce qui me surprend »

Les aveugles touchent beaucoup les êtres et les choses. Avez-vous déjà pensé qu’ils ne voient pas l’horizon parce qu’ils ne peuvent le toucher ? C’est idiot quand on le dit : les aveugles ne voient pas l’horizon…

Sans doute, s’ils retrouvaient la vue, ils seraient surpris.

« j’aime mieux ce qui me touche que ce qui me surprend »

.

Silence

« Seul est mien le pays de mon âme » (Marc Chagall)

Il y a cet enchevêtrement presque inextricable de tous ces univers gigantesques qui produisent des étincelles. Où n’en produisent pas. C’est selon. C’est cela qu’on appelle le malheur. Le nom moderne : absence de communication. Cela parait nouveau mais depuis des millénaires humains, c’est ainsi. Tous ces mondes solitaires s’entrechoquent presque sans jamais se toucher. Seul est mien le pays de mon âme. Quand ils se touchent, c’est cela qu’on appelle le bonheur. Celui-là, on l’aime encore moins que le malheur. On l’espère tellement qu’il nous fait peur. Ce fracassement d’êtres ressemble aux fracassements stellaires, aux interpénétrations des galaxies. Sur la photo prise à l’observatoire, on distingue très bien cette éternité de lumières. Grâce. Pourtant, si on avait le pouvoir de se déplacer avec un engin spatial instantanément, on ne rencontrerait que du vide, le plus souvent… Et ce serait la nuit notre plus fidèle compagne. Pesanteur. Du vide. Il faudrait changer notre point de vue.

La campagne environnante et ses petits oiseaux nous aideraient à prendre de la hauteur, à résoudre nos malheurs, notre malaise. Mais, de chemins cosmiques voisins, il est si peu question. Notre bucolique campagne se réduit à peau de chagrin. Nos montagnes s’aplanissent. Et pourtant, que d’observations nous restent-ils à faire ? Ouvrir les yeux, garder la paupière le plus longtemps ouverte : s’élever vers la lumière pour abandonner notre petite vision géocentrique. S’arracher à la pesanteur pour atteindre la grâce. Rien de mystique. Au contraire, éteindre les fausses lumières que nous avons créées à notre image et dont nous entretenons la flamme. Rejoindre notre vraie place. Concevoir réellement l’infini et la beauté de toute chose. Et leur pendant : le vide et l’horreur. S’émerveiller et comprendre pour jouir… Accepter l’incertitude… L’ouverture au monde se fait par la fêlure. La fuite est un trop plein.

Silence

« Dans l’univers, ce qui est chaud brille. Ce qui ne brille pas absorbe la lumière. » (Michel Cassé, astrophysicien)

« Dans l’univers, ce qui est chaud brille. Ce qui ne brille pas absorbe la lumière. » Ce sont les mots de l’astrophysicien Michel Cassé. C’est une belle parabole sur l’ignorance et la connaissance. Sur l’apparence aussi et les modes de vie. Il dit aussi que la matière ordinaire et banale, celle des pierres et des arbres, des fleurs et des torrents, du vin et des papillons, du sang et des larmes, mérite d’être qualifiée de précieuse, lumineuse et céleste car elle est rare, photosensible et vient du ciel.

Silence

Changer de position…

Les milliards de poissons des océans du globe n’imaginent pas un autre univers que l’univers liquide. Ils n’imaginent pas les étendues terrestres, les vallons, les plaines, les montagnes. La luxurieuse nature. L’été, l’hiver, le printemps et l’automne. Les quatre saisons. La musique. Pour le poisson, comme pour l’homme, il reste des univers entiers à découvrir. Il suffit d’ouvrir les yeux… Toute connaissance est une vision (J. P. Vernant).

Silence

Nous sommes des pauses…

Nous tombons du silence. La pause est essentielle. Nul endroit sur terre où le silence ne règne. Il y a toujours un cri, une balle, un froissement. Nous sommes des pauses dans le vide interstellaire, sur la portée du rien, dans l’oubli du bruit, du son, de la parole. Meurtres, tortures, viols. Il suffira d’attendre un peu pour entendre que tout cela n’a pas existé. L’oubli est ce vide, d’avant notre existence, d’après nos éructations. Nous venons du silence. Le rire fait partie de la beauté, et la beauté… de la vie. Force positive, seule preuve de notre existence. L’oubli est le retour vers la non-vie, attirance négative. Comme le pendule, nous alternons vers l’un ou l’autre. Il faudrait couper le fil du pendule pour tomber avec fracas sur la terre. Se relever et rire de cette mauvaise mais bénéfique chute. Nous sommes des pauses. A nous de transformer cette plume en note. La mélodie sera tienne.
Silence

La contemplation est une autre forme de l’aventure…

La contemplation n’a rien de mystique. Elle est l’état d’enregistrement des impressions, elle prépare les éléments de la réflexion future. Elle est ce moment où l’on reçoit comme au premier jour le vent frais de la nouveauté. Elle est ressourcement.

La contemplation est une autre forme de l’aventure. Elle nous oblige à voir le monde avec un œil neuf. Impressions neuves de l’explorateur. Elle rend l’aventure inépuisable. Souvent, en écoutant de la musique, je suis touché à un autre endroit. Renouvellement des sensations. On se demande alors pourquoi ne pas avoir été ému par cet air là, que l’on a déjà écouté une bonne centaine de fois. Renouveau, nouvelle naissance. Cycle. Notre cerveau a besoin de fraicheur.

Silence

Le langage

Si l’être est en chemin vers le langage, si le langage est la maison, la maison de l’être, le bout du voyage, alors la quête de l’être est le langage. Le langage ne préexistait pas à l’être. Préexistait l’instinct. Le langage est une invention humaine, est un passeport pour le voyage : moyen et but en même temps. L’être est en chemin vers la guérison ultime, vers la communication totale, vers une utopie idéale. Le langage doit l’aider à prendre conscience de ce chemin. Ainsi tel le roi qui écoute mille et une nuits, mille et un milliers de mots provenant de la bouche dorée de Shéhérazade – toujours cette attirance pour les lumières – et qui ne la tuant plus, guérit. Le langage comme déclencheur du bonheur. Catalyseur de la bonne heure – encore le temps – la bonne heure la dernière que l’on voudrait vivre sans chaines, avec légèreté. Le langage est cette quête de la légèreté, ce détachement du temps, cet accès à la non-pesanteur, cet envol vers un plaisir des sens, le retour du désir, la fin de la dépression, une victoire sur l’instinct, un victoire du cerveau sur son environnement, l’être détaché enfin du temps.

Le sens de la vie appartient assurément au monde sensible, mais pas seulement. Le bien et le mal aussi. Nous ne pouvons abstraire ni l’un ni l’autre au profit d’une destinée qui nous dépasse. Le sens de la vie est notre sens moral, quand il n’est pas sens dessus dessous. Nous le construisons, il nous ressemble, il va vers ce que nous devenons. Multiple, il ne peut être qu’un perpétuel questionnement. Il est sables mouvants, notre enlisement moral, notre isolement sensible. Solitude. Le sens de la communauté est-il le sens positif ; la solitude, le sens rétrograde ? La vérité, le vrai et le faux, le bon grain de l’ivraie. Nous séparons, nous catégorisons au lieu de parsemer, comme le semeur, notre jardin.

L’envol vers un plaisir des sens est le passage d’une nouvelle porte. Resteront devant cette porte, toute les divinités, croyances et autres ensorcellements du monde. En passant le pas de cette porte, l’émerveillement de la légèreté, un monde sans tabou. Ce n’est pas une nouvelle image du paradis, non encore perdu puisque pas encore trouvé. Il s’agit d’étreindre notre environnement, par tous les pores de notre peau, par tous les récepteurs que sont nos mains, bouche, yeux, oreilles ou nez. Le goût et ses douleurs appartiennent à chacun. Notre corps est plein d’empreintes qui nous gouvernent. Imprégnons-nous. Il suffit d’imaginer. C’est notre spécificité, notre bien commun. Je suis un cerveau qui pense au corps, à cette chair où se crée et lutine ma pensée. Simplement, comment ne pas être simplement émerveillé par cette machine là… Cette machine là qui parle d’elle, qui a la conscience de parler de soi. Etrange… simplement étrange… Eblouissement… Il suffit d’imaginer, de laisser la pensée dériver, voyager, couler de source. Il ne s’agit plus de créer des dieux ou de tomber, dans tous ces ésotérismes de circonstances : il faut trouver le vrai langage du cœur, laisser voguer notre imaginaire. Pour nous découvrir. Le semeur aura un joli sourire et un éclat de rire près du cœur. L’ouverture au monde se fait par la fêlure. La fuite est un trop plein.

Silence

Le souffle

Nous sommes du même monde. Nous respirons le même air, buvons la même eau, mais nos appartenances à des idéologies, des dogmes, des croyances nous éloignent. Nous fuyons la lumière, préférons les ténèbres. Combat, violence, viol. Plutôt que l’étreinte, la caresse, le plaisir. Nous croyons que cela est le mal. Nous passons de l’ascèse inutile à la passion suicide. Ascèse et passion : deux pôles extrêmes.

            Et pourtant, il ne s’agit pas de vivre continuellement dans la modération. Nous pouvons trouver un équilibre qui surmontera : et tabous, et malaises, et craintes et vide. Le vide est  notre point faible, notre talon d’Achille.

Il faut ouvrir les yeux : la Terre est notre Jardin des Délices. A preuve du contraire, il n’y en a pas d’autres… Reste l’imaginaire pour nous évader. 

            Nous voudrions planer mais nos chaines nous maintiennent au sol, dans la glaise. Nous voudrions nous échapper comme Icare, et vivre les quelques heures intenses de l’éphémère …

Mais la folie inonde notre âme, notre corps, contamine nos actes. Nous sommes du même monde, des hommes, une race de tueurs.

Silence