Archives mensuelles : juillet 2008

On dirait une ville, c’est un cimetière


Dans son recueil de poèmes « On dirait une ville« , Françoise Collin nous emmène dans un univers tout en contraste, où les villes sont des cimetières, où l’ange, comme l’oiseau, sont des charognards, où sous chaque vivant, il y a un mort, et où le grand curateur, celui qui fait tinter les clés du monde, comme elle l’appelle, ne remplit pas toujours ses fonctions d’ordonner le chaos, parfois, souvent, s’en va.

Les pauvres, ici, ne sont pas riches. Ils souffrent bien trop pour cela, et la poétesse est une éponge, un buvard, qui aspire à parler de la ville, de Paris, et de qui va qui vient.

Seule à Paris, seule un été à la campagne (le recueil se poursuit par « Chronique d’un été »), Françoise Collin regarde, flotte entre ses aujourd’hui d’hier, ceux de demain, et ses maintenant.

Des poèmes comme des points sur une vie.

« un roitelet

une mésange

un chat

une tache de soleil

les vaches ruminent

au milieu de leur pré

une prune tombe

femme assise à son miroir

femme assise à son écran

une vie de queue de cerise

la cloche sonne pour les morts

un chien aboie dans les collines

on s’arrange avec des mots

quand le vent casse les tuiles

on rit on pleure on étouffe

on court les routes en voiture

on revient dormir il fait nuit

des insectes collés aux phares

quand on shootera dans les betteraves

l’été sera fini

maintenant elles poussent

on a tout le temps

une vie avec des sandales

et une vie avec des bottes

une vie pieds nus dans l’herbe

quand on ramasse les fruits

une vie de rien du tout

pas même écrite

une bagatelle

une phrase serrée sur elle-même

des points sur les i.« 

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« On dirait une ville », Françoise Collin. – Des femmes, Antoinette Fouque, 2008

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Réjane

Cette critique est publiée dans le cadre de l’opération Masse critique du site Babelio.

Cherche 3000 personnes pour lire La Recherche de Marcel Proust

En me promenant sur les nombreux biblioblogs rouennais, je tombe par la grâce de la sérendipidité, sur le nouveau projet de Véronique Aubouy, réalisatrice : trouver 3000 personnes pour lire la totalité de l’A la recherche du temps perdu de Marcel Proust. Lecture enregistrée d’un page par personne qui aura lieu le 27 septembre 2008 par Internet au moyen d’une Webcam.

10- Marie Corporeau, femme de ménage Vendredi 19 octobre 2007 à 20H10 A la bibliothèque du Rheu filmée dans le cadre du projet « Proust lu/Variations » dans la région de Rennes

Un projet fou ? Il suffit de s’inscrire sur Le baiser de la matrice.

Silence

Voir aussi son blog

Cinq phrases de Mendiants et orgueilleux d’Albert Cossery

Gohar

… »Le dénuement de cette chambre avait pour Gohar la beauté de l’insaisissable, il y respirait un air d’optimisme et de liberté. La plupart des meubles et des objets usuels outrageaient sa vue, car ils ne pouvaient offrir aucun aliment à son besoin de fantaisie humaine. Seuls les êtres dans leurs folies innombrables, avaient le don de le divertir. »

 

 

Yégen

 

« Il n’y avait en lui aucune ressemblance avec l’homme de lettres soucieux de sa carrière et de sa réputation immortelle; il ne recherchait ni la gloire, ni l’admiration. Les poèmes de Yégen étaient composés avec les simples mots quotidiens; ils étaient à la portée de compréhension d’un enfant comme d’un adulte, sentis avec un instinct infaillible de la vie dans ce qu’elle a de plus authentique. »

 

« Son estime allait plutôt à des gens quelconque, qui n’étaient ni poètes, ni penseurs, ni ministres, mais simplement habités par une joie jamais éteinte. La vraie valeur de Yégen se mesurait à la quantité de joie contenue dans chaque être. »

 

 

La foule

 

Certes, la misère marquait leurs vêtements composés de hardes innommables, inscrivait son empreinte indélébile sur les corps hâves et décharnés; elle n’arrivait pas cependant à effacer de leurs visages la criante allégresse d’être encore vivants. »

 

 

La torture

 

« La torture était devenue une des formes de la vie dans une société civilisée. On ne pouvait rien contre un cancer de l’estomac, encore moins contre la terreur instituée par des hommes pour opprimer d’autres hommes. Yégen acceptait les brutalités policières au même titre que les maladies incurables et les cataclysmes de la nature. »

 

[Mendiants et orgueilleux / Albert Cossery. – Ed. Joëlle Losfeld, 2005]

 

Phrases sélectionnées par Réjane.