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Shéhérazade avait lu des livres et des écrits de toutes sortes…

Shéhérazade, fille du vizir du terrible roi Shâhriar, est le  personnage le plus emblématique du célèbre conte Les Mille et Une Nuits.

On connaît le rôle décisif que joue la jeune femme dans le conte.

Ni plus ni moins, grâce aux récits dont elle gratifie chaque nuit le roi, elle réussit à transformer le tyran en homme bon et aimant.

 

Le moyen qu’elle utilise est simple : ces récits sont palpitants.

En racontant au roi, elle le rend captif du verbe, captif de l’art du verbe.

Shéhérazade est douée pour la parole, c’est un fait. Mais elle est aussi très habile.

En effet, l’émotion, la beauté, la majesté opérante de ses récits, ne seront dévoilés que partiellement chaque nuit, Shéhérazade gardant toujours pour le lendemain le meilleur de l’histoire.

C’est sa stratégie, c’est un pari, et, ne l’oublions pas, il en va de sa peau.

Si, au petit matin, la curiosité du tyran n’est pas au plus vif, Shéhérazade mourra, comme mourra après elle chaque jour une jeune reine d’une seule nuit.

On connaît l’histoire. Trois ans après s’être donnée corps et bien à cette haute lutte, Shéhérazade présente au roi sa demande d’avoir la vie sauve.

On connaît l’histoire. On le sait, que Shéhérazade a relevé haut la main le défi, et ce qu’elle a sauvé, au risque de sa vie.

On connaît l’histoire. Mais sait-on qui est Shéhérazade? Sait-on pourquoi soudain, à un moment, cette jeune femme qui n’était pas en danger, a t-elle décidé de franchir le pas? Sait-on pourquoi il s’est imposé à elle, et ce de manière radicale, de ne plus que se consacrer à cette noble et ardue tâche de transformer un tyran en homme bon?

Qui est-elle, celle qui, tenant tête à son père, finit par réussir à le convaincre de la livrer au roi?

 

Il y a un portrait de Shéhérazade. On le trouve dans le premier tome des Mille et Une Nuits de René R. Khawam (Editions Phébus, 1986), dans le premier conte : La Tisserande des Nuits.

 

A travers ce portrait, tout s’éclaire.

 

« …Le vizir, chargé de veiller à l’exécution des épouses du roi avait, on le sait, deux filles : l’aînée avait nom Shéhérazade, et la plus jeune Dounyazade. Shéhérazade avait lu des livres et des écrits de toutes sortes, allant jusqu’à étudier les ouvrages des Sages et les traités de médecine. Elle avait retenu en sa mémoire quantité de poèmes et de récits, elle avait appris les proverbes populaires, les sentences des philosophes, les maximes des rois. Elle ne se contentait pas en effet d’être intelligente et sage; il lui fallait encore être instruite et formée aux belles lettres. Quant aux livres qu’elle avait lus, il ne lui avait pas suffi de les parcourir : elle les avait tous étudiés avec soin.

Un jour, elle dit à son père :

-Ô père, je voudrais te faire part de mes pensées secrètes.

-Quelles sont-elles? demanda le vizir.

-Je veux que tu arranges mon mariage avec le roi Shâhriar : ou bien je grandirai dans l’estime de mes semblables en les délivrant du péril qui les menace, ou bien je mourrai et périrai sans espoir de salut, partageant le sort de celles qui sont mortes et ont péri avant moi. »

 

« La Tisserande des Nuits », Les Mille et Une Nuits, tome un, édition intégrale établie par René R. Khawam, Phébus Libretto, 1986.

 

Réjane