Improvisations avec David Duchemin, comédien

 

 

Décor

Pour cette nouvelle rencontre, consacrée au théâtre et faisant l’objet d’une publication sur le blog Rick Bass, j’ai eu l’idée de préparer, à l’intention de David Duchemin, metteur en scène et comédien, un jeu de cartes spécial, et de lui en proposer une partie dans une pièce abritée du monde. Il s’agira pour David d’entrer dans la pièce, de s’asseoir à la table en face de moi, de prendre connaissance des règles du jeu que je me prépare à lui lire et … de les accepter. Enfin, de se lancer dans l’aventure pour la durée d’une heure.

Le dictaphone qui va recueillir ses propos est posé sur un livre : Le théâtre (Georges Jean, Le seuil, 1977).

L’instant est solennel. Le théâtre accompagne les hommes depuis tant d’années que le respect entrera avec nous par la petite porte du grenier aménagé qui nous accueille.

Les fenêtres, les portes, les lucarnes et les jacobines du tableau de Reyol (Honfleur, 1992) seront durant toute la partie comme à l’affût de nos paroles. A-t-on déjà vu un tableau qui a des oreilles ?

On commence

David installé, je lui lis le pourquoi du comment, et lui présente les règles du jeu.

Réjane : Nous sommes en 2010. Le numérique n’a plus de secret pour la plupart d’entre nous. Les débuts du cinéma, les balbutiements de la télévision : tout ça relève déjà de l’histoire ancienne. David, tu es à l’aise je crois avec les nouvelles techniques de l’information et de la communication. Tu apprécies le cinéma. Mais ton métier, l’activité qui te permet de gagner ta vie, se rattache à un art qui a vingt cinq siècles : le théâtre. Tu es en effet comédien, metteur en scène : le jeu est donc ton affaire.

D’autre part, m’intéressant au théâtre, je me suis trouvée nez à nez avec des citations sur le théâtre qui m’ont plu. Louis Jouvet, Jean Vilar, Sénèque, Shakespeare… le théâtre depuis qu’il existe, fait parler de lui. J’ai relevé ces citations qui me titillent et je te propose d’y réagir librement. Tu peux les mettre en rapport avec ta pratique et en profiter pour nous parler de ton métier, nous dire si tu les aimes ou pas, nous raconter des anecdotes etc., la règle du jeu étant :

–        que je puisse, de mon côté, te poser les questions qui me viendront,

–        que les citations, notées sur ces fiches, apparaîtront dans l’ordre du hasard, puisque tu vas les tirer comme on tire des cartes au hasard.

  On peut prévoir que la partie dure une heure. Si ce préambule te convient, je te propose de tirer la première carte.

 Le jeu démarre

David :  » L’acteur de cinéma, comme l’écrivain, continue d’exercer son métier après sa mort. Pour lui arriver à la cheville, le comédien de théâtre se doit au moins de mourir en le faisant. » Yves Reynaud

Réjane : J’aime bien cette citation car elle pose la question de la trace. Les réalisations des comédiens ou des metteurs en scène ne laissent pas de trace. Les œuvres des écrivains, les prestations des acteurs sont conservées et peuvent perdurer dans le temps. Si elles sont réussies, elles deviennent vivantes pour l’éternité. Les metteurs en scène, les comédiens, n’ont pas cette chance, car leur travail disparaît. Quand on est comédien ou metteur en scène, est-ce qu’on y pense à ça ?

David : Là, en fait, on parle de la notoriété, de la postérité, d’être reconnu au pas. Moi, je n’ai jamais voulu faire ce métier-là pour être reconnu. Je le fais parce que c’est une passion et que ça me plait. Ce qui compte pour moi c’est de monter ce que j’ai envie de monter et de jouer comme j’ai envie de le faire. Et de garder ma liberté.

David :  » Un texte de théâtre est à voir. Un texte de théâtre est à écouter. Est-ce qu’un texte de théâtre est à lire ?  » Francis Huster

De par mon métier quand on cherche une pièce on en lit beaucoup. On se projette dedans ou pas et c’est ça qui va influencer notre choix sur telle ou telle pièce.

Je dis que les deux sont vrais. Même si un texte de théâtre c’est fait avant tout pour être vu, donc être mis en scène, je pense qu’il y a certains textes, surtout dans les pièces contemporaines, qui sont plus proches de l’essai. Ils sont écrits, mis en dialogues mais je pense qu’ils n’ont pas grand intérêt à être mis en scène. A  être lus, oui. Ces textes peuvent être riches en eux-mêmes, mais à mon avis, parce qu’ils reflètent juste la pensée de l’auteur par exemple, ça n’apporterait rien de les monter sur scène.

Malheureusement, il y a maintenant une certaine vague de théâtre de recherche où justement le texte est mis en avant, et où on demande aux comédiens de s’effacer… Il faut que le texte soit plus présent qu’un comédien sur scène ? Alors effectivement quand j’entends ce genre de réflexions, je me dis alors autant lire le texte.

Ecouter c’est différent. Quand  j’étais jeune, mes grands-parents écoutaient des pièces de théâtre à la radio. Ça jouait, et même si on n’avait pas d’images, on imaginait très bien les scènes.

Réjane : Les metteurs en scène sont parfois durement critiqués. On leur reproche d’avoir trop de pouvoir. Quel est ton avis là-dessus ?

David : Dans les années soixante dix quatre vingts  on était en plein dans le théâtre de recherche. Le metteur en scène faisait un petit peu la pluie et le beau temps sur les textes, se permettait des coupes, et il ne permettait pas au comédien de s’exprimer.

Pour moi il y a deux sortes de metteur en scène. Tu as le metteur en scène strict qui a sa propre vision des choses et qui ne va pas en démordre. Si un comédien ne fait pas ce qu’il veut ce n’est pas grave il va en prendre un autre. Et tu as le metteur en scène qui va tenir compte de la personne avec qui il travaille. Même si il a une idée, il va tendre vers l’image qu’il a envie de voir réalisée, son tableau qu’il veut voir sur scène, mais en tenant compte du comédien, ce qui peut donner complètement autre chose.

David :  » On fait du théâtre parce qu’on a l’impression de n’avoir jamais été soi-même et qu’enfin, on va pouvoir l’être. » Louis Jouvet

Ce qu’essaie de dire Louis Jouvet pour moi c’est qu’on se permet sur scène de faire des choses que dans la vie courante on ne ferait pas, où qu’on ne se permettrait pas de dire. Et on se permet de le faire sur scène parce que ce ne sont pas nos mots.

Est-ce qu’on fait du théâtre parce qu’on a envie de régler ses problèmes, parce qu’on a envie de dire des choses qu’on n’oserait pas dire tous les jours… On attaque la question  de la construction du personnage. Moi j’irais plus loin en me posant cette question : quand on interprète un personnage, qu’est-ce qu’on met dedans ?

Est-ce qu’on se contente de se tenir à l’écrit en prenant le texte brut et en essayant de l’interpréter le mieux possible, ou est-ce qu’on construit vraiment une histoire ?

C’est à nous de mettre ce qu’on veut dans le texte. Les mêmes mots peuvent dire l’inverse selon le jeu et comment on va faire.

J’ai joué plusieurs pièces. Je ne me souviens pas forcément de chaque texte. Par contre, le cheminement pour créer le personnage, le montrer sur scène, le montrer aux gens, je m’en souviens.

Alors oui c’est du soi-même, c’est son vécu, c’est ses envies, c’est ses angoisses, ses problèmes du moment qu’on met sur scène.

Réjane : Tu fais cette recherche en même temps que tu apprends ton texte ou tu la débutes avant ?

David : Une fois que j’ai mon personnage, qu’on est d’accord avec le metteur en scène sur ce qu’on veut montrer et ce que ce personnage est censé dire aux gens, je crée mon personnage. Je lui invente une histoire. Une pièce de théâtre c’est juste un instant « T » d’une vie. Moi je lui crée un passif. Et pourquoi il est arrivé là. Qu’est-ce qui a fait qu’il en est arrivé là. Et éventuellement, on essaie de voir un après.

Réjane : C »est quelque chose que tu fais mentalement ou tu l’écris ?

David : C’est uniquement mental.

Réjane : C’est une façon de faire qui t’a été enseignée ?

David : Oui. C’est la méthode Constantin Stanislawski : la création du personnage, où on s’implique complètement dans un personnage. Il a écrit plusieurs bouquins qui sont très intéressants notamment celui de « la construction du personnage ». Il raconte une anecdote dans son livre (il a été prof) où il demandait à ses élèves d’être angoissés. Une de ses élèves n’y parvenant pas, il lui a demandé de fermer les yeux. Il lui a alors pris une broche qui était sur son pull et il lui a dit : « Voilà, j’ai caché la broche sur le plateau. Je te laisse cinq minutes pour la retrouver sinon tu es virée. » Elle a cherché la broche et ne la trouvant pas (et pour cause elle était dans sa poche), elle s’est mise à pleurer toutes les larmes de son corps. Il lui a rendu la broche et après cette épreuve, elle a pu retranscrire  son angoisse. Et c’est ça qu’on fait quand on travaille sur un personnage. La pièce c’est un instant « T » d’une vie mais on n’arrive pas là par hasard.  Il faut se mettre en condition, et ça c’est tout un travail qui est à faire. Je ne  l’écris pas, mais c’est un travail permanent. Tu n’es jamais au repos quand tu penses à un personnage. Tu fais des courses tu penses à ton personnage. Tu  es arrêté à un feu rouge tu penses à  un truc.

Réjane : Tu vis avec.

David : Tant que tu joues cette pièce, tu vis avec ce personnage. Et il évolue parce que c’est du spectacle vivant. Certains soirs tu vas être moins bien et il va être moins bien, d’autres fois, ce sera l’inverse.

Réjane : Tu ne fais pas de break dans ta vie au cours duquel tu oublies complètement ton personnage ?

David : Non parce que dans ce cas-là tu ne fais pas ce métier là. Tous les jours tu vas entendre un truc à la radio, tu vas voir un truc à la télé. Tu vas te dire tiens mon personnage comment il réagirait. Tu es avec lui. Et même quand tu joues la pièce. Tu trouves un truc. Tu te dis :  » Tiens ben là ça serait mieux si je pensais à ça pour faire ça. » C’est pour ça que c’est du spectacle vivant. Il y a très souvent une différence entre la première représentation et la dernière, parce que ton personnage il évolue.

David :  » Le cinéma est un puissant rameau greffé sur le tronc robuste et millénaire du théâtre  » Louis Jouvet

Réjane : Jouer au théâtre et faire du cinéma, c’est exercer le même métier ?

David :  Ce n’est pas du tout le même métier. Les acteurs le disent eux-mêmes : pour eux le théâtre est un univers complètement différent du cinéma. Et quand un comédien joue dans un film il ne fait pas le même boulot. Si la prise n’est pas bonne on la refait cinquante fois jusqu’à ce que le metteur en scène dise : « Oui, c’est ça que je voulais« .

Le cinéma c’est être à fond dans l’action tout de suite. Au théâtre on se laisse porter. Il y a le prologue sur une pièce. Il y a le début et il y a un cheminement jusque vers la fin, donc on a le temps de s’installer dans un personnage sans être interrompu. Pour les acteurs qui n’ont jamais fait de scène c’est quelque chose qui est vachement dur. Et pour nous c’est très difficile aussi quand on nous dit « Action ! » de tout donner.

Réjane : Tu as déjà joué dans des films ?

David : Dans des courts métrages, oui, plusieurs fois. C’est un autre univers, c’est rigolo.

Les scènes sont très courtes, et c’est très long entre les prises (Louis Jouvet disait que pour être un bon acteur au cinéma, il faut un bon fauteuil). On a le temps de répéter entre les prises, d’apprendre son texte, de parler avec les gens. J’aime bien, c’est sympa.

Mais contrairement au théâtre, il n’y  pas la sanction immédiate : le public.

Réjane : Tu veux bien nous parler du public au théâtre ?

David : Le public fait partie intégrante du spectacle. Là par exemple j’en suis à un point du spectacle que je suis en train de monter où j’ai besoin du public pour continuer à avancer. Et ça c’est toute la subtilité du travail de comédien. Il faut tenir compte du public et pour moi le public est un comédien. C’est en ça que le spectacle vivant c’est vachement intéressant. Ce n’est pas pareil si le public est là ou s’il lâche. Quand le public est là, on peut jouer la pièce soft. Si le public lâche un peu, alors on va le chercher. Certains soirs il n’y a pas besoin d’en faire beaucoup. D’autres soirs on a beau jouer, le public ne réagit pas. C’est la partie très excitante du spectacle vivant.

Réjane : Tu viens d’évoquer un spectacle que tu prépares en ce moment que tu vas présenter bientôt au public, peux-tu nous en dire plus ?

David : C’est une pièce : Le temps bourrin, écrite par Christian Poslaniec et mise en scène par Jacques Grange. Je suis tout seul sur scène. A travers un personnage et des anecdotes, je raconte une histoire inspirée de la mienne.

Réjane : C’est la première fois que tu joues seul ?

David : Oui.

Réjane : Et qu’est-ce que ça fait ?

David : Ça fait flipper. Lorsqu’on est avec des partenaires on s’entraide. On entraîne avec son jeu le comédien qui est moins en forme un soir. D’autre part, il y a beaucoup d’effets comiques qui reposent sur le rebondissement. Quand tu joues tout seul, tous les effets reposent sur toi, ce qui est vachement plus dur et demande beaucoup plus d’énergie.

Réjane : Mais est-ce que ça ne rapporte pas plus de plaisir de jouer seul ?

David : Non, je ne crois pas. Moi je suis content quand j’ai bien joué, que les gens ont ri.  Le plaisir c’est les applaudissements à la fin. Quand on joue à plusieurs, même si on partage le succès, les applaudissements, on les prend pour soi. Même si on est quinze sur scène. Je te dirai ça après la première mais j’imagine que le plaisir est le même, qu’on joue seul ou à plusieurs.

 David :  » Le théâtre c’est la poésie qui sort du livre pour descendre dans la rue. » Federico Garcia Lorca

Pour moi la poésie c’est un art à part. C’est un art d’écriture. Une écriture différente que  j’ai du mal à associer au théâtre. Je pense que le théâtre c’est beaucoup plus simple que ça. Il y a une citation de Marcel Achard dans Jean de la lune où Clotaire, qui était joué par Michel Simon (il joue le rôle d’un comédien un peu ringard), dit : « Le théâtre c’est la vie « .

Pour moi ça résume tout : Le théâtre c’est la vie. Avant, il n’y avait pas de cinéma. Les gens allaient au théâtre et le théâtre leur racontait des tranches de vie. Dans les premières pièces, les personnages étaient  des dieux, mais c’était des dieux qui étaient réduits à des problèmes d’humains, de la vie de tous les jours. Le théâtre c’est ça avant tout pour moi. J’aime bien cette expression. Lorsque je suis avec des élèves, que ce soit des adultes ou des enfants je leur dis : mais le théâtre c’est la vie. Jouez la vie.

Quand je travaille avec un groupe sur scène et que je le fais manger sur scène, mes élèves ne savent plus se servir ni d’un couteau ni d’une fourchette, ils ne savent plus boire. Alors que c’est un truc que tu fais tous les jours trois fois par jour. Pour s’asseoir à une table, si la chaise est trop près de la table, ils vont essayer de se glisser entre la table et la chaise alors que dans la vie de tous les jours, si la chaise est trop près tu la tires.

Je leur dis soyez simples. Et c’est vrai, le théâtre c’est la vie. Plus le jeu est proche de la réalité, plus il est bon. Parce qu’il n’est pas fabriqué. Voilà pourquoi j’aime cette phrase.

Réjane : Considères-tu le théâtre comme un art accessible ?

David :  Ça dépend de ce que tu joues. Ça dépend de ce que tu veux mettre, de ce que tu veux montrer. Il y a certaines pièces de théâtre de recherche, dont je lis les synopsis, qui me donnent l’impression d’avoir un Q.I négatif. Elles peuvent avoir du succès, le public crier au génie, je ne les comprends pas. Mais en général le théâtre ça nous parle, ça fait vibrer des choses en nous et comparé à la peinture, le théâtre me semble plus accessible.

David :  » Le spectacle était dans la salle, nous étions réunis et regardions le public déchainé. » Tristan Tzara

Réjane : Cette citation me fait pense à ce que tu as dit tout à l’heure : que le public était acteur dans une pièce, qu’il faisait partie intégrante du spectacle. Tristan Tzara va même jusqu’à l’inversion totale des rôles puisque les comédiens deviennent des spectateurs…

David : Oui, il y a eu plusieurs essais qui ont été écrits dans lesquels les rôles sont inversés, où les comédiens sont sur scène et où ils imaginent qu’ils sont  le public.

Effectivement, on revient à ce que je disais tout à l’heure : le public est un comédien, à part entière. Et dans n’importe quel genre de théâtre. Là on parle de comique mais dans la tragédie c’est pareil. Tu le sens quand tu montes une phrase, quand tu as une grande tirade, si le public vibre avec toi. S’il ne vibre pas avec toi c’est raté.

Réjane : Au fond, ça veut dire que cette activité elle est très collective.

David : Oui, c’est collectif, et dans tous les sens du terme. Quand tu joues à plusieurs c’est un sport collectif. Et c’est collectif avec le public. Voir réagir les gens, aux conneries, ou aux blagues, ou à tes pleurs. Les sentir vivre ce que tu es en train de vivre c’est vraiment bien. J’adore quand le public rit sur les conneries que je suis en train de faire, mais j’adore aussi quand je sens la salle qui est suspendue à mes lèvres. Tu amènes une intrigue et tu as les gens qui sont là ils attendent ils attendent ils attendent… et là tu peux faire durer. Ce petit moment où tu fais durer, où il n’y a plus un bruit dans la salle, plus personne ne tousse. Il n’y a plus un bruit. Les gens attendent. Et là… C’est magique. C’est ce qu’on appelle la protase : tu montes tu montes tu montes. Et tu peux monter encore longtemps comme ça. Après tu as l’acmé : hop, on s’arrête. Et après tu as l’ apodose. Dans l’ apodose ça peut être du rire, ça peut être du pleur, ça peut être un fou rire, ça peut être de la réprobation parce que tu es le méchant… Mais ce moment où ça monte, ah, c’est génial ! Ça c’est beau.

Réjane :  De ce point de vue, on peut penser que les arts de l’écran, la télévision, le cinéma, ne pourront jamais égaler le théâtre ?

David : Tu peux être ému par un film, mais tu n’as aucun rapport avec l’acteur. C’est du cinéma, c’est un écran. Tu vas faire rire les gens, tu vas les faire pleurer, tu vas les mettre en colère, mais tu ne l’entendras pas. C’est terrible. Ça pour moi c’est une partie du métier qui doit être super frustrante.

David :  » Le théâtre est une nourriture aussi indispensable que la pain et le vin… Le théâtre est donc, au premier chef, un service public. Tout comme le gaz, l’eau, l’électricité. » Jean Vilar

Le théâtre c’est à la base de tout. Si il n’y avait pas eu de théâtre, il n’y aurait pas de cinéma. Il n’y aurait pas de théâtre de rue, il n’y aurait pas de cirque. Tout ça, c’est la base.

Réjane : Tu considères cette  base nécessaire à la vie des hommes en société et comme Jean Vilar, devant nécessairement être portée par la volonté politique ?

David : Complètement.

Réjane : Quel constat fais-tu  par rapport à ça, pour notre société actuelle ?

David : Le constat est alarmant. On ne veut plus de petites troupes. On ne veut que des grosses troupes subventionnées qui ne font pas spécialement du théâtre de recherche comme nous on peut le faire. C’est un choix. Mais je trouve ça dommage. On va se retrouver avec un théâtre élitiste, un théâtre pour les riches.

Tous les gens qui vont voir des spectacles l’été, c’est des gens comme nous qu’ils vont voir. Si demain on n’existe plus qu’est-ce qu’il restera aux gens ?

Les gens ne réalisent pas que le théâtre, ils vivent avec. Ils l’ont au quotidien sans s’en rendre compte. Ça va de l’animation dans une galerie commerciale (le mec qui va être dans un costume débile à vanter les mérites d’une saucisse), en passant par le petit spectacle sur un lieu de vacances, le mec qui va cracher du feu dans la rue, le mec qui va faire le guignol à raconter des histoires… Les gens vivent avec le théâtre, et ils ne s’en rendent pas forcément compte. Si demain tout ça disparaît, qu’est-ce qu’il leur reste aux gens ? Et ça les gens ne le voient pas, ne le quantifient pas.

En 2003 lorsqu’on a fait les grèves d’intermittents, on a été taxés de « méchants intermittents » par les gens. Parce que justement on avait arrêté les festivals, parce que justement les gens n’avaient plus toutes ces animations qu’ils avaient sur leur lieu de vacances. Le seul moyen de pression qu’on avait c’était de nous sabrer nous-mêmes, de ne plus jouer.

Les concerts qu’on a dans les cafés l’été ou dans des petites salles en hiver : c’est des intermittents ces gens-là. Si demain, tous ces gens disparaissent, la vie elle va être vachement triste.

Réjane : Notre entretien en est maintenant à plus d’une heure. Je mélange les cartes pour la dernière citation.

David : Et c’est toi qui la tires.

Réjane : C’est moi qui la tire d’accord. Et je te la lis.

« Le théâtre c’est la vie ; ses moments d’ennui en moins. » Alfred Hitchcock

 

On s’en va

 

A  ma lecture de la citation du maître du cinéma, voilà que la tableau de Reyol rit de toutes ses fenêtres. Et nous avec.

Comment faire autrement face à la sortie théâtrale que nous a concoctée le hasard ?

Merci David Duchemin

de nous avoir emmenés sur la scène, dans la salle, derrière le rideau.

Merde

pour la première de :

 Le temps bourrin

   samedi 18 septembre 2010,

 20h30

  Centre Socio-Culturel du Val’Rhonne,

 Allée de l’Europe, 72 230 Moncé-en-Belin.

Tél. 02 43 42 29 48

 

Texte : Christian Poslaniec

Mise en scène : Jacques Grange

 

 

Au revoir

        Á bientôt

               et

                     BRAVO ! ! !

                             Réjane…

 

 

Une réflexion au sujet de « Improvisations avec David Duchemin, comédien »

  1. … et Oscar Wilde de reprendre le fil Hitchcockien:  » J’adore être comédien, c’est tellement plus réel que la vie! »……..

    Petite mise en abîme de ce savoureux billet de Réjane: « Les comédiens ont un langage singulier: ils se souviennent, improvisent, colorent leur mémoire, citent les formules oubliées, inventent même des phrases drôles, cruelles, qui se répètent et ……deviennent des citations. »
    Jean-Claude Brialy

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