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« Lorsque l’enfant était enfant… » de Peter Handke pour le film Les Ailes du désir de Wim Wenders

« Lorsque l’enfant était enfant,
Il marchait les bras ballants,
Il voulait que le ruisseau soit rivière
Et la rivière, fleuve,
Que cette flaque soit la mer.

Lorsque l’enfant était enfant,
Il ne savait pas qu’il était enfant,
Tout pour lui avait une âme
Et toutes les âmes étaient une.

Lorsque l’enfant était enfant,
Il n’avait d’opinion sur rien,
Il n’avait pas d’habitude
Il s’asseyait souvent en tailleur,
Démarrait en courant,
Avait une mèche rebelle,
Et ne faisait pas de mimes quand on le photographiait.

Lorsque l’enfant était enfant, ce fut le temps des questions suivantes :
Pourquoi suis-je moi et pourquoi pas toi ?
Pourquoi suis-je ici et pourquoi … pas là ?
Quand commence le temps et où finit l’espace ?
La vie sous le soleil n’est pas qu’un rêve ?
Ce que je vois, entend et sens, n’est-ce pas…simplement l’apparence d’un monde devant le monde ?
Le mal existe t-il vraiment avec des gens qui sont vraiment les mauvais ?
Comment se fait-il que moi qui suis moi, avant de le devenir je ne l’étais pas, et qu’un jour moi… qui suis moi, je ne serais plus ce moi que je suis ?

Lorsque l’enfant était enfant,
Les pommes et le pain suffisaient à le nourrir,
Et il en est toujours ainsi.
Lorsque l’enfant était enfant,
Les baies tombaient dans sa main comme seule tombent des baies,
Les noix fraîches lui irritaient la langue,
Et c’est toujours ainsi.

Sur chaque montagne, il avait le désir d’une montagne encore plus haute,
Et dans chaque ville, le désir d’une ville plus grande encore,
Et il en est toujours ainsi.
Dans l’arbre, il tendait les bras vers les cerises , exalté
Comme aujourd’hui encore,
Etait intimidé par les inconnus et il l’est toujours,
Il attendait la première neige et il l’attend toujours.

Lorsque l’enfant était enfant il a lancé un bâton contre un arbre, comme une lance,
Et elle y vibre toujours.  »

PETER HANDKE.

Ce texte est l’introduction aux magnifiques images du film de Wim Wenders :  » Les Ailes du désir « …

les_ailes_du_desir

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Autre grand film de Wim Wenders, sortie l’année suivante : Jusqu’au bout du monde, moins connu, mais passionnant…

Film d’actualité aujourd’hui : 1ère partie rapide où le personnage principal, sorte de Phileas Fogg, moderne fait le tour de la planète pour engranger des images pour sa mère aveugle… Seconde partie, plus introspective, plus lente, chez les aborigènes, les peintres des rêves : où le père, inventeur, construit une machine pour montrer les images à la mère. La machine, devenue amie, devient enfer quant elle sert à voir ses propres rêves conduisant les personnages à une instropection narcissique donc mortelle…

Une bande son magnifique… vous conseille…

Film d’actualité aujourd’hui ? Nous, aujourd’hui, avec nos écrans et nos portables, toujours connectés aux gens que nous connaissons, ayant peur du vide et de l’inconnu : simplement dire bonjour ou faire ami avec quelqu’un que nous ne connaissons pas. De la science-fiction aujourd’hui !

La vie dangereuse ! Ce n’est pas moi qui le dit, mais mon catalyseur d’écriture, celui qui m’a ouvert aux livres : Blaise Cendrars et sa main coupée

Cessons…

Pourquoi ce film n’est pas plus vu ? Un mystère pour moi…

jusqu'au bout du monde

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Ceci étant dit, je suis un fan depuis sa sortie des Ailes du désir. Le voyant pour la troisième fois, la semaine de sa sortie, savourant à l’avance, les répliques, l’histoire d’amour magique, le sourire de Bruno Ganz, les vrais dessins de l’ange Peter Falk, voilà que pénètre dans la salle de cinéma un groupe bruyant (des militaires en permission !) attiré sans doute par le titre

Ils sortirent vite ! Ouf !

Silence

Jack Kerouac chercha « le beat de ses ancêtres bretons »

Un point commun et le même paradoxe relient l’écrivain de la beat génération Jack Kerouac et Robert Crumb, le dessinateur de bandes dessinées « underground » : avoir été une icône de leur époque (ce qui n’est certes pas donné à tous le monde) et paradoxalement, se sentir à mille lieues de pensée de cette étiquette étouffante .

Je connaissais mal la vie de Jack Kerouac, avais lu jadis Sur la route… , j’avoue m’être un peu ennuyé à la lecture de chef-d’œuvre reconnu, ennuyé parce que l’époque de ma lecture – les années 80 – n’était plus la même que celle des années 50-60 qui avait mis le feu aux tempes et aux temps, livre qui avait été une boussole pour plein de jeunes gens et jeunes filles fuyant une certaine conception de société (de consommation… tiens tiens… une vieille connaissance).

J’avais aussi lu un peu de poésie de Kérouac (Mexico City blues), pas très convaincu de ces écritures dites automatiques ou sous influence de substances prohibées ou encore alterné mes lectures par celles de Allen Ginsberg, l’ami amant de Kerouac, ou de William Burroughs et de son déjanté festin nu. Bref, j’avais en tête une image finalement assez négative de ce mouvement littéraire et inspirateur d’un mouvement de rébellion sociale.

La lecture de la biographie Jack Kerouac : un breton d’Amérique, parue aux éditions Le Télégramme en 2009 renouvelle en profondeur l’image de cet écrivain et de ce mouvement de contre-culture.  Le pari des auteurs est réussi.

kerouac

A partir de la quête des ancêtres de Kerouac par Jack Kerouac, Patricia Dagier et Hervé Quéméner déroulent deux histoires en parallèle. Celle de Jack Kerouac, sportif contrarié de haut niveau, abandonnant tout du jour au lendemain pour l’écriture et une vie de bohème, brulant sa vie à la manière d’un autre grand Jack de la littérature américaine : London. L’autre histoire est celle d’Urbain-François Le Bihan qui s’ingénia sa vie durant à changer de patronyme tout en embrouillant les pistes de sa vie « troublante et sulfureuse ». De Le Bihan à Kérouac, la parti pris du livre est de suivre les rameaux des ascendances et descendances des deux bonhommes et comment petit à petit, le patronyme Le Bihan se transforma en Kérouac ! Un rêve ou un casse-tête de généalogistes !

Difficile de résumer et finalement, ce ne serait pas très intéressant de  me lancer dans cette gageure au risque de vous dévoiler tout le charme  de ce bouquin. Car celui-ci, à la manière d’une enquête policière, vous tient en haleine jusqu’au bout, par une alternance de brefs chapitres. Parce que l’histoire ne s’arrête pas à la mort aux Amérique du Sieur Le Bihan mais se poursuit jusqu’au vingtième siècle avec les descendants recherchant le trésor de l’ancêtre. Ce n’est pas du Stevenson, mais ça se rapproche de l »Ile au trésor, en déclenchant tout ce que la nature humaine peut avoir de matérialiste, dans le mauvais sens du terme.

Quant à Kérouac, il a comme on dit « une gueule« . Il m’apparait plutôt dorénavant avec le profil d’un Jack London, d’un Kessel ou d’un Hemingway, brûlant sa vie de toute part avant de se brûler les ailes. Trop grandes pour lui, comme ses deux idoles de jeunesse : Baudelaire et Rimbaud.

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Bonnes lectures

Silence (alias Mangeclous pour Babelio)

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En savoir plus :

Pour entendre le français de Kérouac, voici une vidéo hilarante parmi d’autres que l’on trouve facilement sur les sentiers du Web

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Un autre article sur Jack Kerouac

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Cette critique est publiée dans le cadre de l’opération Masse critique du site Babelio qui permet de partager vos lectures avec d’autres lecteurs.