Là où dorment Albert et Bella C.

« Le franchissement de la frontière à l’intérieur du cimetière (accès vers la France) est soumis aux prescriptions douanières en vigueur. Les visiteurs doivent notamment être en possession de documents d’identité valables, et ne pas transporter de marchandises susceptibles de faire l’objet d’une déclaration de douane. »

C’est une inscription règlementaire à l’abord d’un cimetière. Fichtre!

Vous voulez savoir où, quand et comment, nous l’avons découverte ?

Cela tombe bien : voici retracée, en mots et en images, l’histoire de cette aventure.

Belle excursion !

 » Quand on est en vacances dans une vallée distante de Genève de quelques kilomètres, et qu’on sait qu’un grand amoureux de la langue française, l’écrivain juif Albert Cohen, repose dans le cimetière israélite de Veyrier, petite ville suisse jouxtant Genève, un jour, on se lève tôt, et on entreprend le trajet.

Avant de partir, on s’était procurés un plan de Genève, et on l’avait déplié sur la table.

On avait vu Genève, ses rues, ses routes, ses parcs, ses avenues, et un peu en contrebas à l’Est, la petite ville qu’on cherchait : Veyrier.

***

On s’était aussi renseignés sur le cimetière israélite de Veyrier, et on en avait appris deux choses :

qu’il se trouvait sur le territoire français, à Etrembières, en Haute-Savoie ;

et que durant la seconde guerre mondiale, pendant l’occupation, des juifs, cherchant à trouver refuge en Suisse, avaient réussi à fuir la France en passant la frontière par le cimetière.

***

Ça nous avait plu, car on trouvait que ça allait bien avec Albert Cohen, d’être un défunt à la fois Suisse, Juif et Français. Ça nous donnait l’impression que, tout « raide, muet et impliable » que la mort l’avait laissé, là où il reposait, il était exactement à sa place.

Alors, quand on avait vu sur le plan de Genève Veyrier, et son petit cimetière placé de l’autre côté de la frontière, en France, on avait souri.

Il pleuvait.

Mais le trajet, que nous découvrions, avait été splendide, et notre cœur battait : nous avions rendez-vous!

Une petite route discrète nous indiquait le cimetière.

Une fois garés et descendus de voiture, nous avons été saisis par la beauté du lieu.

Nous ne nous attendions à rien de tout ça, et nous sommes restés un moment sans parler, à regarder.

Le mont Salève, semblant veiller sur le cimetière comme un gros chat.

.

Le long bâtiment de l’Oratoire

L’entrée

En levant les yeux

Le cimetière

La tombe d’Albert Cohen (1895-1981), écrivain.

Son épouse Bella Cohen (1919-2002) repose à ses côtés.

La sépulture symbolique des martyres juifs

Puis, il a fallu partir, quitter le petit cimetière de Veyrier.

Les cailloux déposés sur la tombe de l’écrivain nous avaient bien intrigués,

et on s’est promis de chercher à en connaitre la signification.

Un dernier regard sur le  mont Salève nous a fait penser  à « Mangeclous ».

Aux oncles Saltiel, Michaël, Salomon, Mattathias

s’improvisant montagnards sur les hauteurs de Genève.

Avant de reprendre la voiture et de poursuivre notre excursion,

au moment de refermer doucement derrière nous la jolie porte,

on s’est dit en nous-même :

« Au revoir, cher Albert Cohen, et à bientôt dans vos écrits, vos mots, votre patrie.« 

****::::::****

Rejane N.

Avec la complicité d’une photographe : Louison N.

et une mise en forme de Silence

6 réflexions au sujet de « Là où dorment Albert et Bella C. »

  1. Sur les chemins de St Jacqus de Compostelle, au pied des croix, le long des chemins, les pèlerins ou randonneurs laissent un caillou, une pierre, une fleur, un morceau de bois, un signe de leur passage, peut-être la même chose, sur la tombe d’Albert Cohen.

    C.V.

  2. J’ai découvert Albert Cohen à l’adolescence, il avait aussi peur de la mort que moi et il l’exprimait avec une telle sensibilité que j’éprouvais pour lui une telle empathie qu’il m’a permis d’apprivoiser cette peur. Ces photos sont étranges elles ancrent dans la réalité se qui à fini par advenir. . .

  3. une exposition sur Albert Cohen était prévue avec Bella à Thonon je vous remercie de ces photos qui me touchet beaucoup

  4. Bonjour,
    je suis le gardien du cimetière israélite de Veyrier, où repose Albert Cohen. En parcourant l’article et les photos, j’ai vu que vous cherchiez à connaître la signification des petits cailloux posés sur les tombes.
    Par tradition, chaque visiteur qui se rend sur une tombe, pose symboliquement un caillou pour marquer sa visite.
    L’origine de ce geste est très ancien et remonte à l’antiquité, lorsque les monuments funéraires n’existaient pas encore. Les sépultures étaient alors matérialisées par un tumulus de pierres (un peu en forme de pyramide). Cette pratique est encore en usage dans certains pays, comme au Népal par exemple.
    Avec l’apparition des monuments funéraires, ce dispositif à disparu, mais pas la coutume. C’est la raison pour laquelle on continue à « marquer » la sépulture de manière symbolique. Il est du reste intéressant de remarquer que certaines stèles, encore aujourd’hui, reprennent le design original de l’ancien tumulus de pierres. C’est en règle général, une pierre brute, taillée grossièrement dans la masse et de forme pyramidale. Nous en voyons bien sûr au cimetière israélite de Veyrier, ainsi que dans celui de Carouge qui est bien plus ancien.
    Cordialement, Jean Plançon.

  5. Oui, merci;Jean; je reviendrai et je passerai vous voir si vous le voulez bien.
    Je regrette d’avoir dû partir de Thonon avant d’avoir pu organiser l’exposition..
    Je pense aussi au chalet dans la montagne et à tous les lieux de Genève, de Divonne-les- Bains où il séjourna au bord du lac pour la première fois en convalescence…
    Amicalement
    Martine Vernhes Sauvage

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