Etty a choisi d’aimer…

J’ai lu le journal d’ Etty Hillesum, une vie bouleversée (Seuil, 1985), il y a un an.

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Ce journal, écrit par une jeune femme juive à Amsterdam, retrace deux années intenses de sa vie.

Quand elle commence à l’écrire, en 1941, Etty a vingt sept ans.

En Septembre 1943, elle quitte avec ses parents le camp de transit de Westerbork pour Auschwitz. Elle meurt là bas en Novembre 1943.

On ne sait pas si elle a écrit à Auschwitz. On ne possède rien sur son internement dans ce camp.

En revanche, le document que l’on possède, paru aux Pays Bas en 1981, est le témoignage sensible et moral d’une femme qui sait que l’humanité a commis l’irréparable.

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Comment vivre quand son peuple part mourir dans les camps ?
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Comment vivre quand on sait que l’on va mourir ?
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Lire le journal d’Etty Hillesum, c’est voir une jeune femme :
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Choisir l’amour et rejeter la haine
15 Mars 1941, 9 heures et demi du matin.
[…] rien n’est pire que cette haine globale, indifférenciée. C’est une maladie de l’âme. Si j’en venais à éprouver une véritable haine, j’en serais blessée dans mon âme et je devrais tâcher de guérir au plus vite. »
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Réfléchir chaque jour sur sa place dans le monde
Mardi 25 Mars, 9 heures du soir.
« Pourtant, il faut garder le contact avec le monde réel, le monde actuel, tacher d’y définir sa place, on n’a pas le droit de vivre avec les seules valeurs éternelles (…). Vivre totalement au-dehors comme au-dedans, ne rien sacrifier de la réalité extérieure à la vie intérieure, pas plus que l’inverse, voilà une tâche exaltante. »
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Vivre grâce à la poésie de Rainer Maria Rilke
Mardi 7 Juillet 1943, après-midi.
« J’aimerais avoir lu tout Rilke avant que sonne l’heure de me séparer de tous mes livres […] »

Au fur et à mesure que l’on parcourt les pages serrées du journal d’Etty Hillesum, on comprend. Etty a choisi d’aimer, d’être heureuse, de vivre. On comprend : Etty, dans ses allers retours entre la vie de l’écriture et l’écriture de la vie, réussit. Elle devient invincible.

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Vendredi 3 Juillet 1942, 9 heures et demi du soir.
« […] Bon, on veut notre extermination complète : cette certitude nouvelle, je l’accepte. Je le sais maintenant. Je n’imposerai pas aux autres mes angoisses et je me garderai de toute rancœur s’ils ne comprennent pas ce qui nous arrive à nous, les Juifs. Mais une certitude acquise ne doit pas être rongée ou affaiblie par une autre. Je travaille et je vis avec la même conviction et je trouve la vie pleine de de sens, oui, pleine de de sens malgré tout, même si j’ose à peine le dire en société.
La vie et la mort, la souffrance et la joie, les ampoules des pieds meurtris, le jasmin derrière la maison, les persécutions, les atrocités sans nombre, tout, tout est en moi et forme un ensemble puissant. Je l’accepte comme une totalité indivisible et je commence à comprendre de mieux en mieux (pour mon propre usage, sans pouvoir encore l’expliquer à d’autres) la logique de cette totalité. Je voudrais vivre longtemps pour être un jour en mesure de l’expliquer; mais si cela ne m’est pas donné, eh bien un autre le fera à ma place, un autre reprendra le fil de ma vie où il sera rompu, et c’est pourquoi je dois vivre cette vie jusqu’à mon dernier souffle avec toute la conscience et la conviction possibles, de sorte que mon successeur n’ait pas à recommencer à zéro et rencontre moins de difficultés. N’est-ce pas une façon de travailler pour la postérité ? »

Réjane

Une réflexion au sujet de « Etty a choisi d’aimer… »

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