Le langage

Si l’être est en chemin vers le langage, si le langage est la maison, la maison de l’être, le bout du voyage, alors la quête de l’être est le langage. Le langage ne préexistait pas à l’être. Préexistait l’instinct. Le langage est une invention humaine, est un passeport pour le voyage : moyen et but en même temps. L’être est en chemin vers la guérison ultime, vers la communication totale, vers une utopie idéale. Le langage doit l’aider à prendre conscience de ce chemin. Ainsi tel le roi qui écoute mille et une nuits, mille et un milliers de mots provenant de la bouche dorée de Shéhérazade – toujours cette attirance pour les lumières – et qui ne la tuant plus, guérit. Le langage comme déclencheur du bonheur. Catalyseur de la bonne heure – encore le temps – la bonne heure la dernière que l’on voudrait vivre sans chaines, avec légèreté. Le langage est cette quête de la légèreté, ce détachement du temps, cet accès à la non-pesanteur, cet envol vers un plaisir des sens, le retour du désir, la fin de la dépression, une victoire sur l’instinct, un victoire du cerveau sur son environnement, l’être détaché enfin du temps.

Le sens de la vie appartient assurément au monde sensible, mais pas seulement. Le bien et le mal aussi. Nous ne pouvons abstraire ni l’un ni l’autre au profit d’une destinée qui nous dépasse. Le sens de la vie est notre sens moral, quand il n’est pas sens dessus dessous. Nous le construisons, il nous ressemble, il va vers ce que nous devenons. Multiple, il ne peut être qu’un perpétuel questionnement. Il est sables mouvants, notre enlisement moral, notre isolement sensible. Solitude. Le sens de la communauté est-il le sens positif ; la solitude, le sens rétrograde ? La vérité, le vrai et le faux, le bon grain de l’ivraie. Nous séparons, nous catégorisons au lieu de parsemer, comme le semeur, notre jardin.

L’envol vers un plaisir des sens est le passage d’une nouvelle porte. Resteront devant cette porte, toute les divinités, croyances et autres ensorcellements du monde. En passant le pas de cette porte, l’émerveillement de la légèreté, un monde sans tabou. Ce n’est pas une nouvelle image du paradis, non encore perdu puisque pas encore trouvé. Il s’agit d’étreindre notre environnement, par tous les pores de notre peau, par tous les récepteurs que sont nos mains, bouche, yeux, oreilles ou nez. Le goût et ses douleurs appartiennent à chacun. Notre corps est plein d’empreintes qui nous gouvernent. Imprégnons-nous. Il suffit d’imaginer. C’est notre spécificité, notre bien commun. Je suis un cerveau qui pense au corps, à cette chair où se crée et lutine ma pensée. Simplement, comment ne pas être simplement émerveillé par cette machine là… Cette machine là qui parle d’elle, qui a la conscience de parler de soi. Etrange… simplement étrange… Eblouissement… Il suffit d’imaginer, de laisser la pensée dériver, voyager, couler de source. Il ne s’agit plus de créer des dieux ou de tomber, dans tous ces ésotérismes de circonstances : il faut trouver le vrai langage du cœur, laisser voguer notre imaginaire. Pour nous découvrir. Le semeur aura un joli sourire et un éclat de rire près du cœur. L’ouverture au monde se fait par la fêlure. La fuite est un trop plein.

Silence

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